Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html

TRIBUNE LIBRE - Rire, caricaturer, disqualifier : ce que révèle la polémique entre Charlie Hebdo et Rokhaya Diallo

Par Christian MISSIA Dio 5 janvier 2026 
La polémique autour d’une caricature de Charlie Hebdo visant Rokhaya Diallo ne se résume ni à un conflit de personnes ni à un simple débat sur la liberté d’expression. Elle révèle la persistance d’un imaginaire colonial, la mythification de la laïcité et la difficulté, en France, à interroger les formes mêmes de la satire sans être aussitôt disqualifié.

La polémique déclenchée par la caricature de Rokhaya Diallo publiée par Charlie Hebdo aurait pu n’être qu’un épisode de plus dans la longue série des controverses opposant satire, indignation et liberté d’expression. Elle révèle pourtant quelque chose de plus profond et de plus durable : la persistance d’un imaginaire colonial qui continue de structurer nos réflexes visuels, nos hiérarchies symboliques et notre manière de disqualifier certaines paroles critiques, y compris en 2025-2026.

Réduire cette affaire à un affrontement entre un journal satirique et une intellectuelle serait une erreur d’analyse. Ce qui est en jeu ici ne relève pas d’un conflit de personnes, mais d’un conflit d’imaginaires et de cadres de pensée. Le dessin incriminé, signé par Riss, ne se contente pas de railler une position idéologique ou un discours public. Il mobilise un répertoire visuel ancien : celui d’un corps féminin noir réduit à la danse, à l’expressivité corporelle, à une présence spectaculaire censée se substituer à la parole et à la pensée.

Le recours à la figure de Joséphine Baker n’est pas anodin. Baker occupe une place paradoxale dans l’imaginaire français : figure célébrée, intégrée au récit national, mais dont la notoriété s’est construite sur une mise en scène profondément marquée par l’exotisation coloniale du corps noir. Qu’elle ait su jouer de ces codes, les détourner ou les instrumentaliser ne change rien à la nature du dispositif symbolique initial. Ce que cette iconographie charrie, ce n’est pas seulement une référence culturelle, mais une assignation : le corps noir comme spectacle, comme surface de projection, comme objet de rire plus que comme sujet pensant.

Retour sur une controverse qui ne date pas d’hier

La polémique s’inscrit dans un temps long. Charlie Hebdo et Rokhaya Diallo s’opposent depuis le début des années 2010 autour de conceptions divergentes de la laïcité, de l’antiracisme et de la liberté d’expression. Le désaccord trouve notamment son origine dans une tribune collective publiée en 2011 à la suite d’une attaque contre les locaux du journal, tribune que Rokhaya Diallo avait cosignée parmi d’autres intellectuels et journalistes, et qui lui sera durablement reprochée, souvent de manière individualisée.

Après les attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, cette conflictualité s’est encore durcie, allant jusqu’à des accusations publiques infondées visant à rendre Rokhaya Diallo symboliquement responsable de ces violences. Parmi les éléments les plus persistants figure l’affirmation selon laquelle elle aurait personnellement attribué un Ya bon Award à Charlie Hebdo — ce qui est factuellement faux. Ce prix avait été décerné à Caroline Fourest, par un jury collectif, et non par Rokhaya Diallo à titre individuel.

ActuaBD avait consacré en 2015 un entretien à Rokhaya Diallo revenant précisément sur l’origine de ce désaccord et sur la manière dont elle avait été prise dans cette séquence médiatique. La controverse actuelle autour d’une caricature publiée par Charlie Hebdo ne surgit donc pas de nulle part : elle réactive un conflit ancien, chargé d’affects, d’histoire et de malentendus, qu’il est nécessaire de rappeler pour comprendre la virulence des réactions et la nature des lectures opposées qu’elle suscite aujourd’hui.

Laïcité, rire et position dominante

C’est précisément à cet endroit que la critique de Rokhaya Diallo prend sens. Sa réaction ne relève ni d’un refus de la satire en tant que telle, ni d’une demande de traitement de faveur. Elle pointe un mécanisme récurrent : la manière dont certaines paroles critiques, lorsqu’elles émanent de femmes noires, sont ramenées à leur corps, à leur supposée nature, plutôt qu’affrontées sur le terrain des idées. La caricature ne répond pas à un argument par un contre-argument ; elle déplace le débat vers une scène où la pensée est disqualifiée par la mise en image.

Face à cette critique, certaines réactions ont consisté à renvoyer dos à dos la caricature et la réaction qu’elle a suscitée, en évoquant une « provocation de part et d’autre » ou en estimant que cette polémique ne constituerait pas une « bonne base de débat », notamment sur la laïcité. Cette posture se présente comme modérée, raisonnable, presque pacificatrice. Elle mérite pourtant d’être interrogée, car elle repose sur une équivalence trompeuse qui gomme des asymétries fondamentales.

Mettre sur le même plan une caricature produite par un média institutionnalisé, doté d’un fort capital symbolique, et la réaction critique d’une intellectuelle qui en est la cible revient à ignorer les effets différenciés de la provocation selon la position occupée. Provoquer depuis une position dominante n’a ni la même portée ni les mêmes conséquences sociales et symboliques que provoquer depuis une position minorisée.

Parler de « provocation depuis une position dominante » ne signifie en aucun cas minimiser la violence extrême subie par Charlie Hebdo. Le journal a été la cible de deux attentats terroristes, dont celui de janvier 2015, particulièrement meurtrier, visant explicitement ses journalistes et dessinateurs pour leurs positions éditoriales, notamment sur l’islam. Ces crimes constituent une attaque directe contre la liberté de la presse et un traumatisme collectif dont la gravité ne saurait être relativisée.

Mais reconnaître cette réalité n’interdit pas d’analyser une autre dimension, distincte : la position symbolique qu’occupe Charlie Hebdo dans l’espace médiatique et culturel français. Malgré les attentats, ou peut-être aussi à cause d’eux, le journal bénéficie aujourd’hui d’un capital symbolique exceptionnel. Il est érigé en icône nationale de la liberté d’expression, protégé par un récit héroïque, soutenu par un large consensus politique et médiatique. Sa parole dispose d’une forte légitimité, et toute critique de ses choix éditoriaux est rapidement soupçonnée de franchir une ligne rouge.

C’est ici que la laïcité intervient, non plus comme simple principe juridique, mais comme récit national mythifié. Dans ce cadre, le rire joue un rôle décisif. Il ne s’agit pas d’un rire qui trouble l’ordre symbolique, mais d’un rire qui le confirme, qui soude un « nous » implicite et relègue la figure caricaturée à une position d’altérité. Refuser de rire, ou analyser ce rire, devient alors une transgression immédiatement suspecte.

L’illusion du sens unique

Un autre type de réponse, tout aussi révélateur, consiste à rappeler que « le dessin doit être lu à la lumière de l’édito qui l’accompagne ». Cette position, fréquente dans ce type de controverse, repose sur une idée simple : le bon cadrage serait celui de l’émetteur, et toute interprétation qui s’en écarterait serait, par définition, erronée, excessive ou « hors sujet ».

Or, les études de réception ont précisément montré que le sens d’un message médiatique ne se réduit jamais à l’intention de celui qui le produit. Dès les années 1970, le sociologue britannique Stuart Hall a mis en évidence que tout message médiatique fait l’objet de décodages multiples — dominants, négociés ou oppositionnels — selon les positions sociales, culturelles et historiques des publics qui le reçoivent. Une image, a fortiori une caricature, n’est donc jamais un simple support illustratif au service d’un texte : elle possède une autonomie sémiotique et produit des effets qui peuvent échapper à son auteur.

Dans le prolongement de ces travaux, la chercheuse Ien Ang a montré que la réception n’est jamais abstraite : elle est traversée par des expériences vécues, des rapports de pouvoir et des appartenances sociales qui conditionnent la manière dont une œuvre est perçue, acceptée ou rejetée. Autrement dit, ce que certains reçoivent comme de l’humour ou de la provocation peut être vécu par d’autres comme une assignation ou une violence symbolique, sans que cette divergence puisse être disqualifiée comme un simple « contresens ».

Enfin, les travaux de David Morley rappellent que les publics ne sont ni passifs ni homogènes. Ils interprètent les images à partir de cadres sociaux différenciés, et ces interprétations concurrentes révèlent moins un malentendu qu’un rapport de forces symbolique autour de la production du sens. Insister sur le « bon » cadrage ou sur l’intention éditoriale revient alors à naturaliser une lecture dominante et à délégitimer les lectures dissidentes, souvent portées par des groupes historiquement minorisés.

Boucs émissaires, autocensure et avenir de la BD politique

Si plusieurs médias généralistes ont couvert cette polémique de manière factuelle, cette visibilité ne doit pas être confondue avec un véritable travail critique sur les enjeux qu’elle soulève. Le cadrage dominant privilégie l’équilibre narratif et la restitution des faits, mais laisse largement hors champ l’analyse des imaginaires mobilisés, des héritages coloniaux et des rapports de pouvoir symboliques révélés par l’image.

Dans certains espaces éditoriaux, cette limite prend la forme d’une retenue analytique. Non pas un silence absolu, mais une prudence diffuse. Cette prudence est renforcée par le fait que Rokhaya Diallo est devenue, au fil des années, une figure de bouc émissaire médiatique, concentrant sur sa personne des peurs et des crispations qui la dépassent largement. Ce mécanisme a atteint un seuil particulièrement préoccupant lorsque certains discours ont fini par suggérer un lien, explicite ou implicite, entre ses prises de position et les attentats contre Charlie Hebdo.

Ce déplacement de la violence vers une figure identifiable permet d’éviter l’analyse des causes structurelles et rend toute lecture nuancée immédiatement suspecte. Il alimente l’autocensure, la retenue, et contribue à figer les cadres dominants du débat public.

Ce que révèle cette affaire dépasse donc la polémique elle-même. Elle interroge l’état de la satire et de la bande dessinée politique aujourd’hui. Une satire qui refuse d’interroger ses propres routines, ses angles morts et son héritage historique risque de devenir un geste automatique, confortable et prévisible. Si la BD politique veut rester un espace de pensée critique, elle devra accepter que ses formes, ses rires et ses mythes soient interrogés à leur tour — non pour être neutralisés, mais pour continuer à troubler les certitudes, y compris les siennes.

Par Christian MISSIA Dio

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN :

En médaillon : Rokhaya Diallo, lors de la Black Fashion Xperience, juillet 2025.
Photo © WilChrist

À lire sur ActuaBD.com :

Charlie Hebdo
 
Participez à la discussion
28 Messages :
  • Déjà, la BD politique il faudrait savoir ce que c’est. La caricature de presse a une longue histoire tout à fait indépendante de celle de la BD, ce n’est pas du tout le même métier. Ensuite, écrire que Charlie Hebdo est et reste dans une position dominante par rapport à Rokhaya Diallo est assez contestable. Rokhaya Diallo apparaît et tient tribune couramment dans plusieurs médias internationaux dont l’audience cumulée est bien supérieure à celle de Charlie Hebdo dont les ventes atteignent péniblement les scores médiocres qu’il réalisait avant 2015. Sur le fond, le dessin de Riss n’est pas très drôle et n’est compréhensible qu’en regard du texte qu’il illustre. Comme vous le dites, ce n’est pas une « excuse », mais c’est sa vraie faiblesse. Même dans un journal plus sérieux et moins controversé comme le Canard enchaîné, de nombreux dessins d’humour sont accompagnés d’une petite phrase en typo qui permet de les contextualiser. Sans quoi, on ne comprend pas le gag.

    Répondre à ce message

    • Répondu le 5 janvier à  23:34 :

      C’est un dessin bête et méchant, c’est la ligne du journal depuis le début. Il raille méchamment la façon dont Rokahya Diallo se donne en spectacle dans les médias en éternelle victime noire d’un supposé racisme systémique français dont la laïcité à la française serait ljustement le prétexte. On peut adhérer à son analyse, la réfuter ou même la railler méchamment, ce que fait Riss avec son dessin. Ceux qui prennent le dessin au premier degré comme une caricature raciste oublient simplement d’où on leur parle, et oublient que Charlie, comme son prédecesseur Hara-Kiri, c’est pour rigoler.

      Répondre à ce message

      • Répondu par Tsss le 6 janvier à  05:48 :

        Non, le racisme ce n’est pas juste pour rigoler. Vous le trouvez drôle vous Riss ?

        Répondre à ce message

        • Répondu le 6 janvier à  13:45 :

          Vous parlez de gens qui se donnent en spectacle ? C’est exactement ça. On a des amis, ou ex-amis, des gens dits « de gauche » , et qui se traitent les uns les autres de racistes, antisémites, islamophobes, fascistes etc, et ça dure depuis 20 ans ! Et depuis 10 ans, alors même qu’on s’est rendu compte très vite que la promesse du « dépassement du clivage droite-gauche » ne serait pas tenue, et que Macron allait faire une politique de droite (sur le plan économique en tout cas), alors qu’on a eu ces 10 longues annéess pour se préparer à proposer une alternative, non ! On a préféré continuer à se consacrer à ces chamailleries puériles, à ces luttes pichrocolines sans aucun intérêt, et on se retrouve à un an et demi de l’échéance présidentielle sans stratégie aucune, sans unité, et sans candidature susceptible d’empêcher les racistes, les vrais, d’arriver au pouvoir au printemps 2027. Bravo les amis, vraiment, continuez comme ça, c’est super.

          Répondre à ce message

  • C’est vrai il y a bien trop de liberté d’expression en France, Il est grand temps que la police de la pensée y mette bon ordre. Que tous ceux qui ne pensent pas comme nous soient mis au pilori.

    Répondre à ce message

    • Répondu par Auteur·ice le 6 janvier à  17:35 :

      Mais en France, le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit.

      Répondre à ce message

      • Répondu par luc le 6 janvier à  19:34 :

        je suis Charlie

        Répondre à ce message

      • Répondu le 6 janvier à  22:52 :

        Bien dit. Dans ce cas précis comme dans les autres, c’est à la Justice de se prononcer. Rokhaya Diallo a t’elle porté plainte ?

        Répondre à ce message

  • Ou bien l’auteur de cet article n’a rien compris à Joséphine Baker ou bien il a volontairement décidé de bâcler son paragraphe pour appuyer son discours.

    Répondre à ce message

    • Répondu par Bloch le 7 janvier à  12:10 :

      Expliquez-nous Joséphine Baker, alors !

      Répondre à ce message

      • Répondu le 8 janvier à  11:56 :

        Lisez la bande dessinée de Catel et J.L. Bocquet publiée chez Casterman !

        Répondre à ce message

        • Répondu par Bloch le 9 janvier à  08:48 :

          C’est déjà fait ! J’ai aussi lu les travaux d’Olivier Roueff et j’ai du mal à comprendre comment le contributeur ci-dessus (peut-être est-ce vous ?) arrive à la conclusion que Josephine Baker n’est PAS une figure ambivalente de l’imaginaire "africain" des années 1920 et que la revue nègre (dans laquelle elle jouait un personnage inspiré de stéréotypes esclavagistes) puis la "période bananes" n’ont pas confirmé ou véhiculé des stéréotypes coloniaux et racistes dans l’imaginaire des spectateurs français.

          L’album de Catel et Boquet montre au contraire que c’est le cas, même si elle le jouait avec distance et ironie, ce que l’article souligne en parlant d’ambivalence.

          Répondre à ce message

  • Je découvre cette tribune libre sur la polémique entre Charlie Hebdo et Rokhaya Diallo et j’avoue que le texte de cette tribune me fait irrésistiblement penser à un sketch de Raymond Devos “je n’ai rien a dire mais je veux qu’on le sache” où l’art de l’absurde est porté à la perfection par Raymond Devos.
    A côté de ce grand monsieur , l’auteur de cette tribune semble se complaire dans une logorrhée délirante et indigeste qui se veut intellectuellement argumentée mais qui tombe irrésistiblement dans l’absurde et l’incohérence. A l’évidence l’auteur de cette tribune n’a vraiment rien à dire mais fait tout pour qu’on le sache .
    Petite précision, j’ai toute confiance en RISS et pour moi c’est aussi un très grand monsieur qui oppose l’absurde à la stupidité

    Répondre à ce message

    • Répondu par Olric Hunter le 7 janvier à  09:19 :

      Voulez-vous dire Bernard que vous avez toute confiance en Riss pour assumer son racisme ?

      Répondre à ce message

  • Je suis très content de pouvoir lire ce texte, qui dénote un peu de la ligne éditoriale habituelle du site.

    Je suis toujours assez mal à l’aise de l’injonction à défendre Charlie Hebdo au nom de ce qu’ils représentent ou de l’histoire du journal. Quand ils se plantent et qu’un dessin provoque ce genre de réaction ils devraient s’interroger plutôt que de chercher à se justifier.

    Comme le montre l’espace commentaires sous ce texte, l’usage de la liberté d’expression provoque et ce n’est pas en cherchant à disqualifier les réactions provoquées qu’on les apaise. Hors c’est ce que fait Charlie Hebdo depuis des années et ce que certains tente de faire ici.

    Répondre à ce message

    • Répondu le 7 janvier à  14:03 :

      Les dessinateurs de Charlie Hebdo s’expriment librement (parfois au risque de leur vie), les contempteurs de Charlie Hebdo s’expriment tout aussi librement (tant que ce n’est pas avec des kalachnikov), les défenseurs de Charlie Hebdo s’expriment eux-aussi librement… ça s’appelle une démocratie et il n’existe aucune limite à la liberté d’expression hormis celles prévues par la loi. Si Riss a franchi cette limite avec son dessin, c’est à la Justice de le dire. A part ça, tout va bien puisqu’on peut s’exprimer librement dans une des dernières démocraties de la planète… le seul problème, comme le fait remarquer un des commentateurs, c’est que pendant que la gauche se déchire à propos de petits dessins que presque personne n’a vus, l’extrême-droite se prépare tranquillement à parvenir au pouvoir par les urnes. Et la gauche n’a personne de crédible à lui opposer.

      Répondre à ce message

      • Répondu par Bloch le 7 janvier à  18:59 :

        Amen.
        Mon seul désaccord avec vous porte sur la justice. Je ne pense pas du tout que ce soit le rôle des juges d’autoriser ou d’interdire le recours à tel procédé ou telle référence graphique. Je pense également que si un dessin me rend mal à l’aise ou que j’y perçois un procédé raciste, le fait de savoir qu’un juge a statué en sa faveur n’y changera rien. C’est impossible de forcer une interprétation !

        Répondre à ce message

        • Répondu le 8 janvier à  08:01 :

          Chacun est libre de garder son opinion ou son interprétation mais dans une République fondée sur des principes démocratiques, ce qu’on appelle un État de Droit, c’est à la Justice de trancher ce type de questions ou de litiges. Ceux qui veulent se faire justice eux-mêmes veulent vivre dans un autre type de société ou renverser celle-là.

          Répondre à ce message

          • Répondu par Bloch le 9 janvier à  08:33 :

            Justement, il n’y a pas litige, ici. Rokhaya Diallo n’a pas porté plainte, ni tenté de se faire justice elle-même. Elle se contente d’user de sa liberté d’expression pour dénoncer le racisme qu’elle et d’autres perçoivent dans les procédés mis en œuvre dans ce dessin.
            Si chacun est libre d’avoir son interprétation, alors la justice n’a pas à trancher.

            Répondre à ce message

            • Répondu le 9 janvier à  11:04 :

              Bien entendu, chacun ou chacune, en son for intérieur et avec son cercle plus ou moins restreint de proches qui pensent comme lui ou elle (car on peut aussi avoir des amis qui ne pensent pas comme soi), chacun ou chacune, donc, peut garder son opinion propre et se passer de l’avis de la Justice, quant à savoir ce qui est raciste ou pas. Mais l’idée, même si elle assez impopulaire ces temps-ci, c’est d’arriver à faire "société" à vivre tous ensemble dans le même monde, et dans le même pays, pour commencer, et non pas de diviser la société en micro-chapelles qui se toisent ou se haïssent. Vouloir faire sécession, essentialiser les groupes humains en fonction de leurs origines sociales ou géographiques, couleur de peau, opinions, religions, préférences sexuelles etc, et dresser ces groupes les uns contre les autres, tout cela ne participe pas d’un projet républicain. Dès lors qu’on est d’accord pour vivre tous ensemble au même endroit, on a besoin d’une institution indépendante capable de trancher les litiges, et c’est à cela que sert la Justice. Je n’ai pas de conseil à donner à Rokhaya Diallo mais elle ne devrait pas hésiter à porter plainte.

              Répondre à ce message

    • Répondu le 8 janvier à  12:00 :

      "Quand ils se plantent et qu’un dessin provoque ce genre de réaction ils devraient s’interroger plutôt que de chercher à se justifier."

      Ce serait peut-être à vous de vous interroger.
      Un dessin qui ne dérange pas ne provoque aucune réflexion.

      Répondre à ce message

      • Répondu par Bloch le 9 janvier à  11:23 :

        Je m’interroge tout le temps !

        Moui, c’est un cliché de dire ça à propos du dessin de presse. Beaucoup de dessin de font pas du tout réfléchir les personnes qu’ils choquent. Ni les personnes qui les font. Ni les personnes qui sont d’accord avec eux. Ils confirment simplement chacun dans ce qu’il pense savoir.

        Répondre à ce message

        • Répondu le 9 janvier à  13:15 :

          Relire, revoir ou réentendre ce qu’on sait déjà. Vouloir seulement être conforté dans ses opinions et rien d’autre, c’est malheureusement un travers très commun.

          Répondre à ce message

  • Deux remarques un peu tardives. Contrairement à ce que semble penser le premier intervenant , la bande dessinée et le dessin de presse sont étroitement liés. Pas le moment ni le lieu pour expliciter mais une simple plongée dans l’historique des deux disciplines ferait surgir l’évidence. Quant au souci de la pertinence d’une image lue en regard d’un texte dont elle se veut une espèce de résumé humoristique ou pas. Souci . C’est une réflexion qui semble souvent échapper un peu à tout le monde, l’artiste qui écrit, l’artiste qui dessine, le /la maquettiste. Si une image n’est pertinente qu’après lecture du texte , il y a un souci grave parce que tout simplement on voit et regarde l’image avant de lire le texte. Et la lecture du texte ne peut en aucun cas " racheter" le côté décalé de l’image, du ton, de la satire etc... Elle est vue et "lue" avant le texte donc elle doit remplir sa fonction isolément. Une illustration étymologiquement vient "ajouter" une atmosphère, une vision, mais doit porter en elle un contenu indépendant. C’est un art en soi.

    Répondre à ce message

    • Répondu le 11 janvier à  23:38 :

      Non, le dessin de presse et la bande dessinée n’ont même pas une origine commune et constituent deux métiers différents. Un dessinateur de presse est un éditorialiste, ce que ne sera jamais un dessinateur de BD. Vous dites part ailleurs : "Si une image n’est pertinente qu’après lecture du texte , il y a un souci grave parce que tout simplement on voit et regarde l’image avant de lire le texte." C’est votre mode de lecture, ce n’est pas forcément celui de tout le monde. Quant au lien indissociable qui existe entre un texte et son illustration par le dessin, c’est également une histoire très ancienne, plus ancienne que la BD. Des dessins qui ne tiennent pas debout sans l’explication textuelle qui va avec, ça a toujours existé.

      Répondre à ce message

      • Répondu par Sergio Salma le 17 janvier à  23:06 :

        Cher anonyme, vos affirmations sont énoncées avec un tel aplomb qu’on pourrait croire à un troll. Tant pis je me pique au jeu et je m’en vais vous répondre car le sujet est en partie grave, essentiel. Le problème semble être que vous êtes très mal informé . Avant mon petit exposé, je vous recommande une aspirine vous allez avoir mal à la tête, il vous faudra réfléchir. Peut-être pensez-vous à la BD humoristique, la BD jeunesse, ou la BD réaliste, d’aventures , loin de l’actualité, en cela vous devez prendre mon hypothèse comme un de ces hurluberlus qui n’ont pas compris que tout est imbriqué et, dans ce cas-ci, bien plus que vous ne le pensez.

        Origines communes évidentes, un peu d’histoire ( avez-vous internet ?c’est très intéressant ). Les deux métiers comme vous dites , les deux disciplines sont nées dans le même contexte : la presse. La bande dessinée et le dessin...de presse sont apparus progressivement dans les mêmes espaces, les premières bandes dessinées ou proto-bandes dessinées étaient des dessins satiriques, politiques, qui remplaçaient ou augmentaient un texte. La bande dessinée en tire d’ailleurs son nom( en français). Les caricaturistes ne faisaient pas des bandes dessinées mais utilisaient régulièrement et intuitivement le principe de la répétition de ce qu’on appellera plus tard des cases. Que ces récits en images soient des textes illustrés ou des images avec une légende, le genre se développe en zigzags . La presse qui se développe en Angleterre, en France, partout, verra donc une émergence d’artistes dessinateurs au trait simplifié nécessaire pour une bonne impression. Les caricaturistes sont les cousins proches des futurs dessinateurs de bandes dessinées, ce sont parfois les mêmes dès les origines.

        On peut être catastrophé qu’une personne qui semble vaguement s’intéresser à tout cela, puisque lecteur-visiteur du site ActuaBD, n’ait pas noté l’évidence. Yves Frémion a publié en 2024 un livre sur le sujet, édifiant. Une autre évidence vous a échappé sur ces deux métiers qui n’ont rien à voir : plusieurs des auteurs assassinés le 7 janvier 2015 étaient des auteurs de bande dessinée. Georges Wolinski en plus de cela avait été rédacteur en chef de Charlie mensuel fin des années 60. Un peu plus tard , à cause de la censure de Hara-Kiri( dans lequel on trouvait Fred par exemple ) , on verra apparaître Charlie-Hebdo . Deux métiers qui n’ont rien à voir en effet. On pourrait trouver des centaines de noms d’artistes qui ont mené de front les 2 carrières, on peut citer Pétillon ou Altan en Italie, Boucq encore dernièrement, puis Catherine Meurisse.

        Pour jouer sur la proximité des genres, on peut pousser la réflexion plus loin encore. Vous affirmez que les auteurs de Bd ne sont pas des éditorialistes. Je trouve au contraire qu’ils le sont et puissamment pour certains. C’est en pratiquant leur art , que par exemple Crumb ou Bretécher parlent de leur époque. Ils et elles peuvent observer le monde et en tirer parfois un gag en une seule image, un strip, une page, un récit long... Tout cela participe de la même philosophie . Même si j’en conviens, le dessin d’humour ( façon Sempé ) n’est pas le dessin de presse . Tout cela est très subtil , ces disciplines et pratiques ont, avouez-le , des liens évidents, un cousinage . De plus, pendant des décennies, c’est une autre presse qui a permis l’émergence de toute l’école franco-belge pour ne parler que d’elle. Dupuis ou Le Lombard avant d’être ces éditeurs historiques belges on d’abord fait vivre un journal, ils étaient éditeurs de presse. Les auteurs de BD étaient en réalité des journalistes jusque dans leur statut en France, avec une carte de presse, des piges etc...Les pages d’actualité dans Pilote et les nombreux cartoons, notamment ceux de couverture de l’hebdo puis du mensuel étaient réalisés par des auteurs de BD coiffant leur casquette d’éditorialiste ponctuel.

        Après le massacre, Luz a laissé tomber le dessin de presse et publie des albums de BD extraordinaires.

        Répondre à ce message

        • Répondu par Sergio Salma le 29 janvier à  02:32 :

          Et surtout , histoire d’encore mieux vous rendre compte des origines communes , consultez l’ouvrage de Thierry Smolderen , Naissances de la bande dessinée aux Impressions nouvelles. Naissances au pluriel , vous comprendrez à quel point vous n’aviez rien compris .

          Répondre à ce message

  • Merci pour cette tribune. Je ne suis pas toujours d’accord avec les analyses d’ActuaBD quand on tire vers les faits de société, mais la vous visez juste ! Bravo !

    Répondre à ce message

CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Christian MISSIA Dio  
A LIRE AUSSI  
Actualité