Excellent
30 janvier 2026
Une famille ordinaire, le père, la mère, les trois filles, Jolène, Samantha et Mila. Une aire d’autoroute sur la route des vacances… C’est parti pour 400 bornes, avec à un moment donné les tunnels – « les 1000 tunnels de l’enfer » dit Sam. « Une dizaine seulement », répond son père, qui n’imagine pas à cet instant que leur vie de vacanciers heureux va basculer dans l’horreur… Sortis des tunnels, un lac magnifique, des falaises impressionnantes… Bizarre, ce n’est pas le paysage habituel… Plus de réseau, étrange… Soudain un bolide double la Volvo à une vitesse folle. Panique ! C’est quoi ce taré ? Sam a besoin de faire pipi, mais pas d’endroit pour s’arrêter, la route, rien que la route… Entre angoisse et audace, on tente le coup. Père et fille sortent de la voiture et la petite fait ses besoins derrière la barrière de sécurité. Soudain, un nouveau bolide les frôle, genre Ford Mustang customisée noire… Pas le temps de réfléchir à quoi faire, la bagnole revient en marche arrière et s’arrête à la hauteur de la Volvo.
Pilote casqué. Sam ouvre la fenêtre et lui jette une barre chocolatée, genre Twix. Sorti de la voiture, le pilote en noir goûte la friandise et se met à hurler de joie, avant de se faire écrabouiller par un nouveau bolide noir surgi de nulle part ! Terreur à bord, on file ! La famille roule jusqu’à une station-service fantôme… Planqués sous un arbre, on tente de reprendre ses esprits et de comprendre ce qui se passe… Pas le temps, une nouvelle bagnole noire, qui semble prendre de l’essence à la pompe déglinguée. Pleur du bébé, le pilote les voit et s’approche, poussant des grands cris. Soudain une dizaine de voitures surgissent, gros carambolage, ça crame. Une seule solution pour la famille, sortir de ce lieu maudit ! Il faut retrouver les tunnels, on roule lentement, des carcasses de voitures et des cadavres gisent çà et là, dans les fossés, au bord du lac… Manque de bol, un nouveau taré surgit et les colle, portière contre portière, en éructant. Intuition du père, qui lui jette par la fenêtre deux Twix ! L’autre hurle de joie et se barre, ouf ! Répit de courte durée, d’autres bolides déboulent, et l’un d’eux se crashe dans la Volvo !
Plus de voiture… À moins de prendre l’un des bolides noirs, abandonné sous l’auvent de la station-service. C’est la grande, Jolène, qui tiendra le volant. Trouver cette putain de sortie pour que le cauchemar s’arrête ! Mais les tarés reviennent, course-poursuite, on balance un sac de friandises par la fenêtre, ça calme les poursuivants, sortes de zombies hallucinés quand ils retirent leur casque, jusqu’à une nouvelle collision en chaîne et les bagnoles qui crament… La famille cherche désespérément la sortie… Sous un grand saule, deux routes parallèles, deux tunnels… le père a trouvé, la famille est sauvée ! Mais non, ce serait trop beau… Deux pilotes noirs surgissent d’on ne sait où, ouvrent la portière, enlèvent Jolène et disparaissent ! Rien à faire… Passé le tunnel c’est le retour au monde normal. Mais le cauchemar est maintenant en eux ! Sceptiques, les gendarmes emmènent tout de même le père dans leur Alpine, pour essayer de trouver dans les tunnels cette mystérieuse sortie cachée. En vain. La suite, c’est un final de 40 pages hallucinant et totalement inattendu ! Chapeau l’artiste !
Frère de plume de Bastien Vivès, le talentueux Michaël Sanlaville est de retour, avec un thriller psychologique sous haute tension. Sa narration limpide et nerveuse nous plonge dans un huis clos mécanique, quelque part entre Duel et Mad Max… Graphiquement, c’est un travail de virtuose, avec un dessin et des couleurs qui collent à l’histoire. Un roman graphique de 160 pages parfaitement maîtrisé, de la route tranquille des vacances estivales au cauchemar d’un univers parallèle. Un talent bien résumé par Dominique Bertail sur Instagram : « Un dessinateur hors pair, sa gestion de l’espace, de la vitesse, du mouvement, la justesse de l’acting de ses personnages, la lisibilité de l’action, l’absolue liberté de son imaginaire… Je viens de lire Tunnels, son dernier album, et j’ai été ému aux larmes. »
Par Dominique ERNST
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Tunnels – un conte mécanique signé Michaël Sanlaville – Glénat