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Pour un "Matrimoine de la BD"

Par Jorge SANCHEZ Excellent 26 juillet 2024 
Pour les connaisseurs et les insiders, ce n'était qu'un secret de polichinelle : les femmes ont toujours fait partie du monde du 9e art, et ce depuis le XIXe siècle. Pourtant, pour le grand public, la presse et l'éclat aveuglant des Grands Prix n'avaient donné qu’une image partielle de quelques “exceptions”, celle de femmes ayant nagé seules et à contre-courant dans un milieu masculin. Sous la direction de Marys Renné Hertimans et Camille de Singly, cet ouvrage pionnier déconstruit le mythe en retraçant l’histoire et l’évolution des femmes dans la BD, en réunissant certains des grands noms de la littérature savante du 9e art, tels que Trina Robbins, Jessica Kohn et Maël Ranou. Voila enfin une première “encyclopédie” du patri… pardon, du Matrimoine des autrices du 9e art !

Peut-on continuer à écrire l’histoire de la bande dessinée sans mentionner les femmes qui y ont participé ? Jusqu’à très récemment, les « Maîtres du neuvième art » étaient presque exclusivement des hommes, négligeant l’apport des créatrices. À l’origine du mythe, l’historiographie traditionnelle qui a donnée la place d’honneur aux dessinateurs, et leurs œuvres arborant le format de l’album franco-belge et du roman graphique. Une approche faisant la part belle de figures que l’on a depuis héroïsées dans l’imaginaire collectif des lecteurs (coucou la Tintinologie, le Peyo fan club et les fac-similés du Centaur Club...), mais qui a laissé de côté des géographies entières du 9e art, telles les illustratrices de presse, les coloristes, les scénaristes, les autrices d’ouvrages de jeunesse, etc. qui sont, finalement, abordées avec soin par les contributeurs de cet ouvrage paru aux éditions Les Presses du réel.

Ce péché originel, le déni de reconnaissance de l’apport des femmes au 9e art, est le résultat de plusieurs mécanismes d’invisibilisation, de discrimination et d’exclusion socio-économique ayant défini le milieu professionnel depuis ses origines et sur presque tous les niveau du processus de création artistique (n’en déplaise a ceux qui s’obstinent toujours a nier l’existence du patriarcat). Cet ainsi que l’ouvrage cherche à valoriser l’héritage des femmes, trop souvent oubliées, voir minimisées, en réduisant leur travail aux sous-catégories de "BD féminine" ou "BD de femme". Il sera donc question dans les articles qui composent l’ouvrage d’aborder en détail leur apports, leurs trajectoires et, bien évidement, leurs revendications.

Pour un "Matrimoine de la BD"
The Complete Hothead Paisan, de Diane DiMassa.
Ouvrage abordé dans le chapitre de Hélène Tison, intitulé "Hothead Paisan (1991-1996)
de Diane DiMassa et Bitchy Butch (1991-1999) de Roberta Gregory.Deux gouines en colère résistent
au patriarcat"
©Diane DiMassa, The Complete Hothead Paisan, page 192. 1999.

Pour y procéder, les autrices nous proposent d’analyser le matrimoine du 9e art sur deux plans : l’héritage et l’historiographie des femmes créatrices de BD, d’une part, puis de l’autre, la dimension sociopolitique de leur participation, en proposant des entretiens, la relecture d’œuvres et de biographies abandonnées depuis des lustres dans le fin-fond des bibliothèques et l’étude de certains ouvrages. L’intention déclarée étant de permettre une recontextualisation plus inclusive de l’histoire, jusqu’ici "canonique" de la BD en Europe et en Amérique.

Lu et approuvé par Chantal Montellier
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

La première partie du volume, Reconstruire une généalogie, se compose des contributions de Trina Robbins, Maël Rannou, Hertiman et de Singly, et se centre sur le matrimoine professionnel et historiographique des autrices, que Hertiman analyse en détail, en proposant sa lecture d’une "constellation" de relations entre les créatrices de BD, longtemps ignorée.

La deuxième section s’intitule Corps à corps : résistances et représentation, se concentre sur la production des autrices et les différentes approches qu’elles ont adoptées face a leurs condition de femmes, avec des apports d’Alfredo Guzmán Tinajero, Claudia Jareño Gil, Anne-Claire Sanz-Gavillon, Hélène Tison, Maria Clara da S.R. Carneiro, Liane Azevedo de Souza et Hélène Camarade.

La dernière partie, Faire Corps : Collectifs et mobilisations, met en exergue la manière dont les autrices se sont réunies autour de la BD pour faire entendre leurs voix et s’unir face aux adversités systémiques. Elle compte avec les contributions de Thaís Batista Rosa Moreira, de Singly, Hertiman et Pierre Nocérino.

Revue Esporádica, de Ana Barreto et Adriana Batista
Illustration de la revue Esporádica, étudiée par Alfredo Guzmán Tinajero, dans "Construire des liens par les cases : l’expérience féministe d’Esporádica"
©Biblioteca Personal de Carlos Monsiváis, de la Biblioteca de México

Parmi les chapitres remarquables, on retient celui d’ouverture de Trina Robbins, qui revisite plus d’un siècle de présence féminine dans la BD aux États-Unis, ainsi que d’autres apportant des éclairages précieux sur des productions oubliées, comme celui d’Alfredo Guzmán Tinajero sur la revue Esporádica ayant circulée dans le Mexique des années 80, ou encore, l’entretien très éclairant avec Katherine Avraam, Isabelle Merlet et Albertine Ralenti, mené par Camille de Singly, autour de la place des femmes, dans la colorisation de la BD en France et les efforts de longue haleine, pour la reconnaissance du métier de coloriste.

Partant sur les travaux du groupe de travail « Les Bréchoises » (2020-2022), l’ouvrage parvient a proposer de nombreuses ressources permettant au lecteur de continuer l’élan de redécouverte du matrimoine de la BD. Fort d’un vocabulaire accessible et de sa rigueur scientifique, on retient l’encouragement des directrices, pour le lancement d’autres études autour du matrimoine de la BD, afin de créer une historiographie et un milieu professionnel plus juste.

Par Jorge SANCHEZ

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782378964672

Construire un Matrimoine de la BD – Créations, mobilisations et transmissions des femmes dans le neuvième art, en Europe et en Amérique - Par Marys Renné Hertiman et Camille de Singly. Éditions Les presses du réel. 352 Pages - 18€.

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10 Messages :
  • Pour un "Matrimoine de la BD"
    27 juillet 2024 05:05, par kimporte

    Matrimoine…Serais ce de la novlangue de vieux soixante-huitard ? Ces idées sentent le pims à l’orange périmé et la camomille…

    Répondre à ce message

    • Répondu par ಠ_ಠ le 27 juillet 2024 à  15:46 :

      Au risque de vous décevoir, matrimoine n’a rien d’un néologisme, c’est un terme ancestral qui a presque 900 ans.

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      • Répondu le 28 juillet 2024 à  15:42 :

        Au risque de vous décevoir le mot, datant du moyen-âge, est tombé en désuétude pour totalement disparaître de la langue française. Pour votre information on n’utilise plus non plus les mots pastourelle, ardélion, nicorée, ou pate-pelu.

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        • Répondu par ಠ_ಠ le 28 juillet 2024 à  16:42 :

          Au risque de vous décevoir, je suis bien d’accord avec vous, j’indiquais simplement que ce terme existe depuis fort longtemps et qu’il n’avait rien de neuf. Par ailleurs, bien qu’il ne soit plus utilisé couramment de nos jours, il n’a pour autant pas disparu, et l’employer n’a rien d’une faute de français. On pourrait aussi faire un parallèle avec le terme sororité qui était tombé en désuétude pendant longtemps et qui recommence à être fréquemment employé depuis quelques année.

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  • Pour un "Matrimoine de la BD"
    27 juillet 2024 08:26, par Mantra Dora

    Les femmes n’ont jamais été totalement absentes de la BD, même s’il est vrai que le genre BD d’aventure plein de testostérone et de valeurs viriles semble plutôt le pré réservé des Ohms, Hommes ou zozos !
    Cette occultation de l’oeuvre féminine (je dis bien féminine et non féministe !) touche aussi la littérature (George Sand), la sculpture (la compagne de Rodin) et même la science (Marie semble avoir plus d’importance que Pierre).
    L’époque actuelle est à la réhabilitation légitime, ce n’est pas une raison pour sombrer dans le wokisme !

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    • Répondu par ಠ_ಠ le 27 juillet 2024 à  16:04 :

      Oui, l’histoire de la BD, et de l’art en général, n’as eu de cesse d’invisibiliser, infantiliser, minimiser le travail et les contributions des femmes. Et je crois, même si les sujets ou les aspirations n’étaient pas intentionnellement féministes, que le fait même de devoir se battre, ruser, se jouer d’un contexte défavorable pour faire exister leurs oeuvres, inscrit leurs parcours dans une droite lignée féministes. Leur réhabilitation est tout a fait légitime et nécessaire en effet, mais je ne vois pas trop le rapport avec le wokisme. D’ailleurs cette obsession pour ce mot valise me désarçonne de plus en plus. Ça serait pas mal de s’accorder sur une définition commune du "wokisme" pour éviter de l’employer à toutes les sauces.

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      • Répondu par Gina Vanilla le 28 juillet 2024 à  19:35 :

        Je ne vais pas vous donner la définition, il suffit de chercher sur le net !
        Mais pour un exemple de wokisme, il suffit de regarder la cérémonie d’inauguration des JO ! Ou alors les derniers films MCU (avant Deadpool/ Wolverine). Disney s’est aventuré dans ce domaine...ou alors certains-certaines députés LFI qui ont multiplié les déclarations fracassantes en colère !

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        • Répondu par ಠ_ಠ le 28 juillet 2024 à  20:57 :

          Merci Gina, je ne vois pas quoi répondre, vos arguments et votre démonstration me laissent sans voix. Hihihi.

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          • Répondu par Gina Vanilla le 29 juillet 2024 à  12:01 :

            Merci pour votre compliment !
            Je vous offre une définition du wokisme, utile à tous/toutes ceux/celles qui voudraient s’instruire :
            "D’où vient le mot wokisme ?
            Le mot wokisme est formé à partir du mot woke et du suffixe -isme, qui sert dans certains cas à former des mots péjoratifs. Woke, mot emprunté à l’anglais au milieu des années 2010, désigne une personne ayant conscience des inégalités sociales et luttant pour un monde plus juste. Ce mot, qui sert toujours d’étendard pour les personnes qui se reconnaissent dedans, acquiert progressivement une connotation péjorative depuis la fin des années 2010.

            En anglais, le mot woke, participe passé du verbe to wake (« (s’)éveiller »), veut dire littéralement « éveillé » et par extension « conscient ». Dans l’argot des Africains-Américains, il a pris le sens spécifique de « lucide face aux problèmes sociaux que rencontrent les Noirs ».

            La formule stay woke, qui signifie littéralement « reste(r) éveillé », a été popularisée en 2013 lors du mouvement Black Lives Matter, mais aussi via une chanson de Erykah Badu sortie en 2008, dans laquelle elle répète « I stay woke » (« je reste vigilante, je reste lucide »).

            En anglais, l’emploi du terme s’est ensuite étendu à d’autres thématiques que les questions raciales, comme le harcèlement sexuel, l’immigration, l’identité de genre. Ce mot a acquis en anglais une teinte péjorative lorsqu’il a été repris par les militants de Donald Trump, pour dénigrer le camp d’en face.

            Vous avez envie de découvrir encore plus de vocabulaire ? On vous donne rendez-vous sur Orthodidacte, notre plateforme de formation en ligne : des tonnes de choses à découvrir sur la langue française !"
            Pour ma part, je suis évidemment hostile à 100% à toute discrimination portant sur le genre, le sexe ou l’origine ethnique, ainsi qu’aux horribles crimes perpétrés par le passé (Croisades, persécutions contre les protestants, colonisation), mais je n’ai pas besoin qu’on me les rappelle tous les jours, car je suis déjà informée et consciente, comme du dérèglement climatique !

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            • Répondu par ಠ_ಠ le 29 juillet 2024 à  13:26 :

              Oh, merci pour cette définition que je ne pouvais pas trouver par moi même ! Ça m’aide beaucoup.
              Mais je ne comprend pas trop, vous semblez être anti-woke et vous employer ce terme de manière péjorative pour stigmatiser ce qui ne vous plait pas ou ce qui semble être contraire à vos valeurs (à la Trump comme le dit votre copié-collé), pourtant vous dites aussi être pleinement consciente et informé de toutes les formes de discrimination. Sans nuance aucune, j’ai bien l’impression que vous êtes très très woke mais que vous en avez un peu honte. Hihihi.

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