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Borboleta - Par Madeleine Pereira - Ed. Sarbacane

Par Philippe LEBAS Très bon 18 juin 2024 
Un beau récit d'une jeune autrice en quête de ses origines (portugaises). Un premier ouvrage qui devrait parler à beaucoup, toutes origines confondues.

Madeleine Pereira, jeune diplômée de l’école européenne supérieure de l’image d’Angoulême, réalise ici son premier, et ambitieux, projet : celui de parler de ses origines portugaises, question qui a commencé à se poser depuis l’adolescence (et notamment du fait des remarques et moqueries de ses camarades de classe), sans pour autant que ce soit une obsession. [1].

Sauf que dans sa famille, en dehors de la langue portugaise (parlée à la maison et apprise à l’école), les origines portugaises ne sont pas un sujet dont on parle. Tout particulièrement pour son père, Pedro, particulièrement taiseux sur cette question, renvoyant sa fille auprès de ses amis pour en savoir plus.

Borboleta - Par Madeleine Pereira - Ed. Sarbacane

Ceux-ci s’avéreront beaucoup plus diserts, permettant à l’autrice de reconstituer l’histoire de sa famille, et, plus largement, celle de l’émigration portugaise de sa famille, alimentée par des raisons économiques, politiques (la fuite du régime dictatorial de Salazar), voire familiales (un mari alcoolique et violent).

Fait de va-et-vient entre passé et présent, entre France et Portugal, cet ouvrage nous permet de bien comprendre les ressorts d’une dictature, la surveillance constante, orchestrée par la police politique (la PIDE), l’emprisonnement, l’embrigadement, la grande difficulté à sortir du pays...

Ce livre nous rappelle aussi combien les guerres coloniales ont été l’élément accélérateur de la chute de ce régime lors de la fameuse révolution des oeillets de 1974. On y apprend enfin combien l’intégration en France ne fut pas toujours facile, entre petits boulots et métiers très précis (concierge pour la grand-mère) et combien les clichés et les moqueries ont la peau dure.

Pas d’angélisme ici : le pays de départ n’est pas magnifié, son patriarcat est même vigoureusement dénoncé. Quant au pays d’accueil, rien n’y fut simple non plus.

Le dessin se met au diapason de ce beau récit très largement autobiographique. Simple, sans fioritures, il recourt à de belles et douces couleurs appliquées au crayon de couleur. De quoi nous envelopper dans un récit lucide, mais aussi tendre, voire drôle, qui parlera à beaucoup, tant à ceux qui, nombreux en France, ont des origines portugaises qu’à ceux pour qui la France est un pays historiquement ouvert au vent venu d’ailleurs. Cela ne peut être qu’une bonne piqure de rappel par les temps qui courent.

Madeleine Pereira réussit ainsi très bien sa percée dans le monde de la BD. Son ouvrage fait office de bon antidote à toutes les formes de dictature, dont celle, évidemment de Salazar dont on célèbre le 50e anniversaire de la chute. Et puis, quel beau et énigmatique titre que celui de Borboleta (papillon en portugais). [2].

Par Philippe LEBAS

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9791040802686

[1] Dans une interview, faite par Cap Magellan, une association visant à promouvoir la culture lusophone, M. Pereira dit bien que ce sujet n’était que l’un de ceux qu’elle avait proposés lors d’une résidence d’auteur

[2] L’explication en est donnée dans l’interview cité plus haut

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