Amazing Améziane a inventé son propre style de roman graphique, une sorte de cinéma de papier où bande dessinée, textes illustrés, dessins pleine page, en noir & blanc ou en couleurs, se mélangent pour raconter avec enthousiasme et parti-pris les parcours de grands cinéastes comme Martin Scorsese, Quentin Tarantino, Sergio Leone ou Francis Ford Coppola, quand il ne touche pas à d’autres domaines (Angela Davis, 1984 de George Orwell, Le Comte de Monte-Cristo, etc.). Dans son nouvel opus, cet auteur inventif rend hommage à Steven Spielberg, le cinéaste le plus rentable de l’histoire du cinéma, mais aussi l’un des plus influents et des plus importants de sa génération. Avec son style unique, à la fois cinématographique et inspiré des comics, Améziane déroule la vie de Spielberg, né en 1946 à Cincinnati (États-Unis).
Il raconte une enfance fascinée par le cinéma et un premier contrat au pôle TV d’Universal à 22 ans. Alors que l’âge moyen des techniciens sur le plateau est de 55 ans, Steven, 24 ans, réalise le premier épisode de la future mythique série Colombo ! « Il est bon, le kid, il ira loin… » prédit alors Peter Falk, impressionné par les trouvailles du jeune homme. Toujours pour la télévision, Spielberg réalise son premier chef-d’œuvre, Duel, un téléfilm adapté d’une nouvelle de Robert Matheson qui raconte l’histoire, en Californie, d’un camion dont le chauffeur – invisible aux yeux des téléspectateurs – poursuit un voyageur de commerce sans relâche et sans motif apparent. Le téléfilm tourné en douze jours plaît tellement aux producteurs qu’ils décident de le sortir sur grand écran, ce qui va donner de la visibilité au jeune cinéaste californien.
Au sein de sa bande d’amis talentueux – Brian de Palma, Martin Scorsese, George Lucas, Francis Ford Coppola – Steven Spielberg est le dernier à accéder au plaisir de faire du cinéma. Il réalise en 1975 Les Dents de la Mer, tournage qu’il qualifie comme « le plus difficile de toute sa vie ! ». Alors qu’il a décidé de tourner ce Jaws (les mâchoires, le titre original, en anglais) sur l’océan et non en studio, il va avoir toutes les peines du monde à faire fonctionner le requin mécanique préparé pour les prises de vue. Les difficultés s’accumulent et la phrase la plus entendue sur le tournage est « the shark is not working » (le requin de fonctionne pas). Fautes d’effets spéciaux, le cinéaste va jouer la carte du suspens, portée par l’angoissante musique à deux notes de John Williams, qui signe la première de ses vingt-neuf compositions pour un film de Spielberg. Reconnu comme l’un des premiers blockbusters du cinéma – 470 millions de dollars de recette dans le monde – ce long-métrage ne sera détrôné que par Star Wars, de son ami George Lucas, en 1977.
Dans son ouvrage, Amazing Ameziane détaille la fabuleuse carrière de Steven Spielberg, avec, par exemple, Rencontres du Troisième Type, où le réalisateur français François Truffaut fait l’acteur, suivi du premier échec du cinéaste, 1941, interprété par les deux Blues Brothers, Dan Aykroyd et John Belushi.
Faute de pouvoir tourner un épisode de James Bond, Spielberg va ensuite inventer avec son ami George Lucas le personnage d’Indiana Jones – interprété par l’impeccable Harrison Ford –, dont les trois opus (les deux suivants étant moins intéressants) vont régaler des millions de spectateurs.
Aussi nécessaire que difficile, le tournage de la Liste de Schindler, en 1993, fut particulièrement éprouvant pour Spielberg. « Je suis venu avec toute ma famille en Pologne. Ils m’ont permis de tenir pendant le tournage. Car si j’étais capable de travailler des heures durant pour imaginer les aventures d’Indiana Jones, Il était clair que pour mettre en scène la Shoah, je devais me ménager et rentrer à la maison tous les soirs, pour me noyer dans l’amour. Je n’aurais jamais pu rester là-bas tout seul. Le tournage a été très dur. C’était juste insoutenable, et pourtant c’était la version hollywoodienne. »
Dans ce roman graphique, l’auteur consacre bien sûr quelques pages au film Les aventures de Tintin, le Secret de la Licorne, tourné en 3D par Spielberg en 2011. Le cinéaste avait découvert l’univers de Tintin en 1981, après le succès des Aventuriers de l’Arche perdue, par l’intermédiaire de la scénariste Melissa Mathison (alors compagne d’Harrison Ford), qui lui avait offert un exemplaire du Crabe aux pinces d’or. Dès 1982, il avait pris contact avec la société Casterman pour un projet de film. Hergé accueille favorablement cette demande et une rencontre entre les deux hommes est prévue à Bruxelles à la fin du mois de mars suivant. Mais elle n’aura jamais lieu, le dessinateur étant décédé le 3 mars 1982… Bien fait techniquement mais décevant pour une partie des afficionados de l’univers de Tintin, ce film – le premier d’une trilogie qui devait être réalisée avec Peter Jackson – n’aura pas de suite, par la faute d’un manque de succès du long-métrage aux États-Unis.
Au final, dans cet album, Amazing Ameziane éclaire d’un regard curieux et bienveillant la carrière exceptionnelle de Steven Spielberg. Une carrière qui explore de nombreux genres cinématographiques différents, avec aujourd’hui un total de 36 films, couronnés par des échecs, des succès et des triomphes. Steven Spielberg est tout à la fois le cinéaste le plus rentable de l’histoire du cinéma (12,055 milliards de dollars de recettes dans le monde) et un authentique auteur qui a réalisé nombre de films phares des dernières décennies : les Dents de la Mer, les Aventuriers de l’Arche perdue, E.T. l’extra-terrestre, la Couleur pourpre, Jurassic Park, la Liste de Schindler, Il faut sauver le soldat Ryan, etc.
Par Dominique ERNST
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Spielberg – Par Amazing Améziane – Ed. du Rocher
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