Tintin est en colère, mais Tintin le fera savoir en dansant et en souriant. Ce samedi 1 février, quelque 500 manifestants ont dansé, chanté et défilé dans les rues d’Angoulême pour célébrer le 3e « Carnaval des luttes » organisé en marge du FIBD. Lancé à l’initiative des étudiants de l’École européenne supérieure de l’image d’Angoulême (Eesi), des militants d’une ribambelle de collectifs et d’associations de défense de l’environnement, des LGBT+, des Palestiniens ou de collectifs anti-Bolloré se sont grimés pour se joindre à la fête.
C’est à 14 heures, au pied de la cheminée du campus de l’Eesi en bord de Charente, que les militants bariolés se sont retrouvés. Dans la foule, les manifestants ont pour la plupart respecté le thème de Carnaval (historiquement une fête populaire dont le but est de se moquer et de dénoncer l’ordre établi). Les militants sont maquillés, vêtus de tuniques chamarées et coiffés de chapeaux à grelots. Ce sont de véritables bouffons prêts à se moquer de la statue en carton-pâte du « roi Macron » comme l’appellent les manifestants avec un rictus non dissimulé.
« Artistes partout, argent nulle part »
Après les prises de paroles des étudiants de l’Eesi, qui déplorent le manque de moyens alloués à la rénovation de leur campus « tombant en ruine », la batucada et les chants antifascistes ont mis en marche le cortège. Remontant vers le centre-ville, les pancartes « Artistes partout, argent nulle part » ou encore « Bondoux démission » sont brandies et les slogans anti-racistes fusent un temps avant que soient entonnés des chants contre la précarité des artistes auteurs, sans que soient cachées les mentions à la Ministre de la Culture. « On chante et on danse pour que l’on entende notre colère ! », entend-on quand des gigues commencent.
Remontant vers le centre-ville, la pacifique foule en liesse s’est arrêtée au niveau de la bulle officieuse pour Gaza, exposant des BD d’artistes gazaouis comme celle du dessinateur Mohammad Sabaaneh : 30 secondes à Gaza. Venu à Angoulême depuis Jénine (en Cisjordanie) pour présenter son travail de reportage en BD sur la vie à Gaza depuis la reprise du conflit et des bombardements après le 7 octobre, le dessinateur a réitéré ses demandes pour que cessent les violences et pour que la paix soit pérenne au Moyen-Orient.
Braver l’interdit
En dépit de l’interdiction prononcée par la préfecture, de pénétrer dans le centre-ville d’Angoulême pendant le FIBD, les manifestants ont ensuite déboulé sur la place de la Mairie, sous le regard circonspect des festivaliers. Si certains bédéphiles ont rejoint les bouffons d’une après-midi, d’autres s’interrogent ou sont critiques de ce charivari. « On est là pour dénoncer l’extrême droitisation des maisons d’édition rachetées par Bolloré, » explique une militante vêtue d’une marotte bigarrée à une passante curieuse sortant de la Bulle du Nouveau Monde où se trouvent la plupart des éditeurs alternatifs.
Après un show de l’artiste drag « Isabeau regard », qui a fait un véritable plaidoyer pour les services publics, c’est au tour du brûlant sujet #MetooBD d’être évoqué. Dans la foule, le soutien à Chloé (nom d’emprunt d’une employée du FIBD, dénonçant un licenciement abusif en février 2024 après avoir fait remonter des faits d’agressions sexuelles commises par un collègue de travail) se lit sur toutes les lèvres.
« On fait rien de mal, on danse et on s’amuse ! »
Les prises de paroles terminées, la fête militante a poursuivi son chemin en direction de la statue d’Hergé, où un Tintin grimé s’amuse avec la statue de son créateur, toujours sous surveillance des forces de l’ordre. Membre de l’association Beta, Églantine (c’est un pseudonyme), danse au rythme de la batucada. « C’est important de défiler dans le festival. Il faut que les gens nous entendent et nous voient, explique-t-elle. Et on fait rien de mal, on danse et on s’amuse ! »
En fin d’après-midi, le carnaval s’est dispersé au niveau du centre commercial du Champ de Mars. Aucun débordement n’a été à déplorer. Seule la façade du restaurant Quick, sponsor mal aimé du FIBD 2025, devant la mairie, a été aspergée de peinture noire. De « l’art séquentiel », selon le dessinateur Mathieu Bablet,qui a repartagé des photos d’un Lucky Luke mazouté sur X (ex-Twitter).
Croisé au niveau du restaurant, le délégué général du FIBD, Franck Bondoux était visiblement embêté par le tag (nettoyé en début de soirée, tous comme les stickers qui étaient collés çà et là sur la place de la mairie). Il n’a pas souhaité réagir à une manifestation selon lui indirectement liée au FIBD. « Je donne priorité à l’organisation du festival, lance-t-il. Les festivaliers ont l’air heureux. » Le carnaval ne semble pas avoir terni cette bonne humeur, au contraire.
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