Bon
29 août 2025
S’il est un sportif dont on a l’impression qu’il est davantage connu pour (une partie de) sa vie sentimentale que pour ses formidables performances, c’est bien Marcel Cerdan. Bien entendu, sa relation avec une autre vedette d’envergure internationale, Édith Piaf, a une dimension romantique puis tragique indéniable. Il n’en est presque pas question ici : cette histoire est davantage évoquée en arrière-plan que pour elle-même, et très brièvement.
Le récit se centre sur la socialisation familiale et sportive du boxeur : quel parcours a construit ce champion ? Entre un père exigeant et sévère, qui voit en lui un futur grand boxeur dès ses premiers combats dans l’enfance, et une mère très protectrice et pleine d’amour pour lui, le petit Marcel grandit avec deux figures bien différentes, dans un Maroc alors sous protectorat français. Et s’il est d’accord pour devenir sportif, ce sera… footballeur ! Au grand dam de son père, duquel il se soustrait pour s’entraîner en cachette avec ses camarades. Jusqu’au jour où Marcel rencontre un entraîneur de boxe, un vrai, qui va lui donner goût aux rings. Dès lors s’ouvrent les chemins de la gloire : un premier contrat professionnel en 1937, et des succès à n’en plus finir, de Casablanca à Paris, puis dans le monde entier. Entre-temps, la guerre a formé un résistant. Quelques années après son compatriote Georges Carpentier, il est devenu une véritable star moderne, qui suscite l’admiration et doit résister aux tentations.
Bertrand Galic parvient non pas à traiter l’icône Cerdan, mais bien l’individu et le sportif. Bien entendu, sa mort brutale est partie intégrante de sa légende, mais ses circonstances, qui ouvrent l’album avec de beaux plans larges, sont, il est vrai, particulièrement exceptionnelles. Le principal enseignement de cette lecture est la normalisation du champion : non, la trajectoire du « bombardier marocain » n’a pas été linéaire et toute tracée, tant sportivement que personnellement, où l’on découvre ses dilemmes et ses choix. Le récit est scandé par de nombreux combats, restitués avec un graphisme dynamique réalisé par Jandro, dans l’ambiance souvent tamisée des salles de combat, qui éclaire d’un jour nouveau la vie de celui qu’on appellera de moins en moins l’« illustre inconnu » !
Par Damien BOONE
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