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Bon
28 mai 2025
Dans la Corée du XVᵉ siècle, la jeune Dal-Rae est promise à Don-Bong, un individu brutal et violent. Pour échapper à ce mariage arrangé, elle se décide à fuir le domicile parental en compagnie de sa sœur cadette muette. Vive et intelligente, elle expérimente de nouveaux modes pour communiquer avec sa sœur par une maîtrise du son et du souffle. Sa rencontre avec Kim Ban-Ryu, un jeune érudit en retraite près de son village, lui fournit l’opportunité du départ. Au service du jeune homme, elle va se retrouver associée au projet du roi Sejong : l’invention et la diffusion de l’alphabet coréen accessible au plus grand nombre. Nourries de délicatesse et de pudeur, les relations entre les deux jeunes gens évoluent peu à peu et se heurtent aux préjugés d’une société sous l’emprise du régime des castes.
Au-delà de la fiction reposant sur l’histoire des deux jeunes gens, les autrices décrivent un épisode historique bien réel : la profonde réforme de la langue coréenne appelée Hangeul. Le récit a pour cadre ce pays à une époque où le poids du patriarcat, la soumission aux traditions et l’esprit de caste pèsent particulièrement sur une société d’inspiration féodale. Malgré sa condition de pauvre paysanne, l’héroïne découvre un univers inconnu, celui d’une haute bourgeoisie intellectuelle corsetée par une orthodoxie aussi bien dans son rapport au savoir qu’à une certaine culture des relations humaines.
Éloge de la ténacité, de l’intelligence et du savoir, la narration restitue avec justesse l’esprit et les traditions orientales à travers le comportement et l’attitude des deux personnages, mélange de pudeur et de profonde délicatesse.
Historienne de formation, Anne Idou dévoile de manière érudite et détaillée les secrets de la naissance de cet alphabet Hangeul à travers une épopée ajoutant au portrait du roi Sejong et son projet humaniste l’épopée aux accents romantiques de la jeune paysanne. Le propos est judicieusement enrichi par un dossier documentaire replaçant le scénario dans l’histoire de la Corée.
Le graphisme de Carine Borgi témoigne avec ce premier album d’une belle maîtrise du noir et blanc dans un traitement au lavis soigné et précis.
Mettant à l’honneur la période Joseon, peu connue par bon nombre d’Occidentaux. Si le sujet peut paraître, à première vue, très pointu et spécialisé, ce roman graphique propose néanmoins un récit agréable et fluide au service d’un propos cultivé et séduisant.
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