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L’hommage à Charlie Hebdo : 10 BD pour mieux commémorer

Par Didier PASAMONIK 7 janvier 2025 
Le moment est important : alors qu’aujourd’hui encore des jeunes se font embrigader par des intégristes via Internet et sont prêts à assassiner leur prochain simplement, comme Samuel Paty, pour avoir montré des caricatures de Charlie Hebdo, il nous faut, dans le cadre de ces commémorations, se rappeler des œuvres de ces génies qui sont morts pour notre liberté. Petit florilège des sorties récentes.

« Dix ans après, Charlie Hebdo est toujours là, écrit Riss dans l’éditorial du numéro de Charlie Hebdo qui sort aujourd’hui. Les causes du drame aussi. Ainsi que la détermination des membres du journal. La situation géopolitique a évolué, s’est même aggravée. Des régimes autoritaires comme la Russie ou la Chine ne cachent plus leurs ambitions de combattre les valeurs démocratiques avec le même fanatisme que des organisations terroristes islamistes comme Daech ou al-Qaida. La démocratie est une idée qui semble de plus en plus contestée par des forces hostiles de plus en plus actives. »

Voilà ce qu’est Charlie : une vigie de nos mondes démocratiques, un canari fragile qui nous prévient du grisou.

Comment répondre à tout cela ? Riss le résume en un mot : survivre. Et il sait de quoi il parle, lui qui a été blessé par les balles des terroristes le 7 janvier 2015 et qui s’est relevé avec les autres pour faire revivre Charlie Hebdo, ce journal « increvable et universel ». Le premier acte de résistance est d’acheter son journal.

Il est aussi de rendre immortels ceux qui sont tombés pour nous. À commencer par Georges Wolinski dont les premiers dessins paraissent dans Bizarre que dans Hara Kiri dès les années 1950-1960 et qui est mort à plus de 80 balais sous les balles des terroristes. Trois titres sont sur les étals :

Le Bonheur est un métier aux éditions Glénat, un ouvrage de plus de 300 pages qui compile BD, dessins de presse, chroniques, et textes d’humeur. Un bel exemple de son trait et de son état d’esprit rassemblé dans un ordre chronologique.

Wolinski Anthologie publié par Les Cahiers dessinés. Cet ouvrage s’intéresse davantage au Wolinski dessinateur. On découvre que ce dessinateur que l’on jugerait « basique », capable de créer avec trois traits jetés est un excellent dessinateur réaliste, artistiquement d’un niveau élevé. Plein de documents de très belle qualité, dommage qu’ils ne soient pas davantage contextualisés.

Fous d’amour, au Cherche Midi. Cette nouvelle édition préfacée par Maryse Wolinski est la réédition d’un ouvrage qui compile ce qui a fait de Wolinski un auteur populaire, et notamment son livre «  Elles ne pensent qu’à ça » publié par Pauvert dans les années 1960.

On peut toujours se référer à Cabu, le caricaturiste le plus habile de son époque. Toujours aussi cons, au Cherche Midi, est une réédition augmentée de 50 dessins d’un ouvrage paru il y a dix ans, synthétise bien ses punching-balls : les Français « beaufs », racistes, fascistes, les politicards, les « cul-bénits », les pollueurs, les obsédés, les stars… Toute une époque défile sous nos yeux, avec le sourire…

Comment pourrait-on oublier Charb que nous avions interrogé en 2005 ? Il avait pris la direction de Charlie Hebdo après le départ de Philippe Val et était un défenseur déterminé de la laïcité. Cet ouvrage, Laïcité, oui mais… publié chez Hachette il y a quelques années, synthétise sa pensée.

N’oublions ni Tignous, qui, dans la ligne de Charb, affirme son anticléricalisme dans un livre qui lui ressemble beaucoup : Ni Dieu ni eux, édité par Robinson...

Ni Honoré, un peu oublié par rapport aux autres, alors qu’il est un de plus originaux de la bande, avec son dessin proche de la gravure sur bois à la Frans Masereel et dont on découvre le travail dans son Anthologie du dessin politique chez Evergreen. Incisif et beau.

Ni même Bernard Maris -qu’ActuaBD avait aussi interrogé (il se moquait de Largo Winch). Cet économiste qui siégeait à la Banque de France avait sa chronique, « L’Oncle Bernard » dans Charlie Hebdo qui n’était pas (seulement) un lieu de gaudriole, mais aussi un lieu de réflexion et d’éducation politique. J’aime beaucou son livre : Ô Marx, ô Marx, pourquoi m’as-tu abandonné ?, un précis d’économie d’une grande pertinence.

Rajoutons le carnet de Joann Sfar, Le Greffier, qui recueille les minutes du procès de qui opposa Charlie Hebdo à des organismes islamistes français qui avaient porté plainte à la suite de la publication des caricatures danoises par la fe uille satirique. On y voir Maître Kiejman et maître Malka, les avocats de Charlie Hebdo, dessiné par un Sfar transformé en chroniqueur judiciaire.

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Enfin, deux collectifs marquent cette célébration :

Charlie Liberté qui est une évocation de Cabu, Elsa Cayat, Charb, Honoré, Bernard Maris, Mustapha Ourrad, Tignous, Wolinski à travers une anthologie de quelques-uns de leurs travaux.

Enfin un volume davantage inscrit dans l’actualité, la dernière publication des Echappés, le label de Charlie Hebdo qui est une rétrospective de l’incroyable année politique que nous avons vécue en 2024 avec la dissolution, la « trêve olympique » et le Gouvernement Barnier. La couverture de Riss est dans la ligne de Charlie Hebdo  : on y voit Emmanuel Macron hilare en train de se faire laminer par Marine Le Pen. Tout est dit, non ?

Par Didier PASAMONIK

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