Quel temps fera-t-il le week-end prochain ? La neige ou le redoux ? Peu importe ! Le SoBD (pour le « Salon des ouvrages sur la BD », mais cela va bien au-delà) a lieu dans le marché couvert des Blancs-Manteaux au cœur-même du Marais à Paris, même si des événements périphériques se répartissent dans d’autres lieux de Paris : l’Académie du climat,
Chaque année, le SoBD met dans la lumière un artiste, un auteur et un pays.
L’artiste invité : Fabrice Neaud
Cette année, l’artiste c’est Fabrice Neaud, le remarquable auteur du Journal prolongé par Le Dernier Sergent (Editions Delcourt) qui est à l’affiche.
Est-ce utile de revenir sur la place éminente que Fabrice Neaud occupe dans la bande dessinée contemporaine ? Reprenons ces mots que l’on pouvait lire sur ActuaBD jadis : « Fabrice Neaud est l’un de nos auteurs francophones les plus importants. Son Journal [aujourd’hui chez Delcourt] a contribué à imposer le genre de l’autobiographie en France et constitue l’une des plus belles expériences de la bande dessinée contemporaine. Il a été justement acclamé par la critique et a valu à son auteur un Alphart à Angoulême en 1997. Si l’homosexualité est chez cet auteur un thème central, il n’en fait justement pas une caractéristique qui lui attribuerait ce goût exquis qu’une certaine opinion, comme dirait Antoine Pickels, « prête si aisément au pédé, comme au nègre le sens du rythme, au juif celui des affaires, et à la femme l’intuition... » [1] Son apport est précisément son incroyable capacité à transposer des sentiments complexes et à nous mener dans les méandres, parfois tortueux mais toujours passionnants, de sa réflexion. »
À propos de son dernier ouvrage, Le Dernier Sergent, Hippolyte Arzillier écrivait, toujours dans ActuaBD : « C’est un journal, et c’est tout sauf un journal. C’est une œuvre sur les marges nées du libéralisme. Un acte d’insoumission. Fabrice Neaud y concilie avec brio deux attitudes : une absence de concessions sur les sujets qui comptent et un souci permanent de requestionner pour ne jamais tomber dans le simplisme. »
Quatre événements auront lieu autour de Fabrice Neaud :
– Vendredi : Une Master Class le Vendredi 29 nov. 2024, de 16h45 à 18h15, à l’Académie du Climat
– Samedi : Le dessin selon Fabrice Neaud : une pratique à contre-courant ? Table ronde du Cycle des invités d’honneur, Samedi 30 novembre, 14h à 14h50 dans la Halle des Blancs Manteaux.
– Samedi : Conférence des invités d’honneur - Table ronde du Cycle des invités d’honneur, Samedi 30 novembre 2024, 15h à 15h50 dans la Halle des Blancs Manteaux.
– Samedi : L’œuvre référentielle chez Fabrice Neaud - Table ronde du Cycle des invités d’honneur, Samedi 30 novembre 2024, 16h à 16h50
– Un « Musée éphémère de Fabrice Neaud » avec une sélection de 80 œuvres originales aura lieu dans la Halle des Blancs Manteaux.
– Un Corner Fabrice Neaud à la Bibliothèque Arthur Rimbaud où plusieurs ouvrages de Fabrice Neaud seront à consulter.
L’auteur invité : Évariste Blanchet
L’autre invité, qui est toujours un auteur critique ou historien de la bande dessinée, est cette année Évariste Blanchet, l’éditeur de la revue Bananas. Co-fondateur (avec José-Louis Bocquet et Luc Bourcier) à la fin des éditions 1970 des éphémères éditions Bédérama, il crée la revue Bananas en 1981 (qui prépublie notamment Yves Chaland), disparaît puis resuscite en 1995 sous la forme d’une revue trimestrielle critique de bande dessinée qui publie des bandes dessinées, de Schulz et de Bud Grace, mais aussi celle d’un jeune débutant nommé… Fabrice Neaud. Entre 1990 et 2001, c’est l’aventure de la revue Critix dédiée à l’étude de la bande dessinée.
Le phénix Bananas revient en 2006, une publication annuelle truffée d’entretiens, d’articles critiques, d’études et… de comptes-rendus de rencontres qui ont eu lieu au SoBD. « L’hiver 2024, nous annonce-t-on, verra la parution du n° 17 (mais 24e publication) d’une revue dont la fondation originelle remonte désormais à plus de quarante ans.
– Rencontre avec Évariste Blanchet - Samedi 30 novembre 2024 – 15h00 à 15h50 Conférence-dialogue avec le public, en présence de Fabrice Neaud.
Voyage en territoire inconnu : le Luxembourg
Le SoBD continue d’explorer les territoires de la bande dessinée dans le monde. On connaît tous la BD franco-belge, voire allemande. Mais quid de ce petit pays coincé entre ces trois pays : le grand-duché du Luxembourg ?
Pourtant il y a là une tradition de la bande dessinée et même des best-sellers locaux dont Superjhemp de Roger Leiner & Lucien Czuga, succès de librairie dans ce pays, ayant fait même l’objet d’une adaptation au cinéma ! Huit artistes invités et deux experts, auteurs avec Renaud Chavanne d’une Histoire de la bande dessinée au Luxembourg depuis 1945 (éd. PLG, paru en novembre 2024), Lydia Alegria et Claude Kremer, une exposition, une librairie luxembourgeoise, tout cela sera au rendez-vous du SoBD cette année !
Près de 150 auteurs et artistes, 70 éditeurs/exposants parmi les meilleurs labels de la BD alternative, sont présents.
Mais aussi des expositions : sur l’océan à l’Académie du climat, des ateliers BD, une rencontre avec JC Menu à l’occasion de la parution de son 30x40, des conférences, des cafés littéraires, des interviews-portraits, des débats et des prises de parole. Et puis aussi beaucoup de signatures avec les auteurs, voilà qui occupera bien le week-end ! Nous y reviendrons encore cette semaine.
Par Didier PASAMONIK
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
[1] Antoine Pickels, Un Goût exquis – Essai de pédesthétique, Ah ! Éditions Cercle d’art, Bruxelles 2006.