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Zep (Tourner la page) : « C’était un défi de dessiner la mer » [VIDEO]

Par Kelian NGUYEN 12 mai 2026 
Après des années à travailler la couleur avec des outils numériques, Zep se lance cette fois dans la « couleur dessinée », la couleur directe dans les planches de son dernier roman graphique, Tourner la page. Une technique qu'il utilise pourtant depuis longtemps dans ses carnets de dessin d’après nature. Dans ce nouvel opus, il imagine un auteur de romans qui simule sa mort pour pimenter une fin de carrière morose. Pour mettre en scène sa disparition, le romancier Lambert Delville fait naufrage avec son voilier. Un fantasme partagé par tout un chacun, lové dans des décors paradisiaques de la mer Égée, lieu dans lequel Zep s’est lui-même rendu pour dénouer le principal nœud graphique qui se dressait alors face à lui : représenter la mer.

Zep, auteur reconnu pour sa carrière bicéphale, d’un côté la triomphale série humoristique Titeuf (Glénat) au style « Gros Nez » et aux millions d’exemplaires vendus ; de l’autre, une suite d’ouvrages plus intimes chez Rue de Sèvres, des tranches de vie très humaines, parfois dans le registre de la science-fiction, qui arpente souvent les dédales de la psyché. Cette fois, c’est l’angoisse existentielle de tout auteur qui est explorée. Après avoir quitté la scène, est-on condamné à être oublié ? Drôle d’idée ?

Dans son dernier livre, Tourner la page, le Grand Prix de la ville d’Angoulême 2004 imagine la fuite en avant de Lambert Delville, romancier qui a connu un succès retentissant mais que la vie semble avoir voulu par la suite moins favoriser. Abandonné à la fois par son éditrice et par sa compagne, le cinquantenaire décide de prendre des vacances sur son voilier. Une fois seul, au milieu de l’immensité liquide, il choisit de ne pas rentrer et de simuler un naufrage, histoire de repartir à zéro et de vivre incognito sur une petite île grecque.

Débute alors un conte philosophique sur la postérité qui joue avec l’obsession de laisser une trace dans l’histoire des hommes, un fantasme qui va se retourner contre le personnage, dans une ambiance de polar.

La collection d’albums « adultes » de Zep (par opposition à son univers enfantin), éditée chez Rue de Sèvres, accueille son cinquième titre. Un ensemble très personnel qui explore, avec beaucoup de sensibilité, les affres de notre monde. Difficile de ne pas faire le parallèle entre Lambert Delville et son créateur. Lorsqu’on le lui demande, Zep -qui s’attend bien entendu à cette question- répond aux journalistes, pas dupes, sur un ton amusé : « Je prends souvent conscience de ce qu’il y a dans mes livres quand des journalistes me posent ce genre de question... » Avant de confirmer que ses questionnements sur la postérité, la sienne plus particulièrement, mais aussi, plus largement, de tout un chacun, a un fond de vérité : « Heureusement qu’on est oublié, pour laisser la place aux autres. Mais ça fait toujours un pincement au cœur. »

Aussi, histoire d’anticiper et d’amortir le choc, il rappelle ce paramètre universel : « L’envie est un facteur déterminant dans notre métier. » L’envie d’apprendre avant tout, en réalisant un album entièrement à l’aquarelle et en se fixant une pratique simple comme objet d’étude : « Je voulais faire un album où la mer était omniprésente pour savoir la dessiner, comme Hugo Pratt peut-être, presque les yeux fermés. »

Après de longues heures d’observation, d’étude et de tests techniques, voici Tourner la page. Pour l’occasion, Zep nous a ouvert les portes de son atelier, nous permettant d’explorer avec lui la manière dont il s’est jeté à l’eau.

Par Kelian NGUYEN

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782810210114

Tourner la page - Par Zep - Ed. Rue de Sèvres

Photos : Kelian Nguyen
Réalisation vidéo : Lyne Geynet - Kelian Nguyen

Rue de Sèvres ✏️ Zep Polar Suisse
 
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3 Messages :
  • J’adore l’intelligence avec laquelle Zep mène sa carrière, il évite les écueils qui ont mené tant de nos auteurs classiques dans la dépression. Il sait conserver le plaisir de la création, et ça, c’est fort !

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    • Répondu le 15 mai à  08:03 :

      Titeuf c’était des couleurs numériques ?!

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    • Répondu par Gina Vanilla le 16 mai à  10:01 :

      Et surtout, alors qu’il est le créateur d’une bonne série humoristique pour enfants best-seller, il prend le risque et le temps de s’aventurer en territoires plus difficiles !
      En plus, il est sympa et pas prétentieux !

      Répondre à ce message

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