Dark Knights of steel : Allwinter - Par Tom Taylor, Torso & Riccardo Federici - Ed. Urban Comics

Par Marc VANDERMEER Excellent 6 juin 2025 
L'auteur d’Injustice et de DCeased nous revient avec un récit complet d’envergure, où le froid hivernal se conjugue à la folie d’un guerrier en quête d’une ultime mission. Dans un récital où la neige et le sang s’entremêlent, Deathstroke retrouve son ancienne femme, et le garçon aux cheveux blonds qu’elle protège contre les forces de Vandal, le patron et seigneur de Deathstroke. Un album puissant, mis en évidence par la grande maîtrise graphique de Torso.

Un sol gelé, un paysage accablant, la mort à tout-va. Jarl Vandar, appelé également Vandal Savage, remporte guerre après guerre, étendant son territoire avec l’espoir, un jour, de conquérir l’entièreté du Jarlund. Ses nombreuses et écrasantes victoires lui sont dues à la hargne de ses combattants, mais surtout à l’efficacité de son fidèle homme de main, se battant muni d’une hache : celui qui, par le passé, s’abreuvait du sang de l’ennemi, à savoir Deathstroke.

Un guerrier vieillissant, certes, mais qui aspire encore à une certaine gloire, surtout si l’or coule à flot. C’est ainsi que Jarl Vandar lui propose une offre : lui capturer un monstre échappé des fosses de Hel, semant courroux et destruction.

Empruntant la mer en direction de Dodsrev, ce voyage pourrait bien être son dernier. Accompagné par Fru Caitlin, au service de Jarl Vandar, tous deux empruntent les mers dangereuses, là où réside le Kraken. Mais il en faut bien plus pour vaincre l’ancien, habitué à se surpasser au combat.

Tout dérape cependant une fois parvenus sur l’île de Skyhjem, où le passé de Deathstroke ressurgit sous l’image de son ancienne femme Adeline. Lui sauvant la vie d’une mort certaine, il se met Fru Caitlin, dite Killer Frost, à dos, et découvre en réalité que le présumé monstre effrayant tant Jarl Vandar n’est autre qu’un jeune enfant aux cheveux dorés, du nom d’Alec.

Dark Knights of steel : Allwinter - Par Tom Taylor, Torso & Riccardo Federici - Ed. Urban Comics
©Riccardo Federici / Urban Comics

Commence alors, pour les anciens amants et le jeune garçon, une descente aux enfers dans un climat aussi rude qu’impitoyable. Car pour atteindre Gyllenjem, l’ancienne capitale, ils auront fort à faire entre Rosie, la propre fille de Deathstroke en quête de vengeance, les milles de Steppes envahies de Draugar, le vif orage plus redoutable encore, et la multitude de chasseurs envoyés par Vandar à leur trousse...

Dans ce périple du grand nord, en plein cœur des territoires gelés où la mort rôde telle une ombre pressée, Tom Taylor s’illustre à merveille, nous embarquant dans un voyage où le vieux guerrier tente de réparer les affres de son passé. Affamé de conquêtes sanguinaires, Deathstroke offre ses services de tueur et d’exécuteur à Jarl Vandar, sans réellement broncher ni se questionner sur ses agissements.

Toutefois, ses retrouvailles avec son ancienne épouse provoquent en lui confusion et tiraillements. Alec Slade, comme Adeline le nomme, n’est plus rien d’autre qu’une ombre perdue dans les dédales de la folie.

Pour ce one shot explosif, le lecteur se retrouvera immédiatement bercé par la construction et le rythme appuyé — marque de fabrique de Tom Taylor — qui, à l’aide de son personnage Deathstroke, répond aux attentes. Des effets de surprise en surprendront plus d’un, déjouant les codes classiques, où, d’une planche à l’autre, un personnage principal décède subitement ou par une tournure de style qui change immédiatement la donne.

Au travers de cette trame rude en tout point, la mort se veut omniprésente, même là où l’on ne s’y attend pas. Prenons l’exemple de ce joli couple d’écureuils, qui s’échange une noisette en guise d’amour, et, l’instant d’après, seuls leurs cadavres jonchent la neige de leur sang. Bref, si vous cherchez une once de poésie dans ce labyrinthe glacial, vous n’en décèlerez aucune.

Aux commandes graphiques, nous retrouvons Riccardo Federici, qui s’illustre sur le récit complet Dark Knights of Steel : Heir to the Sea, avec un encrage épais et des couleurs vives. Un style plutôt réaliste, se concentrant sur les faciès des protagonistes avec précision et énergie.

©Torso / Urban Comics

Tout le contraire lorsqu’on analyse le trait de Torso, qui exerce en cavalier solitaire sur le reste de l’ouvrage. Pour seules couleurs, nous avons droit à du noir, du blanc à outrance conforme à ce cadre hivernal, et des nuances de gris appuyées ci et là. Le résultat est assez surprenant et intensifie cette trame attractive. Seul l’enfant blondinet aux yeux verts est coloré, ainsi que quelques effluves de sang parsemées afin de les mettre en évidence.

L’ambiance glauque, voire claustrophobique, est majestueusement mise en relief, non seulement par le biais de ses héros torturés, mais également par la magie apportée par la violence hivernale, dans laquelle tous souffrent sans exception. Des rictus déformés par le froid, des rides crevassées par les troubles d’un quotidien apocalyptique. Les guerriers et guerrières prennent sur eux, mais demeurent impuissants face aux tribulations existentielles.

C’est clairement le jour et la nuit entre ces deux dessinateurs, qui apportent certes chacun leur lot intense d’émotions fortes, bien que le trait enivrant et pointilleux de Torso soit davantage en corrélation avec cette trame oppressante.

Avec Dark Knights of Steel - Allwinter, Tom Taylor signe un titre choc, aux frontières d’un contexte barbare où le héros est en quête de rédemption. Sûrement l’un des titres phares du catalogue de chez Urban de ce premier semestre.

Par Marc VANDERMEER

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Code EAN : 9791026823162
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