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Excellent
17 mars 2026
Alice Katô, jeune tokyoïte de 25 ans, est complexée par son physique et son prénom qu’elle trouve trop joli pour elle. À la fois lasse et irritée par les remarques faites sur son poids, que ce soit par sa mère ou ses collègues de travail, elle décide de prendre un nouveau départ en se rendant dans la préfecture d’Aomori, au nord du Japon, chez sa grand-mère Etsu.
C’est là qu’elle rencontre Masaichi, un jeune cultivateur de pommes d’une très grande beauté. La gentillesse du mystérieux jeune homme, la bienveillance de sa grand-mère, l’admiration de la petite Naichi et le calme de la campagne permettent à Alice de trouver petit à petit sa place dans ce monde.
Nouvel angle d’attaque pour Arare Matsumushi et Jona au pays des pommes, sa nouvelle série entamée en 2023 ! Après la romance fantastique, option cannibale, d’Amour démoniaque, et le josei tranche de vie de couple du Vendeur du magasin de vélos dont le tome 9 est prévu en avril 2026, la mangaka se penche sur le poids des apparences avec Alice, Masaichi et toute une galerie de personnages remarquables.
Jona, c’est Alice, surnommée ainsi par Masaichi qui trouve qu’avec ses joues rondes et rouges, elle ressemble à la variété de pommes Jonagold. Ce surnom, donné affectueusement par le jeune homme inconscient des complexes d’Alice, va devenir son nouveau nom à partir du moment où Naichi, la nièce de Masaichi, l’appelle « Maîtresse Jona » lors du premier jour d’Alice à l’école du village.
Grâce au frère aîné de Masaichi, Alice décroche en effet le poste d’enseignante dans la classe spécialisée du Pommier, qui compte trois élèves à besoins particuliers : Naichi, qui a beaucoup de difficultés à s’exprimer à l’oral, la très dissipée Mako et Daichu, qui ne supporte pas d’être distrait lorsqu’il fait quelque chose. Bien encadrée et accompagnée par un directeur bienveillant, Alice/Jona s’investit pour ses élèves, parvient à s’adapter à leurs besoins et reprend peu à peu confiance en elle.
Si un début potentiel de romance semble s’installer dans ce premier tome, ce n’est clairement pas le propos principal. Arare Matsumushi s’intéresse d’abord et avant tout au poids du regard des autres et des apparences, à l’acceptation de soi et à la difficulté d’être différent.
Pour Jona, ses kilos en trop sont un complexe non pas tant pour elle qui n’a pas conscience qu’elle devait cacher son corps, comme elle le dit si bien au début du manga, que pour la société qui lui renvoie sans cesse les injonctions à mincir, au point de l’écœurer de son travail dans la mode qu’elle adore pourtant.
Pour Masaichi, le problème est qu’il est réduit à son statut de beau gosse : les gens ne vont pas chercher plus loin que son visage, et il en est déjà lassé. La malédiction d’être beau semble lui peser mais la mangaka n’a clairement pas tout révélé le concernant : ses blessures semblent être bien plus profondes et délicates qu’un égo malmené.
La relation qui se construit entre eux est, pour l’instant, difficile à définir mais repose sur un élément majeur : la sincérité simple, parfois maladroite mais toujours spontanée, de Masaichi. Que ce soit par ses mots ou les deux photos qu’il prend de Jona en lui disant qu’elle est parfaitement en harmonie avec le décor environnant, il réconforte la jeune femme sans le chercher vraiment.
Quant à la petite Naichi, ses difficultés d’expression semblent être liées à son père mais on ne sait pas trop pour l’instant d’où vient le problème. Elle sait heureusement s’exprimer sur ce qu’elle aime : elle dit ainsi à haute voix à « Maîtresse Jona » qu’elle est belle et elle lui écrit aussi des messages pour lui demander à voir sa tenue, cachée sous le tablier qu’Alice met comme signal que la classe a commencé. Le moment où elle vient avec sa mère, chez Etsu, porter un gâteau à Maîtresse Jona est absolument adorable et fait littéralement fondre.
Côté dessin, les quatre premières pages sont en couleur, ce qui est assez rare pour être relevé. On peut ainsi voir toute la puissance artistique de la mangaka, qui joue sur une colorimétrie très forte mais harmonieuse. Le bleu des cheveux d’Alice répond à celui de la veste de Masaichi et le rouge des pommes se reflète dans la jupe et les joues de la jeune fille, marquant ainsi visuellement les éléments principaux de l’intrigue à venir (les pommes et la romance).
Les parties en noir et blanc sont classiques mais simples et nettes, avec notamment le pourtour noir pour les souvenirs et flash-back. Le trait parfois naïf ajoute une touche de douceur supplémentaire, qui permet de déguster Jona au pays des pommes comme un fruit tendre et un peu acidulé.
Le seul élément dérangeant mais voulu par la mangaka est le parler d’Etsu et de Masaichi qui est difficile à lire. Les multiples « t’ch’ » rendent au bout d’un moment la lecture un peu pénible, même si on finit par s’y faire puisque cela s’insère dans l’histoire. La difficulté de traduire un patois local japonais en un français à peu près compréhensible reste cependant une performance à saluer, l’exercice n’étant pas évident.
C’est donc un très beau premier volume qui nous est offert par Arare Matsumushi, dans tous les sens du terme. Les personnages sont tous bien plantés, avec un potentiel d’histoire et de caractère suffisant pour plusieurs tomes. Les blessures de l’âme de Masaichi et le mutisme de Naichi sont des fils prometteurs que l’on a hâte de voir se développer dans le tome 2, prévu en juin.
Par Gaëlle BEDIS
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Jona au pays des pommes, T. 1 - Paru le 18/02/2026