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Madeleine, nous l’avons rencontrée, c’était un bloc de granit, un personnage entier, à la mémoire précise qui était revenue de tous les périls et de toutes les trahison du temps. Elle avait assisté de près à toutes les horreurs du XXe siècle.
Communiste de conviction, comme tant de jeunes gens de son époque, elle a connu le communisme de Staline, le fascisme d’Hitler, la colonisation et la décolonisation.
Quand Jean-David Morvan la rencontre, c’est le coup de foudre. Il perçoit d’entrée sa personnalité grand format, la précision de sa mémoire, le pertinence de son discours. C’était un témoin capital.
Il entreprit, associé avec elle et Dominique Bertail, de raconter sa vie. Le Seconde Guerre mondiale d’abord. Elle est une des figures de la Libération de Paris, non s’en s’être fait auparavant emprisonner puis torturer par les Allemands. Elle en réchappa miraculeusement. « Je suis sortie de là je ne sais trop comment, disait-elle à Morvan. Et la vie d’autrefois, tu vois, s’est déchirée. Lambeau après lambeau… » Elle évoque par là la disparition d’un temps heureux qu’elle partageait avec son grand-père et ses parents instituteurs.
Née en 1924, Madeleine Riffaud a 16 ans quand elle assiste médusée à la débâcle de l’armée française, puis à l’Exode, enfin à l’Occupation. Elle écrit en 1943 :
Demain.
Demain l’attente et les mots durs.
Demain le combat, le soleil et le sang.
Après-demain, nos regards triomphants.
Elle triompha, mais son regard, affecté par la torture endurée par les nazis, est atteint de cécité sur la fin de sa vie. Elle reçoit du Général de Gaulle la croix de guerre avec palmes.
Heureusement, sa mémoire reste brillante et ses mots incisifs. Avec Morvan et Bertail, elle raconte sa guerre. C’est beau et émouvant et cela porte le message qu’une résistance à la barbarie, à l’injustice, à la bête immonde n’est jamais vaine.
Elle nous raconte que l’on peut résister à tout instant, jusqu’à 100 ans, comme elle vient de le prouver au moment où sa bande dessinée achève le récit de la Libération de Paris.
Et même au-delà, puisque Jean-David Morvan, ayant recueilli son témoignage, va raconter d’autres épisodes de sa vie, non moins incroyables, ses compagnonages avec Raymond Aubrac, Paul Eluard, Pierre Daix, Pablo Picasso, et on en passe... et ses combats pour la décolonisation en Algérie, au Vietnam...
Salut à toi, Madeleine. Merci d’être entrée avec une telle acuité dans nos mémoires.
Réécoutez la voix de Madeleine avec notre Podcast
Par Didier PASAMONIK
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