Tokyo, ces jours-ci T. 1– Par Taiyô Matsumoto – Éd. Kana

Par Malgorzata NATANEK Bon 23 novembre 2024 
Quel sens donner au manga pour Shiozawa, cinquantenaire qui vient de prendre sa retraite anticipée d'éditeur de mangas ? Taiyô Matsumoto aborde le monde de l'édition dans une histoire en trois volumes, qui a remporté en 2022 le grand prix au THE BEST MANGA Kono Manga wo yome !

Après 30 ans, Shiozawa décide de démissionner de son poste d’éditeur de mangas pour des raisons personnelles. Il souhaite prendre de la distance mais n’y parvient pas. Au contraire, il prend contact avec des mangakas dont il a été éditeur ou il a apprécié le travail.

Tokyo, ces jours-ci T. 1– Par Taiyô Matsumoto – Éd. Kana
Tokyo, ces jours-ci planche
© 2019 Taiyô Matsumoto / SHOGAKUKAN

À l’inverse de Bakuman où nous étions invités à suivre des jeunes lycéens dans leurs premiers pas en tant que mangaka, ici nous suivons un homme d’âge mûr qui quitte son métier d’éditeur et donc qui a déjà fait ses preuves. D’ailleurs, on constate que son départ cause des perturbations à la maison d’édition. Shiozawa est respecté par les acteurs de l’industrie déçus par sa décision, comme Liliko qui n’hésite pas à quérir ses conseils.

Taiyô Matsumoto arrive à dépeindre la force et l’importance de la relation entre l’éditeur et l’artiste dont il est responsable. L’éditeur prend soin de son auteur et, en même temps, le recadre en cas de besoin un peu comme un parent. Il est constamment présent pour lui et consacre de nombreuses heures pour l’épauler, peu importe où il habite, comme en témoigne le temps passé dans les transports par Shiozawa pour aller voir Chôsaku : soit 230 jours en 23 ans. De nombreuses scènes mettent en lumière leur proximité et l’appui qu’incarne l’éditeur pour son mangaka, étant particulièrement sensible à ses critiques. Mais même si les deux sont proches, il existe toujours une certaine distance entre eux qui reflète le fonctionnement de la société japonaise.

Tokyo, ces jours-ci planche
© 2019 Taiyô Matsumoto / SHOGAKUKAN

S’il faut retenir une chose, c’est la différence entre la représentation des mangakas et des éditeurs. Les premiers sont très humains, avec une vie personnelle qui nous est évoquée voire illustrée, notamment avec la fille de Chôsaku qu’on aperçoit. Les seconds sont surtout mis en scène à travers le prisme de leur travail, pour lequel Shiozawa se consacre complètement. Il est surprenant de les décrire de cette manière, car on aurait tendance à les imaginer dans la situation inverse.

Grâce aux mangakas que Shiozawa rencontre, le récit nous invite à réfléchir sur les artistes qui se sont retirés. Les nombreux échanges mettent en lumière la problématique de la création d’un manga face au profit que celui-ci peut ou non apporter, notamment avec le ressenti d’Arashiyama dégoûté par le monde du manga. Les divers témoignages expriment une certaine désillusion qu’ont les mangakas pour le marché. Mais ce n’est pas tout, car les discussions exposent aussi le caractère éphémère d’une carrière. Même si des travaux sont populaires un temps, cela n’est pas toujours amené à durer et l’artiste peu finir dans l’oubli.

D’ailleurs, la psychologie du personnage qui est mis en avant impacte les décors. Ces derniers reflètent son état mental, tel que la pluie qui illustre sa déprime. Quant au passage des funérailles et des scènes avec les auteurs retraités, ils donnent un aspect nostalgique et mélancolique au manga.

Tokyo, ces jours-ci planche
© 2019 Taiyô Matsumoto / SHOGAKUKAN

Pourtant, le scénario est également empli d’onirisme. Le meilleur exemple est le moineau de Java du personnage principal, dessiné sur la couverture. En effet, Shiozawa converse avec lui et ce dernier lui répond comme un être humain. Cela apporte une touche poétique et chaleureuse à l’intrigue qui est écrite de façon bienveillante.

Tokyo, ces jours-ci planche
© 2019 Taiyô Matsumoto / SHOGAKUKAN

Le choix de décrire les rouages de l’édition en suivant un personne qui vient de quitter ce milieu professionnel est assez singulier. La crise que traverse Shiozawa avec son départ apporte des pistes de réflexions et une critique subtil de la sphère éditoriale. Taiyô Matsumoto montre brillamment qu’une relation entre un éditeur et un mangaka est avant tout humaine et qu’elle requiert une alchimie pour que la magie opère.

Par Malgorzata NATANEK

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Code EAN : 9782505119890
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