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Cher époux inconnu, je veux divorcer, T. 1 - Par Kouri Hisakawa, Airumu et Iroto Tsumugi - Editions Véga

Par Gaëlle BEDIS 19 novembre 2025 
Adaptation du light novel éponyme scénarisé par Kouri Hisakawa et illustré par Airumu, Cher époux inconnu, je veux divorcer est un shojo adulte qui, par son scénario et son ambiance, navigue totalement à contre-courant des préceptes féministes de 2025. La femme forte et indépendante doit ployer devant l'homme absent et suspicieux dans ce premier tome gênant aux entournures, avec notamment une scène de VSS qui, même atténuée, laisse un arrière-goût désagréable. Second degré mal perçu ou vision vraiment sexiste de la femme ? Difficile de trancher avec ce seul volume.

Violetta, vicomtesse de l’empire de Gaihander, est une femme au fort caractère. Intelligente et brillante, elle rêve d’une vie indépendante où elle tiendra son propre commerce et fait en sorte de décourager tous les prétendants que sa famille met sur son chemin. Jusqu’au jour où, sans lui laisser le choix, son père la marie au lieutenant-colonel Annardo Swangarn, un homme aussi beau qu’impitoyable. Seul problème : le marié est déjà parti à la guerre avant même la cérémonie. Le mariage étant malgré tout considéré comme valide, Violetta s’en accommode et intègre la demeure de son mari absent, où elle peut laisser libre cours à ses velléités d’indépendance après avoir tenu tête à son beau-père.

Lorsque la guerre prend fin huit ans après son mariage, Violetta est devenue une commerçante fortunée et une femme d’affaires avisée. Elle est surtout parfaitement à l’aise dans cette vie qui lui convient à merveille et n’a aucune intention d’y renoncer. Elle écrit donc une lettre à Annaldo pour lui demander le divorce. Lorsque celui-ci rentre au pays, il n’accepte cette requête qu’à une condition : que Violetta tienne le pari de ne pas tomber enceinte dans le mois à venir.

Soyons clairs et posons les mots : le manga Cher époux inconnu, je veux divorcer est problématique dans la vision qu’il propose du couple, de la femme et de l’homme, celle-ci oscillant entre malsain et toxique. Est-ce une manœuvre de la part des auteurs pour dénoncer une situation ou mettre en avant par contraste une héroïne qui ne se laisserait pas faire ? Rien n’est moins sûr malheureusement, ce premier tome ne laissant pas vraiment l’impression qu’une seconde lecture cachée soit possible...

Des clichés à foison

Tous les clichés les plus éculés s’empilent dès les premiers chapitres de ce shōjo pourtant publiés en 2023 dans le magazine Flos Comic des éditions Media Factory, démontrant s’il était nécessaire que le mouvement #metoo n’a eu qu’une faible répercussion au Japon, pays dominé par un patriarcat fort.

En effet, l’héroïne paye son indépendance financière et d’esprit par une réputation sulfureuse de croqueuse d’hommes (ce qu’elle n’est pas bien sûr) dont elle n’a cure, heureusement pour elle. Mariée à un inconnu de force par un père qui place l’honneur de la famille avant tout, elle doit également tenir tête dès son arrivée à son beau-père qui boit et brutalise sa seconde femme et leur fille. Pendant toute la durée de leurs échanges, il l’appelle « femme », la rabaisse et ne conçoit pas qu’elle puisse manier l’épée.

Le duel qu’elle remporte face à cet homme remet les pendules à l’heure : elle obtient qu’il ne boive plus et qu’il la soutienne lorsqu’elle divorcera de son fils. Vexé d’avoir été battu, il obéit et se remet à gérer les affaires de son domaine en « partenariat » avec sa bru avec qui une relation bizarre, mais de mutuels bénéfices, s’installe.

Quant à son fils Annardo parti à la guerre (là aussi, un beau cliché), outre le fait qu’il n’a aucune considération pour son épouse qu’il ne se donne même pas la peine de rencontrer le jour de leurs noces et à qui il n’écrit pas une ligne en huit ans (la réciproque est vraie ceci dit), il s’avère être borné, jaloux, suspicieux et prompt à croire la moindre rumeur négative sur sa femme qu’il ne connaît pourtant pas. On apprend également que ce mariage était une demande de sa hiérarchie et qu’elle lui a permis d’obtenir un grade supplémentaire. Ambiance.

Dark « romance » ou les VSS [1] normalisées

La scène de son retour est ainsi particulièrement malaisante. Il s’introduit de nuit dans la chambre de son épouse alors que celle-ci dort et, après s’être à peine présenté, attaque directement sur la demande de divorce qu’il considère comme une provocation malgré les arguments tout à fait raisonnables de Violetta pour la justifier, les huit ans d’absence étant bien sûr le motif le plus évident.

Pour lui, sa femme est « pratique », c’est un sésame qui lui ouvrira des portes lors des soirées organisées par les militaires. Devant l’inflexibilité de Violetta, il lui propose alors un pari : si elle ne tombe pas enceinte dans le mois, il accèdera à sa demande, sinon, ils resteront mariés. C’est Violetta qui souligne la perfidie de ce pari qui met en jeu des vies entières.

S’ensuit alors une scène de VSS certes un peu atténuée visuellement mais où le consentement est pour le moins douteux et la brutalité rendue par plusieurs éléments circonstanciels. Pour commencer, l’acte suit immédiatement la promesse faite par Annardo de mettre par écrit les termes du pari. Il n’attend pas de rédiger ce document et prend sa femme presque de force dans la minute qui suit, en lui parlant des nombreux hommes qu’elle aurait soi-disant séduits.

Violetta, absolument pas préparée, se résigne à l’acte car elle tient à sa liberté et avait bien conscience de devoir faire des sacrifices pour la conserver. En revanche, elle est choquée par sa soudaineté et ne comprend pas de quels hommes parle son mari puisqu’elle lui a été fidèle et est toujours vierge.

La chemise de nuit déchirée, les phrases rabaissantes prononcées par Annardo, certaines cases avec des positions non-équivoques et le sang sur les draps sont autant d’éléments montrant une brutalité qui pourrait certes être réaliste venant d’un homme rentrant de la guerre mais qui mettent ici plus que mal à l’aise car le besoin charnel n’est même pas la raison qui pousse Annardo à agir. Il voulait simplement se venger de la demande de divorce et humilier son inconnue de femme qui avait osé le tromper avec plusieurs hommes sans tomber enceinte. Le romantisme n’est décidément plus ce qu’il était...

Femme forte VS homme faible : verdict au tome 2 ?

Si on essaie de voir au-delà de ces éléments assez dérangeants en 2025, Violetta est une femme généreuse mais solide et impitoyable quand il s’agit des affaires. C’est elle qui tient la maison Swangarn en l’absence de son mari et malgré la présence de son beau-père qui semble s’appuyer sur elle dans une relation pour le moins déséquilibrée. Elle protège sa belle-sœur et sa belle-mère et a à cœur de défendre les opprimés.

C’est aussi une victime (de son père, de son mari, des rumeurs, etc) mais elle a la force de caractère qui lui permet de s’affranchir des conséquences de ce statut. Elle compartimente, met de côté et analyse froidement chaque élément avant de décider si cela vaut la peine qu’elle y consacre du temps. C’est la seule figure féminine à avoir cet esprit clinique, les autres femmes étant des créature fragiles et transparentes. À ce titre, Violetta est une héroïne captivante et moderne que l’on a envie de suivre.

À l’inverse, Annardo est un personnage arrogant et détestable qui commence à s’amender après avoir constaté que sa femme était vierge (trop tard pour certains, peu importe pour d’autres). Le détester est facile car tout est fait pour cela : son attitude, ses mots, son histoire sont des repoussoirs pour toute femme normalement constituée. C’est moins le cas de son père, personnage ambigu dont on ne sait pas s’il est bon ou mauvais, même s’il a indubitablement commencé du côté obscur, comme diraient les fans d’une célèbre saga.

Le problème est que si l’alchimie entre Violetta et son beau-père fonctionne plutôt bien à la lecture, ce n’est pas du tout le cas avec son mari. Leur relation est pour le moins mal partie et il semble difficile à croire que l’héroïne succombe au charme de son mari, même si des indices allant dans cette direction sont déjà dispersés par-ci, par-là...

Avec actuellement 4 volumes reliés parus au Japon et un second tome publié en France en novembre, il reste à déterminer si cette adaptation du light novel de Kouri Hisakawa dessinée par Iroto Tsumugi est une romance dérangeante ou une histoire bien plus complexe dont les tenants et les aboutissants nous seront données petit à petit.

Par Gaëlle BEDIS

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Code EAN : 9782808700207

Cher époux inconnu, je veux divorcer, T.1 - Paru le 12/09/2025

[1] Violences Sexistes et Sexuelles

Vega ✍ Kouri Hisakawa ✏️ Iroto Tsumugi à partir de 17 ans
 
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