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Favori de la rédaction
17 avril 2026
Pas de héros récurrent dans ces « one-shots ». Il ne s’agit aucunement d’une série. Zep aborde à chaque fois un univers entièrement nouveau, qui peut enthousiasmer le lecteur ou le laisser un peu sur sa faim…
Dès les premières planches de Tourner la page, le narrateur prévient le lecteur qu’il va lui raconter sa vie… et sa mort. Lambert Delville, jeune écrivain promis au succès, dont le premier roman a reçu le prix Femina, se retrouve ignoré par le public pour son deuxième titre, lâché par son éditrice (qui trouve nul son nouveau manuscrit) et rejeté par sa compagne, qui lui reproche de trop tourner autour de son nombril.
Le romancier décide alors de partir en mer sur son voilier pour prendre du recul par rapport à tous ces échecs et tourner la page… Les circonstances font qu’il se retrouve sur une petite île paradisiaque perdue dans la mer Égée, à la tête d’un gros paquet d’argent trouvé sur un Zodiac à la dérive. Mais le paradis se révèle très vite un enfer. Il découvre par Internet que son ancien assistant revendique l’écriture de ses livres. Et la mafia turque le recherche activement pour récupérer son argent !
Zep lorgne ici du côté du polar littéraire, en maîtrisant un suspens très efficace, alors qu’il a « divulgâché » la fin dès la première page. Il reprend des ingrédients d’intrigues de films d’aventure célèbres ou de romanciers (on pense, bien sûr, à Romain Gary et à son double inventé Emile Ajar, avec ce clin d’œil discret au titre La vie devant soi, page 58). On apprécie cette vision clinique qu’il donne du microcosme de l’édition parisienne, avec ses jalousies, ses mesquineries, ses batailles d’ego, ses arnaques, ses enjeux financiers…
Mais on ne retrouve pas cette originalité, cette émotion, cette dimension philosophique, cette forme de spiritualité humaniste qui émanait de certains de ses titres précédents. Dommage…
Graphiquement, il est toujours brillant, surtout dans les grandes scènes de paysages ou de mer. Il s’essaye à une gamme de couleurs acidulées qui étonne. Pour la première fois, l’auteur a même travaillé ses planches en couleur directe comme il peut le faire dans ses carnets.
Au final, Tourner la Page est une œuvre à lire avec plaisir, mais qui n’est pas du meilleur cru de son auteur, à nos yeux.
Et nous attendons avec impatience le prochain Titeuf, sur lequel Zep a annoncé qu’il allait travailler.
Par Benoit MARCHON
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Tourner la page - Par Zep - Éd. Rue de Sèvres
PS : Dans le registre jeunesse et humour, signalons deux albums que Zep a scénarisés pour son vieux complice Tebo : le tome 8 de Captain Biceps et la réédition en grand format de Comment dessiner ? (paru en 2008), aux éditions Glénat.