Bon
12 juillet 2024
Sous des apparences paisibles, les contrées d’Epsilon, cachent d’inquiétants secrets que Tom découvre progressivement. Prisonnière de la tribu des chevaliers que dirige l’inquiétante Amadala, elle découvre les impératifs de cette communauté de survivants exposés aux poisons des radiations. Pour eux, la loi du plus fort est devenue le seul mantra capable de maintenir l’ordre en ces temps troublés. De surcroît, Amadala rêve d’utiliser Tom et son enfant à naître pour repeupler le clan… Les tensions sont pour la moins tranchante !
Sorti chez Les Humanoïdes associés, le second et dernier volume, l’autrice se focalise sur l’organisation sociale d’Epsilon et les conséquences sur ses habitants. Avec une attention et un tact particulier pour les métaphores visuelles que l’on avait déjà repère lors de ses débuts dans le collectif Medusa, Couturier explore avec finesse la condition féminine, les dynamiques de pouvoir et de survie dans un monde post-apocalyptique, qui par moments nous rappelle des classiques du genre tels Jérémiah de Hermann. Sa maternité et les espoirs qu’elle porte servent de fil rouge permettant ainsi un accentuation de la vulnérabilité et la détermination de Tom.
Alternant des scènes contemplatives et d’autres d’ultra-violence, la narration joue habilement sur les contrastes, créant une atmosphère à la fois oppressante et lumineuse. Appliquant un graphisme épuré, volontairement proche des codes du manga, qui par moments nous rappelle Scissor Seven de He Xiaofeng, les dialogues restent souvent circonscrits, voir secs, laissant l’essentiel du travail narratif au dessin. Nous laissant ainsi avec la question de ce que pourrait offrir la conjugaison de cette esthétique, très efficace, avec un travail de dialogues de la veine de Loo Hui Phang ou de Christopher Cantwell.
Itération personnelle, du genre post-apocalyptique, l’œuvre de la très jeune Lolita Couturier se distingue par sa capacité à introduire avec habilité des préoccupations autour de la condition féminine (bien loin des formules twitteriennes qui parfois font office de dialogues « controverses » ) et à captiver l’œil du lecteur par son graphisme. La lutte émouvante de Tom pour protéger son enfant dans un monde ravagé nous rappelle qu’il n’est jamais bon de se mettre entre une mère et son enfant !
Par Jorge SANCHEZ
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Détour par Epsilon, second volume - Par Lolita Couturier. Éditions Les Humanoïdes Associés. 176 pages - 19€ 95.
– La chronique "Collectif Medusa #2, le fanzine des jeunes farceurs d’Angoulême" par Jorge Sanchez