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Excellent
3 février 2025
Le 25 décembre 1932, l’USG concède une sévère défaite (1-4) au Beerschot, l’un des club d’Anvers. Le capitaine des unionistes, Jules Pappaert, promet alors au président du club que l’équipe ne connaîtra plus la défaite jusqu’au terme de la saison. Promesse tenue et même bien au-delà ! De janvier 1933 au 10 février 1935, le club ne perdra pas un match de championnat. Ce qui lui permet au passage de remporter trois titres nationaux, après une décennie de disette.
L’Union Saint-Gilloise est un monument du football belge. Créée en 1897, l’équipe s’impose rapidement comme l’un des clubs majeurs du pays. Elle remporte son premier championnat en 1904, en mettant fin à la domination d’un autre club de la capitale : le Racing Club Bruxellois. L’Union remporte encore six championnats jusque 1914, avant que la guerre ne brise cet élan. À une époque où les coupes d’Europe n’existent pas, le championnat belge est probablement l’un des plus relevés, après l’Angleterre, terre natale du football. De nombreux tournois amicaux et confrontations internationales permettent de situer l’Union dans l’élite du football européen. La réussite est moindre durant l’après-guerre. Dans son nouveau Stade du parc Duden, l’Union ne remporte qu’un seul titre (1923) et rentre provisoirement dans le rang, jusqu’au début des années 1930. Nous revoilà donc en ce jour de Noël 1932. Cette défaite est indigne de l’USG et il est temps pour elle de retrouver son lustre d’antan.
C’est via le regard de Léon, un ouvrier du quartier des Marolles - connu pour son fameux marché aux puces où Tintin déniche sa Licorne -, que l’aventure est racontée. Léon est un supporter de longue date. Étant plus nerveux que les joueurs eux-mêmes à l’approche des matches, il lui faut aussi quelques heures pour décompresser après le coup de sifflet final. Il vit football, il pense football, il parle football. Et ce, même quand il vient soutenir son épouse en manifestation, pour revendiquer le maintien des allocations de chômage pour les femmes mariées.
Le 8 janvier 1933, les « Jaune & Bleu » dont match nul dans leur stade, rebaptisé « Joseph-Marien » en 1931, du nom d’un ancien président du club. Au moins, l’Union n’a pas perdu. Et si ce nouveau caleçon jaune et bleu avait porté bonheur ? Puisque les supporters sont superstitieux, dans le doute, Léon le mettra à chaque match. Ainsi commence l’aventure. Léon assiste à tous les matches, tant à domicile qu’à l’extérieur. Pas à pas, l’Union enlève le titre en 1933, puis en 1934 et enfin en 1935, même si la folle série s’est arrêté au cours de cette dernière saison.
Le risque, pour un auteur proche de son sujet, est de relater les faits en les idéalisant sur le mode de l’épopée. Si de nos jours l’exploit des Saint-Gillois – encore inégalé à ce jour en Europe – est entretenu comme tel, Serge Hologne ne tombe pas dans le panégyrique. Certains matchs sont serrés. Les supporters doutent parfois de leur équipe et n’hésitent pas à souligner que les joueurs ont joué comme des klettes, voire comme des sukkeleirs. Les confrontations les plus importantes sont rapportées avec neutralité, tandis que d’autres sont seulement évoquées grâce à des affiches d’époque redessinées.
Le style graphique se veut sobre. Les tonalités sont plutôt sombres, proches du sépia, et contribuent à donner l’impression d’ouvrir un vieil album photos. Seules les couleurs des maillots sont fidèles, mais elles ne tranchent pas forcément avec cette ambiance. Illustrant une autre époque, elles sont moins criardes, presque pâles. Dans un décor parfois réaliste, les actions de jeu – plutôt rares – ne sont que des évocations de quelques mouvements, sans doute inspirées de la presse sportive des années 1930. Il est périlleux de tenter de restituer visuellement un sport et des manières de jouer, qui sont différentes de celles d’aujourd’hui.
Lors de cette saison 1932/1933, on inaugure seulement la première saison professionnelle de l’autre côté de la frontière. Le vainqueur, l’Olympique Lillois, n’a sans doute pas grand chose à voir avec l’actuel PSG. Hologne ne manque pas aussi de partager l’ambiance de zwanze et de camaraderie typiques de l’Union, avec des supporters qui se rendaient au stade en habits du dimanche.
Les plus fanatiques retrouveront avec plaisir les vedettes de l’époque (Jean Claessens, Pierre Weydisch, François Vanden Eynde...), ainsi que des clubs historiques (Cercle de Bruges, Standard de Liège).
Le livre ne parle pas que de football. Il est en effet ancré dans un cadre social très situé. Léon travaille dans un entrepôt de camions et a manifestement une vie modeste. Le quartier des Marolles est historiquement un quartier populaire, dominé par l’ombre menaçante du Palais de justice. On y parle parfois le brusseleir – comme déjà évoqué au-dessus – à coups de « Fieu ! » et, pour un supporter de l’Union, la hantise est bien de se prendre une ramelink.
En arrière plan, l’exposition universelle de 1935 est en préparation. Bruxelles est en pleine transformation, prélude à la bruxellisation et à la disparition progressive de l’identité ouvrière d’un quartier, de nos jours, en partie gentrifié.
Une vue du stade Joseph-Marien en septembre 2024
Photo : Damien Boone
Depuis trois ans, l’Union a retrouvé l’élite nationale et même la coupe d’Europe, en manquant de peu, chaque année, le titre de champion national. Dans son stade désuet, le club affiche ses ambitions et n’oublie pas son histoire, entretenue notamment par le remarquable travail d’archives de Yves Van Ackeleyen qui a prêté main-forte à ce projet (quelques documents ponctuent l’ouvrage, comme la reproduction d’une authentique carte d’abonné 1933-1934). Lui et quelques autres entretiennent la marque « Union 60 », qu’on retrouve sur quelques écharpes de fidèles. Elle rappelle un football révolu, dont l’ombre plane tous les 15 jours au-dessus du parc Duden.
Par Damien BOONE
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D’un tirage modeste, l’album est disponible en dépôt dans les librairies bruxelloises suivantes :
Saint-Gilles : Le Léviathan (Rue du Fort 28), Les Yeux Gourmands (Av. Jean Volders 64), Poëtini (Rue de Roumanie 28) et BDWeb (Rue de Tamines 25) ;
Auderghem : Librairie Saint-Julien (Chaussée de Wavre 1285, 1160 Auderghem) ;
Schaerbeek : Chez Schaerbook (Av. Léon Mahillon 91) ;
Bruxelles 1000 : Multi BD (Bld. Anspach 122) ;
Et à la FNAC Toison d’Or (Av. de la Toison d’Or 17, 1050 Bruxelles)
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