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Très bon
7 décembre 2024
Peut-on faire entrer Claire Braud dans une case ? Non, impossible, et ce même si son dernier ouvrage, comme dans son avant-dernier, La Forêt [1], recourt aux cases et même au gaufrier le plus souvent, à la différence de ses premiers albums. Et, même s’il utilise la couleur, La Chiâle n’est en rien un ouvrage aimable (comme le dit sa préfacière, Marie Darrieussecq).
Claire Braud y raconte son effondrement psychique, croisant l’histoire personnelle de Carilé (anagramme transparent de Claire, au visage très ressemblant d’ailleurs) et ses rencontres avec l’Histoire tout court, et notamment ses récentes tragédies, comme les attentats terroristes du 13 novembre 2015, les massacres de dizaines de milliers de Tamouls au Sri Lanka en 2009 [2]. Sauf que Carilé/Claire n’a plus les moyens psychiques de résister à toute cette violence, qui la transperce, la découpe (dans des images saisissantes). D’où ces larmes sans fin : la Chiâle, avec un "C" majuscule. « C’était comme si le chagrin du monde avait choisi de s’écouler par ces yeux-là... »
Claire Braud, remarquée dvoici plus de dix ans, avec Mambo, ouvrage pour lequel elle avait obtenu le prix Artémisia de la BD féminine en 2012 ou encore Alma, frappe à nouveau un grand coup, avec une histoire puissante, très originale, pleine de liberté, un brin foutraque certes, encore que...
Si le dessin est moins virevoltant que dans ses précédents titres, c’est évidemment en rapport avec son sujet, sombre, même si l’humour n’est pas absent. Ainsi, pour raconter l’histoire de sa famille d’agriculteurs qui a dû tout vendre, elle choisit le dessin animalier. « Afin de permettre la distance adéquate [...], nous passerons en mode "chats sur fond de pseudo Japon fin de siècle"... » Singulier, non ?
À l’évidence, Claire Braud ne fait pas dans la demi-mesure, mais utilise pleinement les ressources de la BD (corps explosé ; déluge de larmes). Elle ne cherche pas à plaire, sur le fond comme sur la forme, si l’on fait exception de la superbe couverture, particulièrement réussie. Voilà donc un ouvrage à part et qui ne peut laisser indifférent.
Par Philippe LEBAS
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[1] Ainsi que dans les quelques planches qu’elle avait livrées dans l’ouvrage collectif On a mangé sur une île, paru chez Delcourt en 2019.
[2] Dont l’histoire lui est littéralement tombée dessus lors d’un tournage d’un documentaire sur ce sujet au Sri Lanka, auquel l’autrice avait participé ecomme directrice artistique.