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Les beaux-arts vus par la bande dessinée : l’Académie expose...

Par Didier PASAMONIK 17 janvier 2026 
L’Académie des beaux-arts a ouvert une toute nouvelle galerie rue Vivienne à Paris. Elle offre ses cimaises à la bande dessinée jusqu’au 28 février 2026. Au commissariat de l’exposition, Thierry Groensteen, ancien directeur du Musée de la bande dessinée d’Angoulême et commissaire de plus d’une trentaine d’expositions majeures. Son projet ? Montrer comment les beaux-arts (l’architecture, la musique, la danse…) ont été représentés et traduits dans la bande dessinée.

Thierry Groensteen a statut de correspondant de la section Gravure et dessin à l’Académie des beaux-arts qui compte six académiciens et autant de correspondants, dont deux auteurs de bande dessinée portent l’habit d’or et le bicorne : Catherine Meurisse et Emmanuel Guibert. Comme pour les académiciens, c’est une nomination à vie. C’est donc tout naturellement que la vénérable institution s’est tournée vers un des commissaires d’exposition, historien et théoricien de la bande dessinée, les plus expérimentés. Ses choix sont éclectiques (de Fred à Baudoin, de Benoît Jacques à Jochen Gerner…), on y trouve même une planche de Laurent Vicomte !

« Elle-même au carrefour de la littérature et des Arts visuels, la bande dessinée n’a eu de cesse de se mesurer aux autres formes d’expression, documentant le parcours des plus grands artistes et interrogeant le mystère de la création…  » nous explique le commissaire. C’est ce dialogue passionnant que nous propose Thierry Groensteen : des regards documentaires, quelquefois, au contraire, complètement décalés, satiriques, poétiques, loufoques, métaphoriques… L’objectif est de nous montrer des choses très différentes les unes des autres, avec la part de subjectivité qu’oblige la nécessité de faire un choix dans une production pléthorique et parfois très ancienne.

Pour s’imposer un discours structuré permettant de faire ces choix, Groensteen a choisi de parcourir les disciplines qui sont celles de l’Académie des Beaux-Arts. Elles jalonnent en effet l’histoire de l’institution fondée en 1816, réunissant les anciennes académies royales : peinture et sculpture (1648), musique (1669), architecture (1671). Elle est constituée aujourd’hui de neuf sections : Peinture, Sculpture, Architecture, Gravure et dessin, Composition musicale, Membres libres (cette section ne figure pas dans l’expo), Cinéma et audiovisuel, Photographie et Chorégraphie. La bande dessinée fait partie de la section « Gravure et dessin ». Ce sont ces 9 disciplines qui structurent l’expo au travers de deux ailes reliées par une courte coursive.

Avec l’enthousiasme qui le caractérise, Thierry Groensteen aborde la peinture avec Catherine Meurisse, la seule femme figurant dans l’exposition. « Nous en avons sollicité plein d’autres, se défend le commissaire qui voit arriver les accusations d’invisibilisation, mais déjà peu nombreuses traitant de ce sujet, toutes celles que nous avons sollicitées n’ont pu, pour des raisons diverses, fournir des planches originales. » Catherine Meurisse, elle-même académicienne, dont on montre les planches sublimes de Moderne Olympia d’après une toile de William Bouguereau, est cependant un choix incontestable.

Les beaux-arts vus par la bande dessinée : l'Académie expose...
Moderne Olympia par Catherine Meurisse
© Futuropolis / Musée d’Orsay éditions.

François Schuiten, fils et frère d’architecte, et dont on connaît l’influence de cet art sur son œuvre, occupe bien entendu la place dédiée à l’architecture. Guy Delisle illustre la section photographie avec une évocation d’Eadweard Muybridge dans Pour une fraction de seconde ; Clément Oubrerie et Julie Birmant, déjà interprètes de Picasso, évoquent la jeunesse d’Isadora Duncan et la danse dans Il était une fois dans l’Est  : la musique s’illustre avec Ravel et Aleksi Cavaillez et Karol Beffa, etc.

Aleksi Cavaillez au dessin et Karol Beffa & Guillaume Métayer évoquent Ravel.
© Delcourt

Un exemple plus précis de la démarche du commissaire est traduit par une suite d’estampes de Nicolas de Crécy dédiée à la figure de Paul Wittgenstein, le pianiste pour lequel Ravel a créé le Concerto pour la main gauche puisqu’il avait perdu le bras droit au cours de la Première Guerre mondiale. Une suite d’épreuves à différents stades de l’exécution qui progressivement se densifie et se complexifie. On part du blanc pour arriver au noir. «  On n’est plus vraiment dans la bande dessinée, concède Groensteen, théoricien du 9e art, mais on est quand même toujours dans l’idée de la séquence, hommage d’un grand auteur de bande dessinée à la musique. »

Julie Birmant et Clément Oubrerie font danser Isadora Duncan
© Dargaud

Nous reviendrons prochainement avec un podcast où Thierry Groensteen nous racontera tout le détail de cette aventure mais en attendant, si vous avez l’envie et le temps d’admirer de très belles œuvres, allez jusqu’à la Galerie Vivienne (Paris 2e), un magnifique passage couvert accueillant une exposition, ce n’est pas inutile de le souligner, qui est gratuite. Vite : l’expo se termine fin février.

Par Didier PASAMONIK

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La Galerie de l’Académie des beaux-arts
Galerie Vivienne - 4 rue des Petits Champs, Paris 2e.
Jusqu’au 28 février 2026
Du lundi au samedi - de 12h30 à 19h.
Entrée libre et gratuite

Photos : D. Pasamonik ’(ActuaBD)

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