Très bon
19 janvier 2026
Jean-Claude Servais est né en 1956 à Liège (Belgique). Après des débuts dans les revues Spirou et Tintin, il élabore avec le scénariste Gérard Dewamme la série Tendre Violette qui paraît dans le mensuel (À suivre) à partir de 1979 et connaîtra un grand succès (7 tomes chez Casterman). Il publiera ensuite, seul ou en collaboration, et avec un grand talent de conteur, de nombreuses BD ou albums illustrés, dont l’histoire est souvent située vers la première moitié du 20e siècle et dans les campagnes françaises ou belges. Son dessin est très reconnaissable, qui fait la part belle aux paysages (rehaussés de lumière dans cet album grâce aux couleurs de Raives) : on pourrait le qualifier de réaliste tendre ou sensuel.
Ce récit, qui s’étend sur plusieurs décennies, nous présente la jeune Eléonore et sa corneille apprivoisée Coronis. Celle-ci tombe amoureuse, pendant la Deuxième Guerre mondiale, de Hans, un jeune soldat allemand déserteur. Ils vivent clandestinement leur passion dans la forêt, sous la protection de grands corbeaux. Mais Hans est tué par des maquisards, et Eléonore est tondue à la Libération pour avoir couché avec un Allemand. Enceinte, elle meurt quelques mois plus tard en accouchant d’une petite fille, Alice, qui sera placée dans un orphelinat. Mais de longues années après, Alice retrouvera le village de sa mère et l’un de ses oncles…
Cette histoire dramatique est composée comme un patchwork où s’intercalent des séquences de contes mythologiques ou religieux, et de légendes anciennes mettant en scène des corvidés. Elle est précédée d’une préface lumineuse (à lire absolument) de Harry Marduyn, un éminent ornithologue, et elle est suivie du Corbeau, la célèbre nouvelle d’Edgar Allan Poe, illustrée par Gustave Doré, et d’une postface passionnante sur la communication animale. Cette BD est un magnifique plaidoyer en faveur des corvidés, qui ont toujours eu la réputation d’être des « oiseaux de malheur ». Une fois l’album refermé, je peux vous affirmer que vous ne les regarderez plus jamais d’un œil noir !
Par Benoit MARCHON
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.