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Il faudra un jour écrire l’impact particulier des savants dans l’histoire de la bande dessinée. Les vrais, pas les Tournesol de fiction. Déjà, dans les débuts de la bande dessinée, dans les années 1880, un savant travaillant pour le Museum d’Histoire naturelle de Paris, je veux parler du dessinateur Georges Colomb alias Christophe, le créateur de La Famille Fenouillard, faisait ses petits dessins clandestinement, dans le secret de son bureau.
Pour Pierre Strinati, fils d’industriel du textile dont il reprit l’entreprise familiale, le schéma est un peu le même. S’ennuyait-il à vendre ses tissus ? Toujours est-il qu’il fut tour à tour, si l’on en croit le spécialiste suisse de la BD Ariel Herbez, « zoologue, spéléologue, explorateur, photographe, passionné d’astronomie, de conquête spatiale, de dirigeables, de voitures anciennes… » Et surtout de science-fiction, sous toutes ses formes et notamment l’une de ses plus libres : la bande dessinée.
En Juillet 1961, il publia dans la revue Fiction des éditions Opta un article intitulé Bande dessinée et science-fiction, l’âge d’or en France (1934–1940). Cet publication provoqua un afflux de courrier et d’échanges hors du commun avec des amateurs de bande dessinée qui se découvraient une communauté.
Dans cet article, il parlait des bandes dessinées de son enfance : les tabloïds d’avant-guerre : Le Journal de Mickey, Robinson, Hurrah ! ou Spirou qui publiaient les premières BD de SF venues des Etats-Unis : Brick Bradford, Flash Gordon, Superman…
En ces temps où la presse BD était la norme et où les recueils d’aventure en albums étaient rares, ces souvenirs d’enfance avaient le plus souvent disparu. D’où la constitution de clubs d’échanges, calqués sur les clubs de cinéphiles, et de revues érudites, les fameux « fanzines « .
L’un des principaux dessinateurs de la revue Fiction était un certain… Jean-Claude Forest, le futur créateur de Barbarella. Devenus amis, Forest et lui participèrent à la création d’un premier Club de bande dessinée (CBD) qui réunit des personnalités aussi prestigieuses que l’éditeur Paul Winkler, les cinéastes Alain Resnais et Federico Fellini, le sémiologue Umberto Eco, le scénariste René Goscinny, la sociologue Evelyne Sullerot, l’historien de la littérature Francis Lacassin ou encore le chercheur en sciences sociales Pierre Couperie. Tous ont joué un rôle plus ou moins important dans la légitimation de la bande dessinée.
Dans la foulée, sur le modèle des clubs de SF, un réseau international se constitua suscitant le premier Festival de BD à Bordighera en Italie en 1965. Strinati y donna une conférence sur le surréalisme et la BD. Dans les années 1980, il participa à la réédition de séries américaines des années 1930–40 aux éditions Slatkine.
L’autre domaine -plus conséquent celui-là- où Strinati laissera sa marque, c’est dans la biospéléologie. On le crédite de près de 1600 explorations cavernicoles et de la découverte de 295 espèces animales découvertes (dont 61 portent son nom) ! Une autre forme d’exploration et d’érudition de la part de cet homme étonnant qui nous a quittés à l’âge de 97 ans.
Par Didier PASAMONIK
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En médaillon : Photo de Cuno Affolter
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