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Excellent
10 mai 2025
Dans des caravanes placées au cœur d’une décharge de notre monde, vit en marge de la société un groupe de jeunes de 9 à 14 ans, livrés à eux-mêmes, sans parents. Soudés tel une vraie communauté, ils vivent de mendicité, tout en préservant leur unité.
Décharge vers l’imaginaire
Tous traînent derrière eux de lourds bagages de souvenirs plus ou moins douloureux remplis de traumatismes. Il est clair que notre monde ne se montre pas très tendre avec eux. Un quotidien brutal mais porté par une énergie farouche.
Arrive alors l’orphelin Paco, qui sauve la vie de la jeune Luz, une fille de la bande. Pour le remercier, les enfants l’invitent à les rejoindre. Mais le jeune garçon se révèle vite être le dernier en vie des “enfants perdus” de l’île de Neverland, le pays imaginaire des aventures de Peter Pan.
Avec une fée Clochette chauve assez badasse, particulièrement insolente dans son langage (elle parle en rébus), Paco propose à la bande de venir sur l’île, avec la promesse d’une vie meilleure. Un monde merveilleux rythmé d’aventures et où l’on ne vieillit pas. Une manière opportun d’échapper à notre monde à la réalité parfois dure.
Les jeunes Bee, Luz, Felix, Gracie et Justin vont constituer avec Paco les nouveaux enfants perdus, défenseurs des terres de Neverland. Mais arrivé sur l’île, tout n’est pas que beauté et féerie. En effet, les jeunes vont se retrouver au cœur d’une terrible guerre contre les pirates. Impossible pour ces derniers de pénétrer sur l’île même. Seulement, grâce à quelques créatures y vivant, ils pourraient bien parvenir à pénétrer en s’attaquant à "l’arbre de vie", qui leur sert de bouclier. Les enfants perdus vont devoir reprendre la lourde tâche de leurs prédécesseurs : protéger l’île et son arbre sacré.
L’enfance contre-attaque
Il est clair que les enfants n’ont pas signé pour cela, à la base, quand Paco leur a vanté un monde merveilleux. Mais l’aventure et surtout le fait de se battre pour une grande cause pourraient finir de les convaincre… plus ou moins. Par ailleurs, chacun de nos héros va devoir se choisir un pouvoir, tout en cherchant le nouveau “Pan” qui devra succéder à un Peter disparu.
C’est une histoire assez moderne d’approche : Les pirates arpentent notamment les airs à bord de dirigeables. Des thématiques fortes et actuelles affleurent telles que la précarité, ou encore l’impassibilité, la dureté et l’inconscience de certaines personnes et de la société elle-même. Les enfants perdus symboles de pureté alliés à des fées et des sirènes, ne veulent que la paix, la tranquillité et la préservation de leur belle île. Les pirates, eux, assoiffés de conquête, de destruction et de pillages symbolisent le monde des adultes, ou la réalité qui nous rattrape...
Il y a un beau travail de construction des personnages au niveau de la personnalité et du caractère. Principalement pour les enfants. En revanche, ce qu’il manque dans cet album, c’est peut-être des fiches de présentation de chaque protagoniste. On s’y perd rapidement. En dépit de sa gravité, l’album ne se veut pas trop sombre et ne manque pas d’humour, grâce à des dialogues incisifs qui détendent l’atmosphère.
Cette confrontation spectaculaire dès le premier tome très intéressant offre plusieurs retournements de situation qui viennent réellement saisir le lecteur par surprise, sans jamais nous perdre pour autant.
Les dessins sont très agréables, bien travaillés, expressifs, assez axés jeunesse. Les décors sont somptueux, harmonieux et les couleurs offrent de belles ambiances. Un rythme efficace parsemé de spectaculaires scènes de combats. Une version de l’île de Neverland dans sa forme vue de haut qui n’est pas sans rappeler les images de la version Disney.
Le tome 2, attendu pour le 12 septembre, s’annonce palpitant, tant les révélations finales de ce premier volume — aussi saisissantes que renversantes — laissent présager une suite à la hauteur. La fin assez auto-conclusive de ce premier récit appelle cependant une suite, du fait que l’on ne sait pas trop à quoi s’attendre exactement. Retour à Neverland devrait plaire autant aux enfants (perdus ou non) qu’aux adultes rêveurs.
Si cette aventure a des accents super-héroïques, ce n’est pas là le fruit du hasard. Au scénario, on retrouve Tom Taylor, auteur de comics qui a officié pour DC sur Suicide Squad et sur Superman, mais aussi chez Marvel avec All-New Wolverine et X-Men Red. Il a également écrit plusieurs comics et romans graphiques dans l’univers de Star Wars.
Au dessin, l’Australien Jon Sommariva, opère lui ausi dans l’univers des comics. Et une fois encore, ça se ressent. Il a notamment travaillé sur Batman, Les Tortues Ninja et sur la rencontre entre ces deux univers.
Retour à Neverland est le premier roman graphique à obtenir le prix Children’s Book of the Year Award : Older Readers. Pas mal comme référence...
Par Rémi BARNAULT
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Le premier tome de Retour à Neverland est disponible aux éditions Dupuis, à 17,95 €.