Bon
26 mars 2026
C’est un garçon sans nom : gamin, jeune homme, morveux... Tous les substantifs y passent pour le décrire. Et pourquoi pas « Roi » ? Il faut dire que la possibilité devient fortement présente quand l’homme épouvantail lui présente les nombreux problèmes de la petite cité des créatures, perdue tout au fond de la forêt. Les besoins de matériel, de nourriture, d’eau, les dangers naturels. Tout un tas de « quêtes » auxquelles le garçon se sent obligé de répondre.
Car il faut dire que l’herbe est plus verte de ce côté-là de la maison : à l’extérieur. Un père violent et hargneux, une mère absente et docile, un ennui mortel, telles sont les choses qui attendent le jeune s’il revient chez lui. Il a bien quelques amis en dehors : un vieil homme passionné de champignons et d’histoires, puis, plus tard, une jeune fille facétieuse.
Mais tous font pâle figure face aux lourdes responsabilités qui lui incombent désormais : les petits êtres, leur village en construction et surtout leur bien-être, tout ça fait partie des devoirs de ce petit roi. Poussé par l’homme épouvantail, le garçon part toujours plus loin, pour des tâches toujours plus risquées, et les fermiers sont de plus en plus suspicieux sur ce nouveau venu.
Sylvain Escallon nous offre ici un « slow burn », un album en douceur où s’écrit sur les planches une tragédie à venir, dont on ne connaît pas encore la triste résolution. Les dessins en bichromie noire et brune rappellent ces clichés sépias d’autrefois. Seulement quand le drame arrive, quand enfin le lecteur est libéré de tout le suspense, la résolution en vaut-elle vraiment le coup ? Difficilement, d’autant qu’un rebondissement assez mal venu vient quelque peu entacher le récit.
Malgré tout, cet album à mi-chemin entre Peter Pan et Sa Majesté des mouches reste une franche réussite, qui nous rappelle ces vacances d’été beaucoup trop longues, en campagne loin de tout.
Par Colin BESNIER
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.