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Favori de la rédaction
18 juin 2024
« - Figurez-vous que la planète se réchauffe ! Il faut absolument faire quelque chose !
Pour quoi faire ? C’est chouette, non, quand il fait chaud ! » Léonard T. 38 : Y a-t-il un génie pour sauver la planète par Turk et De Groot - Ed. Le Lombard
« Si la quantité de titres [de BD sur le sujet. NDLR] dit quelque chose de notre prise de conscience, le climatosepticisme reprend malgré tout du poil de la bête » Christian Staebler (La bande dessinée se met au vert dans Les Cahiers de la BD n°25)
Une information scientifique et rigoureuse pour faire comprendre les limites planétaires et les enjeux du dérèglement climatique.
Le GIEC, kesaco ? Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a été créé en 1988 par l’Organisation mondiale météorologique et le Programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE). Cet organisme intergouvernemental est ouvert à tous les pays membres de ces deux organisations (soit 195, c’est-à-dire la quasi-totalité des pays du monde).
Rédigés par des centaines de scientifiques (environ 800) des États membres, les travaux du GIEC publiés sous forme de rapports, aboutissent également à des résumés à l’intention des décideurs. Pourtant, nous sommes nombreux et nombreuses à en ignorer les contenus ou ne pas savoir comment s’emparer de ces connaissances, sans parler de l’indifférence voire du déni encore largement répandu.
À travers la parole de neuf scientifiques (Valérie Masson Delmotte, Christophe Cassou, Roland Séférian, Hervé Douville, Wolfgang Cramer, Virginie Duvat, Céline Guivarch, Henri Waisman, Jean Jouzel), cette bande dessinée documentaire nous offre une synthèse très claire, accessible et progressive des derniers rapports du GIEC. En effet, l’épaisseur des rapports (le dernier pèse 4 000 pages !) nécessitait un outil plus succint et plus pédagogique.
Horizons climatiques permet de découvrir les connaissances actuelles sur l’évolution du climat, les risques et les inégalités sociales associées ainsi que des pistes de solutions réalisables, tout en abordant la légitimité de la science et le rôle des chercheurs.
Le dispositif mis en place par les auteurs pour entrainer le lecteur
Iris-Amata Dion, scénariste de cette BD dense et scientifiquement des plus rigoureuses, est docteur en sciences de l’atmosphère et du climat. Elle a travaillé un an et demi sur le scénario, veillant à toucher le plus large public possible et à ce que l’ouvrage serve de support didactique aux enseignants.
Xavier Henrion (Paradis perdu, Toxic boy, Root, La Couette de la planète -sur l’effet de serre- …) au dessin, participe à cette vulgarisation indispensable.
Dans la forme, la BD est organisée en chapitres correspondant à une rencontre avec chacun des neuf scientifiques. Chacun adopte une couleur dominante différente mais suit un même cheminement : le constat factuel, physique puis l’explicitation des risques et enfin, les solutions possibles.
Les auteurs mettent en scène leur double : Xavier, un vendeur de glaces vrai/faux naïf et Iris, chercheuse en sciences de l’atmosphère (pour faire plus simple, elle dit parfois « climatologue »).
Ce procédé est régulièrement utilisé en matière de BD documentaire : par exemple, Eurêka, une histoire des idées scientifiques durant l’Antiquité, par Pascal Marchand et JB Meybeck (La Boîte à bulles, 2023) qui commence avec des trolls, créatures climatosceptiques, antivaccins et adeptes des théories du complots, lancés à la poursuite des deux héros ou encore le méga best-seller, Le Monde sans fin de Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici (Dargaud, 2021) qui aborde la question des énergies (fossile, nucléaire, renouvelable...) et du changement climatique.
Quelques touches d’humour viennent alléger le propos.
L’ensemble des chapitres de Horizons climatiques suit les étapes du deuil : la découverte ; le choc ; le déni ; la colère ; la négociation ; la dépression ; l’acceptation. Ce qui permet ensuite et c’est l’objet des trois derniers chapitres/rencontres, l’expérimentation et la décision (+ l’intégration en guise d’épilogue).
Des schémas, des courbes et des graphiques illustrent avec efficacité les grandes notions : les 5 R (refuser, réduire, réutiliser, recycler, rendre à la Terre) page 205 ; les faisabilités (page 128) ; les émissions de gaz à effet de serre par kilo de produit alimentaire en page 125…
Voilà une BD qui devrait être disponible dans toutes les bibliothèques municipales, scolaires et universitaires. Une réussite synthétique sur la problématique climatique, accessible au néophyte, instructive y compris pour les personnes déjà sensibilisées. Puisque nous sommes 100 % responsables des changements climatiques, nous sommes 100 % de la solution.
« L’avenir ne dépend pas du GIEC lui-même, mais de ce que nous faisons collectivement des résultats qu’il met en évidence » nous dit Jean Jouzel, cité au dos de l’abum. S’y ajoute cette vérité d’Albert Einstein : « Ceux qui ont le privilège de savoir ont le devoir d’agir »
Par Christian GRANGE
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