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Mămăligă : Quand l’Erasmus devient une lettre d’amour

Par Simon GAUMET Bon 24 juin 2026 
Pour sa première bande dessinée, Mămăligă, Zoé Barthélémy nous plonge dans son voyage d’Erasmus en Roumanie. Drôle d’idée ? non. C'est une véritable lettre d’amour pour ce pays à laquelle on a droit.

L’autobiographie est un genre à double tranchant. Dans le meilleur des cas, le « je », prédominant au départ, se transforme progressivement en « nous ». Un lien puissant se tisse entre l’œuvre et le lecteur, et ce pour de multiples raisons qui sont parfois indéfinissables, car purement personnelles et / ou sensorielles. Dans d’autres cas, une certaine distance peut être perçue : le lecteur se sentant, cette fois, profondément ignoré par l’auteur dont toute l’attention est focalisée sur son nombril et seulement celui-ci. Mais bien évidemment, c’est parfois plus nuancé et Mămăligă en est un parfait exemple.

Ce qui frappe d’emblée à la lecture, c’est bien le dessin. Zoé Barthélémy possède une véritable patte graphique impressionnante. Impressionnante car débordant d’une redoutable énergie dans chaque planche, dans chaque case et qui n’est pas gratuite, au contraire : elle est en parfaite adéquation avec le projet, symbolisant l’état émotionnel de la narratrice qui, au début de l’album, quitte tout ce qu’elle connaît afin de vivre seule une nouvelle vie qui durera six mois.

Six mois ! Cette nouvelle vie a déjà une fin programmée, ce qui sous-entend qu’il ne faut absolument pas perdre de temps. Alors l’autrice enchaîne les situations, bombarde le lecteur d’informations et introduit de nouveaux personnages à chaque interaction. Ce qui fait qu’aussitôt le lecteur ressent parfaitement l’expérience que vit le personnage sous ses yeux.

Tout cela retranscrit dans un noir et blanc qui confère une certaine mélancolie et surtout un aspect intemporel à la page. Quelque chose de figé dans le temps, qui a eu lieu, qui est fini mais sur laquelle on peut revenir grâce au médium de la bande dessinée.

Le principal intérêt de Mămăligă est évidemment de donner un autre regard sur la Roumanie. Si Zoé Barthélémy vous conforte dans certains clichés de carte postale, elle vous révèle en revanche une autre image du pays à travers ses dessins de magnifiques églises orthodoxes qu’elle visite avec application ou encore en découvrant des plats typiques ainsi que de la musique locale, éléments qui ont une part importante dans l’appréciation de son voyage.

Le but de l’album est donc très simple : donner envie aux lecteurs de découvrir ce pays qui est trop souvent oublié, quelquefois moqué. Mais, il y en a aussi un autre, plus inattendu : sa vocation pour le cinéma d’animation. On trouve ainsi, pendant quelques pages, un descriptif de la fabrication d’un film en Stop Motion. On y rencontre même l’artiste britannique Joanna Quinn, venue faire une masterclass dans son école, partage qui constitue une intention agréablement charmante.

Zoé Barthélémy dépeint son expérience avec beaucoup d’ironie et d’autodérision. À plusieurs moments, le lecteur sourit, laisse échapper un rire discret face à une situation, une référence ou simplement un détail à l’arrière-plan.

Léger reproche cependant : l’usage récurrent de certaines expressions telles que « lol », « wesh », « ma life » ou encore « fraté ». Évidemment qu’elles existent, mais dans ce contexte « exotique », c’est proprement agaçant.

Autre point faible, concernant cette fois la deuxième partie : même si l’on reste toujours agréablement impressionné par le coup de crayon, ou par certaines scènes amusantes tant dans les transitions que dans certains dialogues, on a l’impression que l’autrice survole la situation. Notamment quand elle raconte ses instants de solitude bien vite éclipsés sans que l’on comprenne leur portée. Pourtant, ce sont précisément ces failles, ces souffrances et, plus encore, ces petites défaites qui constituent la matière la plus intéressante de la BD.

On en retrouve la substance dans le court-métrage d’animation qu’on peut visionner à la fin du volume grâce à un QR code flashable. Une idée d’ailleurs géniale.

La conclusion évidente ,c’est que nous sommes face à la première œuvre d’une jeune autrice : elle a voulu y traiter de trop de choses. Les personnages secondaires, par exemple, sont peu caractérisés alors qu’ils pourraient raconter les différences culturelles entre les membres d’Erasmus et leurs relations qui, pour la plupart, sont éphémères. Mais cela n’empêche pas d’attendre avec impatience ce que nous proposera Zoé Barthélémy par la suite, tant son style est déjà bien marqué et surtout très attachant.

Par Simon GAUMET

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782844149848

Mămăligă - Par Zoé Barthélémy - Ed. L’Association

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