Les Chants du chaos : cantiques d’un effondrement

Par Anthea MARIANI 15 janvier 2025 
En ce 15 janvier 2025, l’artiste Elk va voir sa notoriété grandir, avec la publication aux éditions Rue de Sèvres de son premier ouvrage : le premier tome de la saga Les Chants du chaos. Baptisé Semailles, ce premier album ouvre une trilogie entièrement écrite, scénarisée et illustrée par le jeune auteur, dans un style rappelant des films d’animation tels que Brendan et le secret de Kells de Tomm Moore. Le tout en dépoussiérant l’esthétique slave plutôt que le folklore celte.

Dans un monde médiéval fictif aux allures nordiques, la civilisation Drévossène se trouve coupée du monde voire mise en quarantaine par les autres peuples, suite à l’avènement d’un cataclysme. Dix ans après l’événement dramatique, le prince Ivan, qui règne avec sa sœur Léna sur la population survivante, fait la découverte d’un intrus venu de l’Extérieur, lors d’une patrouille. Personnage énigmatique dont les intentions restent troubles, le jeune Sovir se révèle être doté d’aptitudes hors du commun. Ces dernières vont lui valoir de séjourner parmi les Drévossènes, en dépit de la méfiance, la rancœur et le fiel grandissant du jeune prince qui l’a fait prisonnier.

Le récit trouve ses racines dans de multiples sources historiques, littéraires et religieuses. Il se déroule dans un environnement social et culturel ouvertement inspiré de la Ruthénie, un ancien état du XIe siècle qui recouvrait en partie l’actuelle Ukraine. « Pour l’écriture des chants, je me suis inspiré de parties du Kalevala (épopée finnoise), de chants et de prières », explique Elk. « Je me suis beaucoup basé sur l’arythmie, notamment parce que la traduction de mon exemplaire du Kalevala est super cryptique. Le traducteur a fait le choix de garder le côté très chantant de la langue, quitte à inventer des mots, quitte à ce que ce ne soit pas toujours très compréhensible  ».

La dimension religieuse en question joue un rôle prépondérant dans le déroulement de l’histoire, dont les tenants et aboutissants demeurent encore profondément insaisissables. En lisant ce premier tome des Chants du chaos, le lecteur se trouve en quelque sorte dans la position d’un archéologue, qui cherche à reconstruire un passage de l’Histoire tombé dans l’oubli. «  Il y a eu un effondrement, dont on parle peu dans ce tome-là, même si c’est sous-entendu par le décorum », relate Elk en s’amusant d’avoir semé les références et indices dans les détails. « Il y avait une religion avant, et après la catastrophe, les gens se sont adaptés et ont rejeté leur ancien culte pour se trouver une religion-refuge, construite de bric et de broc  ». L’ouvrage, découpé en quatre chapitres, s’aère à chaque section par la mise en scène d’échanges épistolaires inventés, de stèles à caractère religieux ou protocolaire.

Autre élément intéressant du récit qui participe à l’idée de fouille archéologique, l’auteur mentionne une source historique aussi obscure que fascinante : « Pour les lettres, je me suis inspiré de Onfim, un petit garçon qui vivait dans la principauté de Novgorod (Russie) au XIIIe siècle. On a retrouvé des correspondances écrites sur de l’écorce de bouleau et des dessins d’enfants qui s’entraînent à écrire. Ça m’a permis d’amener du lore via ces échanges épistolaires », raconte l’auteur.

Dans un style d’illustration à mi-chemin entre l’enluminure médiévale et l’aquarelle, Elk livre un premier tome dont la lecture est aussi cryptique que les sources d’inspiration de l’artiste. Des peintres préraphaélites aux illustrations Art Nouveau d’Alphonse Mucha, en passant par les films d’animation et les mangas, Elk révèle un foisonnement esthétique d’un très large spectre. « Je suis très friand des deux périodes d’or de Disney, tout particulièrement Bambi, La Belle au bois dormant et Le Bossu de Notre-Dame  ». Une source d’inspiration que l’on reconnaît, dans le trait doux et arrondi des visages des personnages. Cette douceur tranche avec l’aura imposante des décors et bâtiments, dont les constructions rappellent l’architecture slave.

Outre l’aspect pseudo-historique et mystique du récit, Elk ne se cache pas des trames et réflexion implicites faisant référence à son propre cheminement personnel. « L’histoire, c’est surtout celle d’un mec qui va pas bien et qui descend de son piédestal et perd tout ce qui le définit en tant que personne  », résume brièvement l’auteur. Un cheminement existentiel qui se reflète donc dans le personnage du héros Ivan, lorsqu’il doit faire face au discrédit, à l’isolement et aux critiques de ses pairs.

La descente aux enfers du protagoniste, amorcée avec brio dans ce premier tome, s’annonce vertigineuse, au regard du rebondissement qui sert d’ouverture à la fin de ce premier volet de la saga. Une trilogie qui débute donc de manière extrêmement prometteuse et dont on ne peut attendre la suite qu’avec impatience et convoitise.

Par Anthea MARIANI

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Code EAN : 9782810206148

Les Chants du Chaos - Tome 1 - Semailles / Elk / Rue de Sèvres
Publication : 15 janvier 2025
Format : 24,00 x 32,00 x 1,50 cm
Nombre de pages : 120
Prix : 21€

Rue de Sèvres ✏️ Elk à partir de 13 ans Fantastique Queer / LGBTQIA+ Dark Fantasy France Suisse
 
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