Favori de la rédaction
26 octobre 2025
C’est la déferlante ces dernières années de ces bandes dessinées de non-fiction qui vous traitent de tous les sujets : les biographies de personnages célèbres ou non, l’économie, l’histoire de l’art, la politique, la chronique sociale, la tranche de vie… La réussite est indexée à la fois au talent mais aussi à la pertinence du sujet sur le moment. Et puis il y a des sujets intemporels qui ont la chance d’avoir un ou une interprète douée. C’est le cas de ce livre.
Dorothée de Monfreid nous emmène à l’opéra voir la gestation d’une nouvelle représentation : L’Enfant et les sortilèges de Maurice Ravel.
La nouveauté dans l’histoire de l’opéra, c’est que le libretto est écrit par l’écrivaine Colette. Colette (1873-1954) est d’abord révélée par la série des romans Claudine, publiée sous le nom de son mari Willy. Mais ce personnage intelligent et rebelle donnera très vite congé à ce mari invisibilisateur pour signer des best-sellers comme Chéri, Le Blé en herbe ou Gigi qui font souvent scandale auprès des bourgeois. Membre de l’Académie Goncourt, elle fut la première femme honorée au Panthéon.
Maurice Ravel (1875-1937), on le connaît pour son sublime Bolero ou encore pour son Concerto pour la main gauche. L’intelligence et la finesse de Dorothée de Monfreid, c’est de mêler la gestation des quatre créations en parallèle : sa bande dessinée d’abord dont elle explique le cheminement, de l’idée de départ jusqu’à l’exploration des coulisses de l’opéra ; sa création par Colette d’abord, en pleine Première Guerre mondiale ; celle de la musique par Ravel -et cela ne s’est pas fait sans péripéties curieuses ; enfin celle du montage de cet opéra par l’Opéra de Paris, de ses premiers castings à l’Opéra Bastille jusqu’à sa représentation finale à l’Opéra Garnier.
Le talent de Monfreid, c’est que ce n’est jamais pesant. D’abord parce que son dessin est simple et lisible, quelquefois beau comme du Sempé et sensible comme du Catherine Meurisse, ensuite parce que cet entrelacs narratif s’enrichit de quelques trouvailles graphiques notamment dans la caractérisation des instruments, comme elle l’explique bien dans la vidéo.
Cela donne quoi, à la fin ? L’envie d’écouter l’œuvre, l’envie d’aller à l’opéra, l’envie d’en savoir plus sur la vie de Ravel et sur celle de Colette. Vous en pensez ce que vous voulez, mais moi j’appelle cela une réussite.
Par Didier PASAMONIK
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Fantaisie lyrique – Dans les coulisses de l’Opéra de Paris – Par Dorothée de Monfreid – Ed. Dargaud - Charivari