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Sage est un roman graphique profondément introspectif dans lequel Quentin Zuttion explore sa propre vie, ses peurs, ses angoisses et la manière dont elles l’ont amené à se renfermer dans ses désirs et ses actions. On y suit son quotidien à un moment où l’anxiété est devenue étouffante : il vit paralysé, reclus, peinant à ouvrir ne serait-ce que la porte de son appartement.
Cette anxiété, Zuttion la matérialise sous la forme de « créatures » invisibles aux yeux des autres, mais omniprésentes dans son esprit. Pour comprendre l’origine de cet état, il remonte le fil de son histoire : son enfance, son rapport à sa mère, la découverte de son orientation sexuelle, la culpabilité, sa place sociale et les injonctions familiales et culturelles qui l’ont façonné.
C’est en cela que le livre interroge également la notion de désir. Zuttion y dévoile ce tiraillement entre ce que l’on voudrait être et ce que l’on pense devoir être. Au fil du récit, il ne cherche donc pas tant à éradiquer l’anxiété qu’à apprendre à vivre avec elle, à comprendre d’où elle vient, à faire la paix avec ses envies et ses blessures.
Lors de notre rencontre, nous avons découvert un Quentin Zuttion touchant mais certainement pas fataliste quant au fait de vivre avec son anxiété. Il nous parle ainsi de son appartement, source de son inspiration, à la fois comme un cocon réconfortant et une prison tyrannique.
La singularité de Sage réside dans le fait que Quentin Zuttion ne parle pas d’un « après », d’un moment où tout irait mieux. Il nous plonge plutôt dans l’instant du trouble, au cœur même des angoisses, dans la matière brute de la douleur. Si ses précédents albums touchaient déjà par leur justesse émotionnelle, celui-ci franchit un palier en authenticité : en s’adressant directement au public, notamment par l’usage du "tu", deuxième personne du singulier. Ouvrant la porte de son intimité la plus profonde. Il nous invite, nous mélange à sa propre histoire.
Ce qui frappe, c’est la simplicité de son approche : il ne cherche pas à intellectualiser son vécu, mais à dire le vrai. Dans cette sincérité, il touche à l’universel. C’est sans doute là que réside la beauté de son œuvre : dans cette capacité à transformer la vulnérabilité en force, et à montrer, à travers l’art, ce qui le transcende. Chapeau !
Pour cet entretien, Quentin Zuttion nous amène dans les lieux qui ont rythmé sa vie lors de l’écriture de l’album. Un voyage dans l’intimité d’un auteur brillant, drôle, attachant et touchant.
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