Un Air d’harmonica dans le désert : L’Homme qui a vu l’homme qui filme...

Par Marcelin SWITCH Très bon 6 mars 2026 
Avec son titre à la Michel Audiard et son sous-titre «presque journal d’un tournage», cet album ne trompe personne sur la marchandise. Guillaume Bouzard a été engagé pour produire un making-of de la série TV que Disney+ et France Télévisions vont consacrer à l’immortel Lucky Luke. Après avoir acheté un équipement complet de cow-boy à un tarif prohibitif, l’auteur et héros se retrouve en Andalousie, décor des plus célèbres westerns spaghetti. Il tire de cette expérience une formidable machine à rigoler.

Loin des laborieux reportages dessinés dont nous sommes abreuvés de nos jours, voici un exemple de plus en plus rare de déambulation totalement dénuée de lourdes significations. Le dessinateur découvre vite qu’il est inutile, voire nuisible, sur le plateau de tournage. Ses tentatives de conversation sur les similitudes entre le cinéma et la BD ne suscitent que l’indifférence générale de tous les corps de métier présents. Son seul compagnon d’infortune, un brave et bête canidé venu incarner Rantanplan, s’ennuie tout aussi fermement. À Paris, les responsables de la maison d’édition se désespèrent en recevant les planches les unes après les autres. Aucune intrigue spectaculaire à résumer donc, pas même la case finale.

Ceci posé, on s’attachera aux divers procédés utilisés par l’auteur avec un art consommé de la facétie. Au premier chef, le comique de répétition est poussé à l’extrême, au point que le lecteur finit par rendre les armes et abandonner tout esprit critique. S’y ajoute une mécanique implacable du gag retardé, avec ces irrésistibles cases où les personnages demeurent figés par le surgissement de la bêtise absolue. Les digressions sont incessantes, foisonnant de détails inutiles, elles étouffent toute velléité de discerner un propos central. Les dialogues ne sont pas en reste, entre répliques en pseudo-castillan, jeux de mots, astuces et compliments survitaminés que l’auteur s’adresse à lui-même.

Un Air d'harmonica dans le désert : L'Homme qui a vu l'homme qui filme...
Une double page en quasi-Cinémascope
© Dargaud

Le visuel s’accorde au texte, avec des séquences qui tournent court, des rectifications graphiques en cours de récit, des essais de cadrage à la Sergio Leone. Même l’apparition soudaine du visage de Clint Eastwood relève de cette sublime parade d’autodérision. Bref, tout évoque les Aventures de Jack Palmer : comme Pétillon, Bouzard dynamite son histoire par des emboîtements de boutades loufoques auxquels nul ne saurait résister.

Cet album servira sans doute la promotion de la série TV autant que L’Affaire corse a boosté le tourisme sur l’île de Beauté. Pour demeurer au niveau des calembours qui se succèdent sans discontinuer, contrairement à certains qui glapiront : « La barbe, Bouzard ! », nous affirmerons haut et fort : « C’est de la balle, Bouzard ! »

Par Marcelin SWITCH

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Code EAN : 9782205214383

L’homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre – par Bouzard – Éditions Dargaud

Lucky Luke Dargaud ✏️ Bouzard à partir de 14 ans Humour BD de reportage
 
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PAR Marcelin SWITCH  
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