Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Très bon
20 novembre 2025
Les éditions du Seuil, rachetées par le groupe Média Participation en 2017, ont lancé en début d’année un tout nouveau label exclusivement consacré à la bande dessinée jeunesse. L’idée est de proposer un équilibre entre albums de fiction et d’autres davantage documentaires. Skeletos, l’affaire du spectre volé s’inscrit dans la première catégorie.
Depuis une durée indéterminée, le peuple des squelettes passe le plus clair de son temps à se bagarrer, tels les villageois d’Astérix. Sauf que là, on ne sait pas vraiment pourquoi les tas d’os se chamaillent. Ce sont de vrais nigauds.
Ce royaume des défunts, aux faux airs de désert lunaire, régi par une monarchie, n’est que cendres et os, à perte de vue. Le roi des squelettes gouverne du haut de son piédestal, tout en restant à l’écart des rixes récurrentes de son peuple. Jusqu’au jour où le quotidien morbide de ces armatures osseuses est chamboulé par l’arrivée inopinée de Garance, une jeune fille joviale aux cheveux hirsutes, reflets de sa personnalité perchée. Le premier réflexe des squelettes est la peur. Aussitôt, certains accusent la fillette d’être un monstre, d’autres la qualifient d’esprit.
“ On est tous l’étranger de quelqu’un “
_ Tahar Ben Jelloun
Garance se rapproche de Skeletos, le personnage-titre. Mais voilà que la jeune fille disparaît avec le sceptre royal du roi squelette, ce qui a pour effet de bouleverser l’ordre établi. L’innocence, la malice et l’élan de la jeune fille, associés à la quête introspective du grand squelette, tissent les bases d’une touchante complicité. Sous couvert d’un récit d’aventure trépidant et plein de rebondissements, le récit aborde la mort avec une vraie douceur, atténuant son poids.
L’écriture poétique des dialogues dégage à la fois une belle légèreté dans le ton, mais une profondeur dans le fond. Il y a quelque chose d’assez excellent pour être souligné : s’il est normal pour nous, communs des mortels, de craindre le jour fatidique où nous passerons l’arme à gauche ou encore de se questionner sur une potentielle vie d’après, ici, on observe aussi le point de vue des trépassés qui se demandent “s’il y avait vraiment une vie avant”. Toute une réflexion philosophique.
Cette question de la mort est loin d’être centrale dans le vaste paysage de la BD jeunesse. Il faut dire que ce type de projet peut à la fois provoquer chez les parents un grincement de dents d’appréhension, mais aussi enlever un poids. Il peut être préférable de prendre des pincettes, de s’adapter au lectorat, sans pour autant sous-estimer les futurs citoyens. Graphiquement, on ressent une spontanéité dans le trait et une patte rappelant un peu l’univers de Joann Sfar.
En outre, Skeletos parvient à trouver un parfait équilibre entre lecture légère et plaisante et exploration de thématiques profondes, offrant à la fois ses rires, son lot d’émotions et matière à réflexion. On a chaud au cœur, trépignant déjà de retrouver ce duo dans de nouvelles aventures de papier.
Avant même de devenir une BD, Skeletos existait sous forme de concert dessiné, avec les mêmes Gaëtan Dorémus au dessin et Dennis Baronnet au scénario (mais aussi à la musique).
Par Rémi BARNAULT
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La première aventure de Skeletos est à retrouver aux éditions Seuil jeunesse, pour 13,90 €.