Nour, Irène, Marie-Pierre et Anna partagent un lien rare, peut-être l’un des plus indéfectibles : la perte d’un être cher. Ensemble, elles ont perdu un·e ami·e.
Après ce tragique événement, chacune a poursuivi son chemin tant bien que mal, jusqu’à ce fameux soir d’été où elles se retrouvent pour tenter, peut-être, de recoller les morceaux. Tout semble se dérouler paisiblement — le temps est bon, le ciel est bleu — jusqu’au moment où Irène leur confie qu’elle voit un fantôme… le fantôme de leur ami·e disparu·e.
Le récit s’ouvre sans préambule. On est immédiatement projeté dans l’intimité de ce groupe d’amies, dans leurs discussions de petits riens qui composent pourtant l’essentiel du quotidien. C’est toujours agréable, en bande dessinée comme ailleurs, d’entrer dans un univers sans explications superflues, de laisser l’autrice nous immerger dans son décor avant d’en comprendre véritablement les enjeux.
Ici, l’histoire devient littéralement un dialogue avec le deuil. Irène et son fantôme nous entraînent dans des conversations métaphysiques et métaphoriques sur la mort, sur la manière dont les disparus continuent de vivre en nous. Pas besoin d’avoir soi-même traversé un deuil pour ressentir l’émotion que porte ce livre : il touche à quelque chose d’universel.
Le récit repose sur des dialogues d’une grande justesse, ancrés dans la culture et les sensibilités de notre génération sur fond de grande maturité émotionnelle. Cette profondeur demande une certaine disponibilité, une écoute sincère pour entrer dans les raisonnements et les vulnérabilités de chacune.
À travers ces discussions, Mirion Malle met en lumière un paradoxe social : l’extrême fragilité d’un groupe, cette entité pourtant centrale et fondatrice de nos vies. L’une des grandes forces de Malle réside aussi dans sa capacité à nous faire traverser, en une seule soirée, une véritable rétrospective du deuil — à la fois individuel et collectif. Le récit se déroule de la fin d’après-midi au petit matin, une nuit unique durant laquelle tout se rejoue. Les personnages, quant à eux, sont étonnamment aboutis au vu de leur nombre et de la temporalité du récit. Leurs comportements, leurs fragilités, leurs mécanismes de défense sont identifiés avec précision, donnant une profondeur rare à chacune. Le dialogue avec le fantôme, et les formes que prend le deuil de manière presque littérale, ajoutent une dimension touchante et poétique.
En somme, Le problème avec les fantômes nous transporte et nous fait traverser, avec douceur et force à la fois, les émotions liées au deuil. C’est une œuvre qu’il ne faut pas aborder en cherchant un dénouement classique ou une intrigue traditionnelle : vous risqueriez d’être déçu. Il s’agit plutôt d’une balade émotionnelle, polyphonique, où la destination importe moins que le chemin parcouru ensemble.
Par Jade MOUTI
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