« Bécassine, c’est ma cousine ! » Nous avons presque tous été bercés dans notre enfance par ce tube de Chantal Goya. Mais peu de gens savent aujourd’hui qui est vraiment cette femme au look complètement démodé avec sa longue robe verte, sa coiffe blanche et surtout son visage tout rond et sans bouche. Pourtant, c’est une héroïne dont les aventures ont passionné des générations de jeunes lectrices de La Semaine de Suzette, et dont l’auteur est considéré comme un précurseur de la bande dessinée.
Elle est née un peu par hasard dans les pages du premier numéro de cette revue le 2 février 1905 (il y a juste cent-vingt ans cette année !) mais elle connaîtra une célébrité grandissante et qui ne se démentira pas.
Annaïk Labornez est au départ une jeune Bretonne un peu naïve et bêbête (d’où son surnom de Bécassine), venue à Paris pour travailler comme bonne à tout faire dans une famille aristocratique. Mais au fil des épisodes (25 albums paraîtront de 1913 à 1939 sous la signature de Pinchon), elle fait preuve de qualités qui ne sont pas celles des jeunes campagnardes de son époque : elle sait lire et écrire, est cheftaine scoute, puis infirmière pendant la Guerre de 14-18, et maîtresse d’école, elle apprend à conduire une voiture, devient même pilote d’avion,... Elle fut longtemps considérée comme une caricature sexiste par les intellectuels, mais on en fait aujourd’hui une lecture différente qui la place parmi les pionnières du féminisme.
Sur le plan graphique, il ne s’agit pas encore, à proprement parler, de bande dessinée au sens moderne, mais la narration en textes sous les images et le recours fréquent à des séquences d’actions l’y rattache. Surtout, le réalisme simplifié du dessin, d’une grande élégance, est considéré comme la préfiguration de la « Ligne claire » d’Hergé.
Celui-ci a d’ailleurs avoué qu’il avait été inspiré par la figure ronde de Bécassine pour dessiner celle de Tintin, en lui ajoutant simplement une bouche ! Pinchon a, par ailleurs, été l’illustrateur de nombreux autres livres et journaux pour la jeunesse et pour les adultes (sous le pseudonyme de Jospin), il a été peintre animalier, affichiste, graveur, décorateur de théâtre, réalisateur de films... Et il a joué un rôle important pendant la Première Guerre mondiale.
Sa vie et son œuvre, riche et variée, lui vaudra d’être promu au grade d’officier de la Légion d’Honneur en 1950. Il serait donc important et urgent que sa tombe soit restaurée. Ce qui coûterait pas loin de 26 000 euros. L’association ASPS, créée début 2025, en a déjà engrangé une partie (grâce en partie à la mairie et au département) pour mener à bien les travaux.
Il est question de rajouter une plaque à l’effigie de Bécassine. Et une fois la rénovation terminée, espérée en 2026, un autre projet serait d’organiser des circuits touristiques intégrant la visite de la tombe de Jules Verne, à la Madeleine, l’autre cimetière d’Amiens.
Par Benoit MARCHON
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Vous aussi, vous pouvez contribuer à sa rénovation en joignant l’association par mail (aspsfranceasps@outlook.fr) ou son dynamique président, Pierre-Louis Vasselle, par téléphone (07 63 74 67 34).
Et si Chantal Goya est votre cousine ou votre voisine, demandez-lui donc de participer !
Photos : Pierre-Louis Vasselle
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