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Favori de la rédaction
9 juillet 2026
Oldman, Rebecca et leurs compagnons fuient toujours l’armée du général Hammer, lancée à leurs trousses au nom d’une Reine immortelle obsédée par la maîtrise du temps. Leur cavale vire à la chasse à l’homme permanente, chaque recoin du royaume devenant un champ de bataille où se joue autant leur survie que l’avenir de la révolte.
Hammer provoque Rebecca en duel, exploitant sa soif de vengeance et son orgueil de générale mutilée, désormais équipée des prothèses bricolées par l’anatomiste Wilson. Le combat, extrêmement physique, est rythmé par des flash-back qui dévoilent comment la couronne a brisé puis jeté ses meilleurs soldats, nourrissant la haine de Rebecca.
Pendant ce temps, la Reine reste retranchée dans son palais, décidée à s’emparer de la magie d’Oldman pour l’asservir à son rêve d’éternelle jeunesse. Oldman comprend alors que fuir ne suffit plus : pour récupérer les années volées et briser le système, il devra revenir au cœur du pouvoir, là où le temps du monde a été faussé.
Ce deuxième tome, dans sa configuration Glénat, impressionne d’abord par sa masse : plus de 400 pages rassemblées en un seul volume double, qui donnent l’impression de lire une saison entière d’une série, sans coupure artificielle en fin de volume.
Là où l’édition Kotoji découpait Oldman en quatre tomes de poche d’environ 200 pages, au format manga classique, la nouvelle mouture compacte désormais le récit en deux « pavés » grand format qui regroupent chacun deux volumes d’origine.
À la lecture, cette différence n’est pas qu’un détail d’éditeur : on ressent davantage la montée en puissance, la densité du récit, comme si Chang Sheng avait toujours pensé son histoire en gros arcs plutôt qu’en petits chapitres isolés.
Narrativement, ce tome 2 est un vrai rouleau compresseur : peu de respirations, un enchaînement quasi continu de fuites, d’affrontements et de retours en arrière.
On pourrait craindre la saturation, mais le fil rouge reste limpide : la fuite initiale se mue peu à peu en offensive, et chaque bataille rapproche Oldman et les siens du cœur du pouvoir.
Le duel Rebecca/Hammer constitue, à mes yeux, le sommet émotionnel du volume. Rebecca y incarne à elle seule la colonne vertébrale thématique de la série : corps mutilé que la science recoud, loyauté brisée, rage canalisée dans un combat où chaque mouvement trahit des années de service et de trahison.
Les flashbacks que l’on découvre dans ce tome 2, déjà présents dans la première édition mais ici rassemblés dans un bloc de lecture plus continu, gagnent en impact : on voit mieux les liens entre passé et présent, sans la césure imposée par les quatre volumes de poche.
Côté dessin, la réédition Glénat change la donne : le grand format rapproche Oldman des autres titres de Chang Sheng déjà au catalogue (Yan, Baby), et permet enfin d’apprécier pleinement ses cadrages cinématographiques et ses compositions très graphiques. Là où l’édition Kotoji, plus petite et plus classique, avait tendance à compacter certaines planches, le nouveau gabarit laisse respirer les noirs, les diagonales d’action, les effets de vitesse.
Sur un tome aussi « survolté » que ce deuxième, ce surplus d’oxygène visuel est loin d’être anecdotique : la lecture y gagne en lisibilité et en puissance, notamment dans les grandes scènes de bataille.
Mais outre tous ces changements, le vrai plus de cette réédition augmentée est la présence, en fin de volume, du storyboard originel d’Oldman et de l’histoire courte en couleurs "L’avion en papier", créée par Chang Sheng pour le festival d’Angoulême sur le thème du temps. Ces ajouts ne sont pas de simples artefacts destinés à remplir des pages : ils offrent une vraie plongée dans l’atelier de l’auteur, montrent comment ses idées se posent d’abord en croquis nerveux avant de s’affiner en planches finales. Et surtout, « L’avion en papier » prolonge en mode condensé l’obsession d’Oldman pour le temps qui file, se plie, se froisse : un parfait écho au récit principal.
Au final, ce tome 2, tel que proposé par Glénat, s’avère sans nul doute la meilleure manière d’aborder Oldman aujourd’hui : même histoire que chez Kotoji, mais dans une forme qui épouse mieux le souffle du récit et en dévoile davantage les coulisses.
Pour qui possèderait déjà les quatre tomes Kotoji, la bascule vers la nouvelle édition se justifie surtout par le confort de lecture et les bonus.
En revanche, pour qui découvre l’œuvre aujourd’hui, ces deux gros volumes doubles constituent clairement l’expérience la plus aboutie.
Par Milan MORALES
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