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Disparition de Marie-Mad, la doyenne de la bande dessinée, à 102 ans

Par Rémi BARNAULT 28 août 2025 
C’était probablement la doyenne mondiale de la bande dessinée. Spécialisée dans la jeunesse et notamment connue pour sa série "Titounet et Titounette", l’artiste Marie-Mad vient de nous quitter à l’âge de 102 ans.

C’est à Paris, le 27 novembre 1922 qu’est née la dessinatrice Marie-Mad, bien qu’elle ait passé sa jeunesse à Vernon. Elle fait partie de cette génération de femmes pionnières qui ont imposé leur style à une époque où elles étaient bien souvent reléguées aux travaux de l’ombre, tels que la couleur ou l’encrage, pour le milieu de la BD. Le tout dans une société largement menée par les hommes. En 2023, elle est devenue la doyenne des artistes de bande dessinée après la disparition de l’Américain Al Jaffee, mort à 102 ans. Un âge qu’elle a atteint à son tour, avant de nous quitter.

Disparition de Marie-Mad, la doyenne de la bande dessinée, à 102 ans
Marie-Mad en 1969.
DR.

Jamais nous n’avons auparavant abordé l’œuvre de Marie-Mad dans nos pages. Son œuvre date de bien avant l’âge d’Internet. Il est grand temps aujourd’hui de réparer cela. Bien avant d’être Marie-Mad, elle était avant tout Marie-Madeleine Bourdin, fille d’une couturière et d’un ingénieur mécanicien. Elle fut scolarisée à l’école laïque en région parisienne et pratiqua le scoutisme. Elle baigne vite dans la presse jeunesse, particulièrement dans les pages de La Semaine de Suzette, où elle découvre Bécassine et L’Espiègle Lili, qui comptent parmi les premières héroïnes de bandes dessinées. Elle apprécie particulièrement le travail de Manon Iessel, l’une des premières autrices de BD, dont elle recopie les dessins. Elle lit aussi Alain Saint-Ogan et ses albums de Zig et Puce, repris plus tard par Greg. En grandissant, celle qui se fera connaître sous le diminutif de Marie-Mad développera son propre style, mêlé naturellement des influences dans lesquelles elle a grandi.

Après un brevet en 1939, elle est reçue parmi les premiers de la promotion, au concours de l’école supérieure d’Arts appliqués de Paris. À cette époque, elle envisage de devenir professeure de dessin. Mauvais timing : la deuxième Grande Guerre mondiale se déclare et l’école est vite rapatriée à Marseille, dans ce qui deviendra la « zone libre ». Malgré elle, Marie Madeleine se résigne alors à travailler à l’usine. Finalement - et ce malgré une éducation séculière - elle rejoint l’Union des Oeuvres Catholiques de France (UOCF), qui deviendra plus tard les éditions Fleurus, reprenant simplement le nom de la rue de l’éditeur. Un nom qui résonne toujours aujourd’hui comme l’un des leaders de la presse jeunesse. Elle y est tout d’abord secrétaire, tapant notamment les courriers.

Après la guerre, elle délaisse la machine à écrire pour les crayons et pinceaux, lorsque l’abbé Gaston Courtois, directeur de l’UOCS, ayant eu ouï dire qu’elle aimait dessiner, l’oriente vers l’atelier de Frédéric-Antonin Breysse, créateur d’Oscar Hamel et Isidore, figures de proue des journaux Cœurs vaillants et Âme Vaillantes.. À l’atelier, elle commence par effectuer des bricoles telles que des retouches pour le journal, des jeux et, à l’occasion, quelques illustrations d’après ses propres idées. Au passage elle rencontre son idole Manon Iessel qui l’a tant inspiré et la remplace même à l’occasion.

Coeurs vaillants n°10 du 22 septembre 1946

En 1946, elle est amenée - et ce n’est pas commun - à croquer les traits de Tintin dans une rubrique de Coeurs Vaillants. C’est à cette période, plus précisément au cours des années 1930/40 qu’avait lieu la prépublication des planches d’Hergé dans l’hebdomadaire, souvent en dehors de son contrôle, il faut bien le dire. Mais parallèlement, la jeune illustratrice essuie les refus en ce qui concerne ses propres projets et finit par obtenir l’autorisation d’aller voir ailleurs pour proposer ses services et ratisser plus large.

© Éditions du triomphe.

C’est plutôt en autodidacte, mais bien entourée que Marie Madeleine se lance pleinement dans la bande dessinée, d’abord sous son patronyme Bourdin, puis sous son diminutif, Marie-Mad. Pour l’hebdomadaire Bernadette, elle crée un petit lutin du nom de Plic qui vit de merveilleuses aventures avec les orphelins Nicou et Niquette. En 1950, elle publie Lumière dans la tour, qui restera sa seule et unique BD d’enquête aux accents aventureux.

Son « âge d’or »

Mais son œuvre-phare, celle qui reste en tête quand l’on se remémore le nom de Marie-Mad, c’est Titounet et Titounette. Né en 1955 sous le simple titre de Le monde de Titounet, pour la simple et bonne raison qu’il n’y avait que lui, la série résulte d’un appel de projet de la rédaction de Cœurs vaillants. C’est en migrant vers la revue Perlin et Pinpin, que l’autrice affuble le jeune Titounet d’une petite sœur nommée… Titounette (Pourquoi chercher plus loin, après tout).

Titounet avant Titounette.

L’autrice conte les aventures à la campagne des deux enfants, entourés d’animaux anthropomorphes doués de parole. Ces récits au cadre idyllique ne manquent pas au passage d’user de morale. Rappelant discrètement les Fables de La Fontaine, sans toutefois s’y référer. Une série ponctuée de tendresse avec sa dose d’humour.

Toute première édition en album de Titounet et Titounette.

En 1958 commença la parution en albums aux éditions Fleurus. Chacun regroupant neuf histoires parues au préalable dans la presse. Pas moins de 47 albums paraissent en l’espace d’une décennie, jusqu’en 1968. Il faut dire que l’autrice reçoit moult courriers de jeunes lecteurs qui lui font part de leurs avis et l’inspire au passage. Mais elle trouve aussi l’inspiration à travers ses nombreux neveux et nièces. Il faut dire aussi que Marie-Madeleine a passé une partie de sa jeunesse à tutoyer la nature et les animaux.

« Je crois que les petits enfants préfèrent la campagne », affirme-elle lors d’une interview de 1996 accordée à Guy Lehideux. Il faut dire que les abonnés (nombreux à l’époque) des revues de Fleurus émanaient des régions rurales.

Réédition des histoires de Titounet et Titounette.
© Éditions du triomphe.

Ce qui peut expliquer - même si ce n’est pas limité à cela - le succès de la série, touchant plus de 300.000 lecteurs à l’époque. Comme il faut rendre à César ce qui appartient à César, on ne peut omettre le fait que Marie-Mad fut aidée sur la série pendant plusieurs années par son amie d’enfance Jeanette Rabiller.

Titounet et Titounette continue de paraître dans le journal jusqu’en 1982, année de départ à la retraite bien méritée de Marie-Madeleine. Sa série aurait pu éventuellement tomber dans l’oubli sans l’intervention dix ans plus tard de Didier Chalufour, co-fondateur des Éditions du Triomphe. La jeune maison se donne pour mission principale de faire revivre les BD des années 1950/60 essentiellement d’obédience catholique, alors même que le groupe Fleurus s’écroule suite au déclin de la presse confessionnelle et au triomphe des éditeurs d’albums comme Dupuis, Casterman, Dargaud, Le Lombard, ou le jeune Glénat qui saura profiter des jeunes auteurs nés dans ces journaux comme François Bourgeon ou André Juillard.

Une publication au Triomphe donc, avec un petit tirage, dans un nouveau format cartonné, de nouvelles couleurs et même quelques bonus. Marie-Mad se lança dans le scannage des pages de Titounet et Titounette, un travail qui rappelle ironiquement son parcours dans les bureaux. Ainsi depuis 1992, les éditions du Triomphe ne cessent de rééditer son œuvre.

La retraite n’a jamais éloigné Marie-Mad de l’art : à cent ans, elle peignait et sculptait, s’occupait activement. « On peut tout faire avec trois fois rien », confiait-elle à nos confrères du quotidien local Le Démocrate vernonnais. Installée depuis plus de 50 ans sur sa terre natale à Vernon, dans l’Eure, en Normandie, deux expositions voient le jour à l’occasion de son centenaire en 2023.

Ce 11 août, Marie-Madeleine Bourdin a rendu son dernier souffle à l’âge hautement respectable de 102 ans. Elle part rejoindre sa sœur jumelle, Marie-Thérèse dans un monde meilleur. On retiendra d’elle une artiste accomplie qui sut se faire une place parmi les grands et grandes de son époque, servant la jeunesse avec son trait épuré doublé d’une grande productivité témoignant d’une certaine rigueur.

« Le dessin était toute sa vie » résumait son neveu Dominique Galmard au même journal. Nous adressons toutes nos pensées aux proches de Marie-Mad ainsi qu’à ceux qu’elle a bercé à travers son œuvre tout au long de son siècle.

Par Rémi BARNAULT

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Code EAN : 9782383860723

Sources diverses : Hop n°143 ; www.coeurs-vaillants.fr ; Le Démocrate vernonnais.

Titounet et Titounette Editions du Triomphe Fleurus France Marseille Décès 2025
 
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