Cent ans sans solitude – Par Joann Sfar – Ed. Gallimard

Par Didier PASAMONIK Bon 2 octobre 2025 
Les Carnets de Joann Sfar ont cette vertu : ils figent l’instant, ce qui est précieux dans un monde où tout se fait en courant, en scrollant, en pratiquant plusieurs tâches à la fois (jadis cette vertu n’était prêtée qu’aux femmes…), emportés que nous sommes par le flux du temps qui passe. C’est une vertu car on pourra y revenir dans cinq ans, dans dix ans, dans vingt ans, lorsque que les dingues qui occupent l’actualité seront six pieds sous terre, et nous aussi peut-être...

Dans le roman fantastique de Gabriel García Márquez, Cent ans de solitude, un pur chef d’œuvre, chacun des membres de la famille Buenda est seul face à un destin qui s’impose à eux, peut-être parce qu’ils n’ont pas vraiment su s’ouvrir au monde...

Joann Sfar ne se sent pas seul, avec sa famille, sa chère ville de Nice, ses projets (dix films et autant de bandes dessinées en cours, si je ne me trompe pas, mais je n’arrive pas à compter), tous sont dans la tête du dessinateur le plus suractif de la scène de la bande dessinée française.

Ce carnet court de septembre 2022 à novembre 2024. Au milieu, un gros gap : le 7 octobre 2023. Il n’y est pas. Rien. Nada. Où est-il ?

En fait, il a été exfiltré, nourrissant deux gros volumes dont nous avons parlé ici : Nous Vivrons ! et Que faire des Juifs ? où Sfar, c’est paradoxal, alors que sa tête est habitée, parle de la solitude des Juifs de France face à l’indescriptible qui s’est passé là-bas.

On est obnubilé par cette absence en tournant les pages de ce livre, en dépit des choses dont Sfar nous abreuve : son intention de créer sa propre maison d’édition (idée abandonnée apparemment), son projet d’adapter au cinéma Voyage au bout de la nuit de Céline, un écrivain qui constitue «  la face nord » de l’antisémitisme en France. Comment le juif Sfar va-t-il traiter le sujet ? Lui-même s’interroge.

On y pense aussi quand il profite des joies simples, de son jeune fils, de ses aînés venus le temps d’un été de vacances. Et puis arrive le 7 octobre suivant en 2024. Nice lui commande un monument-souvenir. Il s’intitule « Nous vivrons », l’Haï hébreu se découpant dans une silhouette de quidams. «  On vivra assez vieux pour voir la paix  ? » interroge le chat. Dans laquelle de ses neuf vies ? se demande Sfar et nous, ses lecteurs.

Par Didier PASAMONIK

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9782075223461
CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Didier PASAMONIK  
A LIRE AUSSI  
Romans Graphiques