Bon
3 décembre 2024
Il y a dans la production de Joann Sfar, surtout dans ses carnets, quelque chose de l’égotisme des réseaux sociaux, voire de la télé réalité car, comme eux, ces carnets spontanés ont quelque chose de scénarisé. Mais comme eux, ils arrivent à captiver notre attention et à nous fasciner tant la vie de Sfar sort de l’ordinaire. On ne peut pas s’en déscotcher.
Le précédent ouvrage s’achevait sur la Guerre en Ukraine. Elle vient de commencer, il y a le massacre de Boutcha. Sfar pense à un précédent qui s’est déroulé sur cette terre : la Shoah par balles, où les juifs, femmes, enfants, hommes et vieillards se faisait trucider par les troupes allemandes. Un reportage TV montre Zelensky à Boutcha, sur les lieux du massacre. Les mines sont graves. Joann Sfar est révolté, l’écho qu’on en fait en France ne lui semble pas à la hauteur du symbole. Un crime recouvre l’autre, hélas. L’oubli et l’ignorance sont les choses les mieux partagées du monde. Dans la campagne électorale française qui a lieu alors, les excuses que certains trouvent à Poutine le révulsent : « Refuser d’armer l’Ukraine, écrit Sfar dans son écriture ronde caroline, ce n’est pas du pacifisme, c’est de la collaboration. »
Ces considérations sont entrecoupées de souvenirs d’enfance, avec son avocat de père notamment, un esprit profond dont les réflexions échappaient au Joann Sfar de dix ans. Les événements qui défraient l’actualité ramènent ces conversations en mémoire, les éclairent par le présent et inversement, le passé éclaire ce que l’on vit aujourd’hui.
S’insèrent ses réflexions d’enseignant, car oui, Sfar enseigne aussi aux Beaux-Arts. Frappé par le syndrome d’imposture, il décrète : « Le dessin fait partie des sciences humaines » ou encore : « Les bandes dessinées sont une syntaxe du dessin. » Vous avez deux heures…
Entre les conversations avec son chien, la visite chez son fils au Colorado, et un hommage à Sophie Castille, responsable des droits étrangers chez Dargaud, qui a promu Le Chat du rabbin à l’international et qui vient de décéder à Berlin, on vit le quotidien de l’artiste avec un décalage de deux ans. Il ne s’ennuie pas. Nous non plus.
Par Didier PASAMONIK
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