Très bon
25 octobre 2025
Voilà donc une affaire de famille et de mémoire : en 1949, François du Sorbier qui couvre la guerre d’Indochine pour l’AFP doit faire face à la censure militaire qui l’oblige à envoyer des dépéches orientées. Pris de remords, il rédigera un manuscrit, « La Gomorrhe asiatique », qui ne sera jamais publié. Sa fille se fait scénariste et retrace son parcours en utilisant les archives familiales (photos, carnets, souvenirs...) : on découvre non seulement le conflit, mais aussi la vie quotidienne en Indochine de ces personnages : la mère infirmière (formée en médecine tropicale), le journaliste, leur vie de couple, la naissance de Natalie à Saïgon...
Le récit mêle souvenirs personnels, témoignages intimes, et aussi des éléments historiques d’ensemble : les événements majeurs, les ambiances colonialistes, les interactions entre Français et population locale, les difficultés, la tension militaire jusqu’à Dien Bien Phu...
Le titre de l’album « Sale Guerre » renvoie au qualificatif que la mère utilisait pour ce conflit, soit une guerre âpre, moralement difficile, avec des zones d’ombre, des souffrances, et une désillusion par rapport aux idéaux.
L’illustrateur Chongrui Nie, que l’on connaît grâce à sa série historique Juge Bao donne un aspect très documentaire à l’histoire par son trait réaliste. Le noir et blanc vient accentuer le sentiment de gravité, de distance nostalgique. La composition rend sensible les ambiances : la chaleur, l’humidité de l’Indochine, les visages fatigués, les silences, avec par instant des planches immersives.
Ce livre n’est pas juste un travail de mémoire familiale : il fait œuvre de transmission. On apprend des choses peu mises en avant dans la culture populaire : la vie des civils, de l’infirmière, les implications psychologiques, la frontière entre reportage et vécu...
L’ouvrage parvient à garder un rythme entre dramaturgie subjective et la réalité historique. « Sale guerre en Indochine » est une BD forte et nécessaire qui réussit à mêler le documentaire à l’intime, donner une voix à des personnages forts (la fille, la mère, le journaliste...) pour lesquels le lecteur finit par ressentir une réelle empathie.
Par Stéphane GROBOST
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Sale Guerre en Indochine - Par Natalie et Nie Chongrui - Editions Mosquito.