Moonlight express - Par Clérisse et Smolderen - Ed. du Seuil

Par Philippe LEBAS Très bon 22 octobre 2025 
Retour du duo Clérisse-Smolderen pour une quatrième collaboration centrée sur une histoire polyphonique autour d’objets volés au temps de la guerre froide. Fans d’intrigues élaborées, de peinture et de couleurs, de musique et de cinéma, Moonlight Express est fait pour vous.

Dans le Berlin détruit de l’après-guerre, deux soldats de l’armée américaine et amis d’enfance, Norman Bold et Jay Johnson (Jay Jay), sont missionnés pour retrouver des œuvres d’art spoliées par les nazis. Surgit alors Clarisse, fille de leur « chef » et amante éconduite de Jay Jay, mais qui ne laisse pas insensible Norman. Se développe alors une intrigue à tiroirs comme les aime Smolderen, et qui nous conduira jusqu’en 1962, non sans va-et-vient (quinze jours plus tard... ou plus tôt). On sent que le duo a pris un malin plaisir à nous surprendre, voire à nous perdre.

Moonlight express - Par Clérisse et Smolderen - Ed. du Seuil

C’est une sorte de Cluedo (sans cadavre !) très libre, et dans lequel la musique, quelque part entre Debussy et le (free) jazz, joue un grand rôle. On peut d’ailleurs accompagner la lecture de l’écoute de morceaux (grâce à un QR code), même si le passage de l’un à l’autre n’est pas forcément simple (à l’image de l’intrigue).

Alexandre Clérisse, par ses mises en page élaborées et sa palette de couleurs chatoyantes, contribue largement à la réussite de cet album. On retrouve avec joie son goût pour les peintres de la couleur, notamment Sonia et Robert Delaunay, période cubiste.

On pense aussi à David Hockney, déjà particulièrement mis à l’honneur dans L’été Diabolik (2016), du même duo Clérisse-Smolderen, qui n’a jamais caché son intérêt pour la palette très colorée de ce peintre anglais toujours actif, et qui a su renouveler son art par l’utilisation de la tablette numérique.

Nous voilà donc délicieusement plongés dans un monde un peu rétro, dont l’intrigue sophistiquée et l’ambiance constituent aussi un bel hommage aux grands cinéastes des années 40-60, tels que Lubitsch, Wilder et Hitchcock (le visage de Clarisse étant situé quelque part entre Grace Kelly et Kim Novak). Il y a pire comme références.

Par Philippe LEBAS

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Code EAN : 9782021551204
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