Samedi dernier, en réponse à l’appel d’offre de l’Association du FIBD pour succéder à 9eArt+, procédure que la présidente de L’Association a été contrainte de suivre, cinq candidats étaient en lice : la Cité de la bande dessinée d’Angoulême, organisme public, Céline Bagot, ancienne prestataire auprès du FIBD pendant quelque 15 ans et fondatrice du Pop Women Festival à Reims associée à l’agence Côte Ouest, une filiale du Groupe Sud Ouest ; Pierre-Yves Bérenguer, directeur général de PLE (Paris Livres événements), filiale du Syndicat national de l’édition (SNE), créateur du Festival du livre de Paris depuis 2024, celle de l’Italien Claudio Curcio (société Visiona), créateur du Comicon de Naples, l’un des festivals les plus prestigieux d’Europe, associé à Jean Paciulli, ancien DG de Glénat et… 9eArt+ l’actuel prestataire.
Résultat des courses : la présidente de l’Association, Delphine Groux, et un jury dont on ignore la composition, a choisi 9eArt+ et intime l’ordre à La Cité de la bande dessinée, un organisme qui dépend de l’Etat, de passer sous les fourches caudines de son prestataire. La fille de Francis Groux, l’un des trois fondateurs du FIBD, s’insurge dans La Charente Libre contre le « Bondoux Bashing », de la part de l’interprofession, soit les auteurs, les éditeurs et plusieurs instances publiques.
Pas de chance pour elle, 20 Grands Prix d’Angoulême, parmi les plus prestigieux de la bande dessinée mondiale -de Art Spiegelman à Jacques Tardi, de Chris Ware à Riad Sattouf- signent un communiqué commun réclamant le départ du prestataire actuel : « Alors que les appels au boycott se multiplient, les Grands prix disent d’une seule voix qu’il est grand temps de tourner la page 9eArt+ pour que le Festival retrouve, avec de nouveaux opérateurs, les valeurs qui ont construit sa notoriété internationale. Sans un changement rapide et profond, l’édition 2026 risque fort d’être la dernière. » Une pétition, diffusée sur le site de L’Humanité, rassemble plusieurs milliers de signatures dont un grand nombre d’auteurs et soutient la même ligne.
Cette position rejoint celle du Syndicat national des auteurs qui confirme l’appel à boycotter la prochaine édition, tandis que la Cité de la BD d’Angoulême, par la voix de son président, réclame le pilotage exclusif de l’organisation : « Nous avons les compétences et d’excellentes relations avec l’interprofession, les médias et les tutelles, déclare Patrick Mardikian, fils de Jean Mardikian, autre fondateur du FIBD, à La Charente Libre. Ce qui n’est pas le cas de 9e Art+. La société de Franck Bondoux à la tête du pilotage amplifierait les menaces de boycott. » Le président de la Cité demande aux tutelles, à savoir le Maire d’Angoulême et la Région Aquitaine de se positionner : si 9eArt gagnait la partie, la Cité ne pourra pas l’empêcher « mais il faudra en assumer la responsabilité », précise-t-il. La responsabilité d’une annulation, voire d’une annulation de l’événement, de même qu’une disparition de ses financeurs publics, ce qui reviendrait à laisser la ville et son agglomération seule face au désastre.
De son côté, le S.E.A. (Syndicat des éditeurs alternatifs), sous la signature de son ancien président Serge Ewenczyk des éditions Ça & là, rappelle que cette issue d’un appel à projets de « sans suspense » et « opaque », constitue « une captation du festival par des intérêts privés », déplorant « une absence de consultation de la profession et une procédure partiale ». Il critique également la manœuvre imposant à la Cité de la bande dessinée « une collaboration forcée avec 9e Art+, alors que son directeur, Vincent Esches, s’y était opposé. » Le S.E.A. rappelle que Franck Bondoux détient « les sociétés 9e Art+, Partnership Consulting (NDLR : la société en charge du recrutement des sponsors et commissionnée pour ce faire dans le cadre d’un contrat exclusif) et la marque 9e Art+ elle-même. » Cette association est donc un jeu de dupes. Ils réclament :
– Une invalidation de la décision du FIBD ;
– Une réforme profonde de la gouvernance du festival ;
– La démission de Delphine Groux, présidente du FIBD ;
– La disparition de 9e Art+ et la reprise de ses équipes par une nouvelle structure
Enfin, du côté du Syndicat national de l’Edition, qui rassemble la plupart des grands éditeurs (Glénat, Dargaud, Dupuis, Delcourt, Casterman…), on a également laissé entendre que ceux-ci seraient contraints de sécher la manifestation, alors même que pour bon nombre d’entre eux, des expos sont prévues et les stands déjà payés...
La réponse du délégué général, la chose est racontée par Lucie Servin de L’Humanité, se résume à des menaces adressées par Franck Bondoux aux partenaires publics en cas de non-reconduction : procès, mises en cause personnelles de certains dirigeants, etc.
L’issue repose apparemment sur la décision de Delphine Groux et sa mystérieuse instance associative à la légitimité douteuse, ce qui est un comble alors que la manifestation repose pour l’essentiel sur des financements publics, le chiffre d’affaires apporté par les éditeurs, et sur la participation essentielle des auteurs à l’événement, dont les appels au boycott se multiplient de jour en jour sur les réseaux sociaux. Comment peut-on continuer de cette façon ? La Charente Libre a lancé le mot de « suicide ». Il n’a jamais été aussi approprié.
Par Didier PASAMONIK
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Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)
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