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Majo No Michi : Les sorcières du Gravel strasbourgeois

Par Jorge SANCHEZ Bon 12 juillet 2024 
Après le succès retentissant de La Ride, les éditions Dargaud font le pari d’une nouvelle BD sur le vélo, mais cette fois-ci en format Manga, ou plutôt, Manfra, puisqu’elle nous parvient d’un auteur français, issu de la scène strasbourgeoise : Tony Concrete. Celui-ci nous invite à suivre les aventures de deux jeunes sorcières sans-le-sou, armées de vélos et comme il se doit d’un chat noir, pour rétablir l’équilibre et la joie dans les contrées alsaciennes… Une révélation.

Vera et Mary sont des sorcières modernes. Il ne faut donc pas songer à les voir sur des balais, puisqu’elles patrouillent leur territoire... à vélo. Elles ont pour mission de protéger l’équilibre de la nature et des forces magiques dans un Strasbourg alternatif, très similaire au nôtre. Leur quotidien est avant tout celui de jeunes adultes précaires. Sous-entendu, des soirées arrosées, les jeux vidéo, le chômage, la CAF, pardon, les « Allocations citoyennes de persévérance dans l’existence » [1] », les petits boulots gagne-pain et quelques cérémonies magiques ci et là.

Majo No Michi : Les sorcières du Gravel strasbourgeois
Majo No Michi de Tony Concrete. Ed Dargaud
©Dargaud

Un jour, en explorant les forêts, elles font une découverte terrifiante : un bunker maudit qui, peu à peu, empoisonne leur terroir. Décidées à purger la région de cette malédiction, elles devront jongler avec les contraintes du quotidien. C’est ainsi que nous les suivons au fil de 300 pages, le sourire aux lèvres, échafaudant des petites combines pour trouver de l’argent, suivre les ordonnances pour assurer le « Permis de citoyenneté » et les cérémonies néopaïennes qui rythment leur calendrier…

Avec ce premier volet, Tony Concrete pose les pierres de son univers (ou de son « lore » pour les plus internationaux), nous introduisant, pédale à pédale, dans la vie de ces jeunes héroïnes, véritables passionnées de la « petite reine » et leur relation avec les « moldus » de Strasbourg.

Ces sorcières-cyclistes sont des adeptes férues du Bikepacking, la nouvelle variante du cyclisme d’aventure, avec le vélo Gravel de dernière génération, arboré par Mary, qui illustre au passage son esprit fonceur et aventurier, et le confortable VTC mixte de Véra, capable de transporter toute une maison sur son cadre.

Majo No Michi de Tony Concrete. Ed Dargaud
©Dargaud

Descendant la pente des pages avec un rythme détendu, nous les suivons lors de plusieurs petites aventures et balades, nous permettant de connaître leur maître chaman, les jobs de survie qu’elles enchaînent, tout en détaillant la relation personnelle qu’elles entretiennent avec la magie, l’ésotérisme et les puissances invisibles.

Et, invisibles elles le sont (alerte aux lecteurs s’attendant à des rayons magiques, des incantations warcraftiennes et autres reliques ancestrales), puisqu’il n’en va pas de cet ordre avec Vera et Mary, qui, en plus des galères économiques, doivent dissimuler du mieux qu’elles le peuvent leurs rites (telles les sorcières de jadis), afin d’éviter la stigmatisation et le ridicule.

Majo No Michi de Tony Concrete. Ed Dargaud
©Dargaud

Si bien qu’elles prennent très au sérieux leur travail de guérisseuses de la terre, l’ambiguïté entre une magie invisible et un monde moderne techno-capitaliste qui impose ses exigences de productivité, agit comme une tension d’arrière-fond, grandissante au fil des pages.

Quant à leur magie, elle semble aussi appartenir aux courants modernes d’une spiritualité à la recherche d’un nouveau contrat avec la nature (ou Gaïa pour les initiés). Une variante contemporaine que l’on appelle souvent l’« écospiritualité », et qui, d’après la chercheuse Talía Jiménez Romero « mêle écologie et spiritualité, en abordant l’idée que la crise écologique est avant tout une crise des valeurs liée à notre essence spirituelle [2] ».

Majo No Michi de Tony Concrete. Ed Dargaud
©Dargaud

Manga de vélos et de sorcellerie, certes, mais aussi un album pour les férus du 9e art, puisque les références et les clins d’oeil sont aussi fréquents que des kodama sylvains des estampes nippones. Du chaton noir de Kiki la petite sorcière à Akira, la culture pop japonaise se retrouve sur les rues de Strasbourg et sa banlieue dans ce premier album prometteur.

Sorti la même semaine que Plouhéran chez Delcourt, Majo no Michi rejoint avec La Ride et Tous les vélos de ma vie, un petit club (une avant-garde diront peut-être les experts dans quelques années ?) de jeunes auteurs épris de vélo, qui semblent peu intéressés par le Tour de France et ses exploits sportifs, et préfèrent utiliser leurs biclous comme recours narratif pour parler différemment de leur monde et des problématiques qui le définissent.

Majo No Michi de Tony Concrete. Ed Dargaud
©Dargaud

Voir en ligne : La pensée écologique

Par Jorge SANCHEZ

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Code EAN : 9782205210903

Majo No Michi, Le sentier des sorcières - Par Tony Concrete. Éditions Dargaud, col. Combo 288 pages - 13€ 50.

– La chronique "La fleur au guidon et l’Orient au cœur" par Jorge Sanchez

– La chronique "La Ride de Simon Boileau et Florent Pierre : à la conquête de la liberté" par Jorge Sanchez

– La chronique "Tour de Belgique Vs Tour de France" par Laurent Melikian

– La chronique "Tous les vélos de ma vie" par Damien Boone

[1] Espérons que cet album ne tombe jamais entre les mains de certains de nos dirigeants, de peur qu’ils n’en tirent de sombres inspirations...

[2] Ecospirituality weaves ecology and spirituality, tackling the idea that the ecological crisis is mainly a values crisis tied to our spiritual essence. Article. Traduction de l’auteur

Dargaud à partir de 13 ans Aventure Ecologie France Strasbourg Rome
 
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