Bon
15 septembre 2025
Au milieu du XIXᵉ siècle, dans la plus grande clinique de Vienne, un jeune étudiant en droit, Ignace Semmelweis, assiste à l’autopsie d’une femme morte d’une fièvre puerpérale, une infection survenant après un accouchement. Captivé et intrigué par l’opération, il s’inscrit alors en faculté de médecine. Après de brillantes études et une formation remarquable sur le terrain, il soutient une thèse sur la vie des plantes. Ce sujet, méprisé par ses confrères, contribue à en faire un marginal, lui qui est déjà moqué pour son accent hongrois.
Devenu médecin-assistant, il s’intéresse à cette infection due à la présence de bactéries dans l’utérus, en posant notamment un constat intrigant : au sein d’un même hôpital, deux services connaissent des taux de mortalité très différents, alors que leurs techniques sont a priori identiques. Seulement, l’un est principalement investi par des étudiants en médecine, l’autre par des sages-femmes. La clé du mystère est-elle là ?
Ce récit de Isabelle Bauthian, déjà rapidement abordé dans une précédente publication de Jungle (L’Homme qui traversait les montagnes), part d’une énigme : ce médecin peut-il convaincre la communauté scientifique du bien-fondé de ses théories et recommandations ? Il doit pour cela affronter les réticences de ses pairs, dans un milieu médical décrit comme un lieu de pouvoir, où les rapports de forces dessinent les réputations et orientent les financements.
Assimilé à Cassandre, ce personnage mythologique que l’on croit maudit et dont on ne croit pas les paroles, Semmelweis est perçu comme révolutionnaire, en raison de ses découvertes, mais aussi parce qu’il ne se plie pas aux règles usuelles du métier : il est d’abord réticent à publier dans les revues scientifiques et refuse de se mettre en avant. Sa posture est d’ailleurs mise en parallèle avec la révolution autrichienne de 1848.
Il faut un peu de temps au lecteur pour distinguer les différents personnages, dessinés dans le style griffonné d’Eva Rossetti, mais leur expressivité sert pleinement le récit qui se lit comme une enquête.
Par Damien BOONE
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