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Pas mal
31 juillet 2025
Carol est « cliente mystère » : elle se rend incognito dans des hôtels de luxe afin d’en évaluer la qualité des services, et si possible en forçant le test de la patience du personnel, pour des guides touristiques ; constamment en voyage, la crise sanitaire la force à rentrer chez elle, à Bilbao. Le confinement l’empêche de visiter son père, Vicente, veuf. Cela étant, sans être fâchés, père et fille n’ont jamais noué de lien relationnel fort. Enfin, Omar est un jeune réfugié marocain qui, le jour de ses 18 ans, est mis à la porte d’un foyer d’accueil.
Tous trois, de gré ou de force, réagissent différemment face au confinement : Carol s’accommode de la situation en cuisinant, en faisant le ménage, en entretenant son corps, avec un quotidien rythmé par les inquiétantes informations télévisées. Elle applaudit les soignants depuis son balcon. Omar, quant à lui, doit survivre : il trouve une activité pour venir en aide aux plus démunis en leur apportant de la nourriture à domicile, tout en devant justifier de sa situation auprès de policiers prompts à arrêter quiconque se trouve dans l’espace public (surtout s’il n’est pas « couleur locale »). Carol apprend que son père est transféré en soins intensifs. Elle ne peut pas se déplacer mais une question la taraude : qui a bien pu prévenir les secours, alors que son père est isolé ?
Les auteurs espagnols nous replongent donc dans un épisode traité jusqu’à la moelle, quoiqu’on trouvera sans doute toujours des manières originales de l’aborder. Mais ce n’est pas vraiment le cas ici : si le récit et le découpage, très lisibles, favorisent une lecture plutôt agréable et rapide au regard des 170 pages, le scénario, plein de bons sentiments, est un peu éculé : une énigme familiale, un questionnement sur la solidarité intergénérationnelle, la belle histoire entre une autochtone et un migrant courageux que tout semble séparer... José Antonio Pérez Ledo scande l’ouvrage en trois parties égales : on suit d’abord Carol, puis Omar, et enfin les destins se croisent. Le dessin d’Alex Orbe, semi-réaliste, bicolore, a le mérite indéniable d’insister sur des regards fuyants qui appuient le sentiment de perdition des deux principaux personnages face à une situation inédite. Bref, c’est agréable, mais sans fulgurance particulière.
Par Damien BOONE
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