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Bof
17 septembre 2025
L’intrigue remet Dai au centre de la mêlée. C’est dans ces rues où la musique vit à chaque coin de trottoir, entre loyers invraisemblables et concerts sous haute tension, qu’il va tenter de s’imposer comme le leader d’un quartet dans une ville qui, chaque nuit, dévore les rêves des musiciens venus du monde entier. L’ambiance est électrique, l’inspiration fébrile : le style de Dai commence à résonner entre les gratte-ciel, mais la compétition est rude, et la reconnaissance, incertaine.
Shinichi Ishizuka, mordu d’alpinisme et de jazz, s’illustre encore une fois par ses planches ultra-intenses : chaque case vibre de l’énergie féroce du sax’ ténor. On retrouve cette façon si singulière de mettre en scène les émotions : le souffle de l’artiste, le son qui s’affranchit de la case, les visages transcendants de passion. Si le jazz est le fil rouge, c’est bien le cheminement humain qui occupe le véritable cœur de cette odyssée musicale.
Et pourtant, voilà qu’il me faut confesser, dans un esprit d’honnêteté journalistique : l’univers du jazz ne m’a jamais vraiment parlé. Ce swing qui fait trembler l’âme, cette quête de la note bleue… tout cela m’échappe un peu, comme un langage qui ne serait pas le mien. Néanmoins, motivé par une volonté d’ouverture propre aux lecteurs quinquagénaires, j’ai voulu « ouvrir mes chakras », donner sa chance à cette nouveauté encensée.
Las, triple las, la lecture ne s’est pas faite sans heurts : le style graphique, à la fois ultra expressif et typé, m’a perpétuellement maintenu à distance.
Ces visages volontairement déformés, ces postures fiévreuses, cette intensité brute… si certains y verront l’illustration parfaite du jazz, pour moi l’effet aura été inverse.
L’autre détail rédhibitoire à mes yeux est la typographie utilisée. Ça peut sembler anecdotique, mais ma lecture se heurtait sans arrêt sur les arêtes saillantes des lettres…
J’ai eu l’impression d’assister à un concert dont la partition m’était fermée : la passion déborde des pages, mais laisse à la porte ceux qui ne vibrent pas immédiatement à son tempo.
Blue Giant Momentum reste une fresque captivante, une leçon de ténacité et de talent, portée par un auteur habité par sa passion.
L’œuvre touche visiblement un public large, y compris ceux qui, à la base, ne sont pas familiers du jazz.
Mais, de toute évidence, il faut accepter de s’immerger dans un univers où la musique modèle tout : le rythme du récit, la forme des visages, la tension dramatique.
Aux fans inconditionnels, cet opus ne manquera pas de provoquer le frisson.
Aux plus réticents – les hermétiques comme moi – il demandera sans doute un effort d’écoute, un lâcher-prise pour accepter de se laisser embarquer loin de ses habitudes, quitte à être bousculé par sa radicalité graphique.
Un volume à recommander donc aux passionnés et aux curieux de tous horizons, mais en gardant à l’esprit que l’expérience sera autant musicale que visuelle, et qu’elle ne conviendra pas à toutes les oreilles.
Par Milan MORALES
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