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Lee Dong-eun est un scénariste et réalisateur sud-coréen qui s’est fait connaître en France grâce au magnifique travail des Éditions Ça et Là : trois titres publiés (sur six existants) tous dessinés par le dessinateur Jeong Yi-yong,
Son premier album traduit en France, Changement de saison, est un petit chef d’œuvre. Il raconte l’histoire d’une mère qui découvre l’homosexualité de son fils à la suite d’un accident : « Une histoire autour des non-dits intra-familiaux, du poids des traditions et du regard porté par la société coréenne. À la fois sobre et crue, ce Changement de saison parvient à représenter des scènes criantes de vérité sans jamais tomber dans le voyeurisme ou virer au dramatique. Les émotions sont suggérées et les personnages plein de contradictions. Une collaboration saisissante de maîtrise » écrivait dans nos pages notre collaborateur Thomas Figueres. Cet album est devenu un long métrage en 2013, In Between Seasons, réalisé par Lee Dong-eun lui-même.
Un auteur coréen de premier plan
Le deuxième titre de l’auteur, Jin & Jin, publié en France en octobre 2023, raconte le destin croisé de deux femmes coréennes du Sud qui portent le même prénom. La première, d’une vingtaine d’années, travaille comme femme de ménage le jour et chauffeur la nuit pour subvenir à ses besoins et financer les études de sa petite sœur qui ne peut obtenir de bourse en raison du décès mal déclaré de leur père, un marginal qui avait quitté la maison familiale. Jin a comme voisine et quasi seule amie une autrice déprimée. La seconde Jin dont parle ce roman graphique est une veuve quadragénaire qui héberge son grand fils. Propriétaire d’un restaurant de Karaoké, elle découvre qu’elle est enceinte de ses amours passagers avec un client.
Ceci alors que son fils lui annonce qu’il va devenir père et qu’il se trouve contraint de se marier.
L’album primé aujourd’hui, Hana, raconte le quotidien poignant vécu par une jeune femme qui vit avec un mari violent. Elle croise le jeune Kuyng-wu, un flirt de jeunesse, prof de math nommé dans cette ville de province alors qu’il était sur le point de se marier à Séoul, et qui loue précisément un appartement qui appartient précisément au mari d’Hana, professeur dans la même école que lui, et qui a hérité de l’immeuble où le jeune prof est locataire. Entre le réveil d’un sentiment enfoui réveillé par une profonde empathie pour la jeune femme battue, une situation professionnelle inextricable, un futur mariage vécu comme une malédiction, et un quotidien où il voit l’un de ses élèves dans une situation grave de harcèlement scolaire, le jeune prof va vivre une succession de drames qui vont bouleverser sa vie.
Le dessin de Jeong Yi-Yong , de plus en plus abouti, correspond parfaitement au climat de ce roman graphique épatant traduit du coréen par Lee young-joo et Loïc Gendry.
Cet ouvrage a été distingué par un jury de personnalités sous la présidence de Laure Adler, un jury qui a remis également un prix du roman au Sri-Lankais Shehan Karunatilaka pour Les Sept Lunes de Maali Almeida (Ed. Calmann Lévy).
Une star japonaise
On ne présente plus Taïyo Matsumoto que l’on connaît en France depuis plus de vingt ans grâce à des œuvres comme Amer Béton , couronné à San Diego et à Angoulême, Ping Pong, Sunny ou Le Samouraï Bambou , eux aussi multiprimés, Matsumoto vient de publier Tôkyô, ces jours-ci T.1 (Ed. Kana) qui raconte l’histoire de Shiozawa, cinquantenaire qui vient de prendre sa retraite anticipée d’éditeur de mangas. L’occasion de découvrir en trois volumes les coulisses d’un métier méconnu.
Voici comment notre collaboratrice Malgorzata Natanek décrivait cet ouvrage dans nos pages : « Le choix de décrire les rouages de l’édition en suivant un personne qui vient de quitter ce milieu professionnel est assez singulier. La crise que traverse Shiozawa avec son départ apporte des pistes de réflexions et une critique subtil de la sphère éditoriale. Taiyô Matsumoto montre brillamment qu’une relation entre un éditeur et un mangaka est avant tout humaine et qu’elle requiert une alchimie pour que la magie opère. »
Une œuvre magnifique, choisie par un jury d’étudiants de l’INALCO, l’école des études orientales de Paris, adaptée du japonais en français par l’un des meilleurs traducteurs qui soit : Thibaud Desbief que nous avons rencontré récemment à Tokyo. et dont nous vous reparlerons prochainement .
Deux beaux choix qui ne dépareront pas votre bibliothèque de bédéphiles assumés.
Par Didier PASAMONIK
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