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Bonjour, monsieur et madame Habara. Pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre œuvre ?
Nobuyoshi : Bonjour, je m’appelle Nobuyoshi Habara. Je suis entré dans le monde de l’animation en 1982 et, depuis, j’ai été concept artist pour des personnages et des robots, producteur, et aujourd’hui, je suis réalisateur.
Kumiko : Je suis Kumiko Habara. J’étais animatrice, mais j’ai arrêté lorsque j’ai eu des enfants. Ils ont grandi depuis, et je suis retournée dans le monde de l’animation, d’abord comme productrice, puis comme assistante à la réalisation, et maintenant comme réalisatrice.
D’où vous vient cette passion pour l’animation ?
Nobuyoshi : J’adore voir des images prendre vie. Quand j’étais petit, je dessinais des « flipbooks » dans mes cahiers, et j’étais fasciné par le fait de donner vie aux images et par la manière dont on pouvait transmettre des émotions grâce au dessin. Je ressens toujours cette passion aujourd’hui.
Kumiko : Enfant, j’adorais Triton, du maître Osamu Tezuka, qui était diffusé pendant les vacances d’été. J’ai même fait partie, pendant un temps, d’un fan-club de Triton ! Puis, lorsque je suis entrée à l’université, j’ai suivi un cours d’animation, et cela m’a véritablement poussée vers ce métier, même si je réalisais déjà de petites animations au lycée.
Dans les années 1980, l’animation était réalisée avec des celluloïds et d’autres méthodes analogues, alors qu’aujourd’hui, tout est numérique. Que pensez-vous de cette différence ?
Nobuyoshi : Le passage au numérique nous a donné la possibilité de mettre en place des méthodes de travail permettant de corriger les erreurs jusqu’à la dernière minute, et je pense que cela a contribué à améliorer la qualité de l’animation. En revanche, avec l’animation sur celluloïd, nous repoussions nos limites pour mener un projet à son terme, ce qui lui donnait un caractère très concret. Comme nous partions du principe que nous ne pourrions jamais faire mieux, nous étions plus audacieux qu’aujourd’hui.
Avez-vous l’impression de devoir corriger davantage de choses, maintenant que le numérique vous en donne la possibilité ?
Nobuyoshi : Oui. Aujourd’hui, on se doit de tout faire à la perfection. Une différence majeure, c’est que, dans les anciens anime, le directeur de l’animation changeait à chaque épisode. Si vous regardez des séries comme Goldorak, l’animation change d’une semaine à l’autre. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas. Avec le numérique, tout est devenu beaucoup plus homogène.
Kumiko : Avant, tout était dessiné à la main, mais maintenant, on utilise une combinaison de différents outils, comme les caméras virtuelles. Les spectateurs disent souvent que l’animation est incroyable, mais je pense qu’ils louent en réalité des éléments qui ne relèvent pas de l’animation à proprement parler, mais plutôt de la cinématographie ou de l’infographie. Désormais, l’animation n’est plus qu’une étape parmi d’autres : c’est un processus global dans lequel différents éléments font partie intégrante de la production.
Madame Habara, vous disiez avoir mis votre carrière dans l’animation entre parenthèses pour élever vos enfants avant d’y revenir plusieurs années plus tard. À quel point le secteur avait-il changé à votre retour ?
Kumiko : Cela n’avait plus rien à voir ! Quand je suis partie, tout était encore réalisé selon des méthodes traditionnelles : on coloriait les celluloïds avec de la gouache. À mon retour, tout était passé au numérique. Lorsque j’utilisais les termes de l’époque pour donner mes instructions, les nouveaux animateurs ne comprenaient pas ce que je disais. Il y avait un énorme fossé générationnel, et il m’a été très difficile de m’adapter.
Avec l’animation traditionnelle, chaque image était composée de plusieurs cellos photographiés individuellement, mais avec le numérique, tout n’est plus qu’un ensemble de données. J’ai donc dû tout réapprendre depuis le début, en commençant par comprendre ce qu’étaient une base de données ou un calque numérique.
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle est au cœur des débats sur l’art et la création. Quel est votre avis sur la relation entre l’IA et l’animation ?
Nobuyoshi : Lorsque l’animation est passée du celluloïd au numérique, il y a aussi eu l’apparition de la 3D. Au départ, les modèles 3D ne s’intégraient pas bien aux personnages dessinés, et beaucoup l’ont décriée. Mais, au fil du temps, elle s’est énormément rapprochée de l’animation 2D, si bien qu’aujourd’hui, elle est devenue indispensable.
De la même manière, si l’IA peut encore paraître artificielle et susciter une certaine réticence, je pense que cette perception évoluera en fonction du niveau de maîtrise de l’utilisateur. Sa capacité à exprimer les émotions des personnages continuera de progresser. Je peux donc imaginer un avenir où l’IA sera utilisée de manière créative pour produire des images, comme on est passé autrefois du crayon à la tablette graphique.
Vous ne semblez pas inquiet sur le sujet ?
Nobuyoshi : C’est exact. Au contraire, je pense que certaines choses pourront être faites grâce à l’IA. Mais si le processus devient trop facile, le résultat final paraîtra lui aussi facile et bâclé. Pour transmettre des émotions, il faut apporter à l’IA un petit quelque chose en plus. Si les créateurs continuent de créer en gardant cela à l’esprit, nous pourrions voir naître de très belles œuvres qui ne donneront pas l’impression d’avoir été produites par une IA.
Aujourd’hui, il y a énormément d’anime produits. Est-il difficile de trouver des financements pour créer de nouvelles œuvres ?
Nobuyoshi : Oui. Même si l’on découvre une excellente œuvre que l’on souhaite adapter en anime, si elle ne se vend pas bien, il est difficile d’obtenir des financements. Je crois qu’il existe de nombreuses œuvres qui méritent d’être adaptées, et je continuerai à travailler pour qu’elles puissent voir le jour.
Kumiko : Maintenant que les anime sont regardés dans le monde entier, ils nécessitent des budgets de production considérables. Mais les succès mondiaux nous encouragent à créer davantage d’œuvres de ce type. L’industrie est de plus en plus dynamique, et j’en suis très heureuse. J’aimerais que tout le monde puisse en regarder, partout dans le monde.
Vous êtes venus en France à plusieurs reprises. À chaque fois, vous avez pu constater l’enthousiasme des fans français ?
Nobuyoshi : Oui, c’est ma quatrième venue, et la deuxième pour ma femme. Cela me fait vraiment plaisir de rencontrer mes fans. J’ai compris que de nombreuses personnes, partout dans le monde, aiment le Japon et me disent avoir appris à l’apprécier grâce aux anime. Je pense que les anime sont un vecteur de paix. J’espère qu’en continuant à en créer et à les faire découvrir au plus grand nombre, le monde deviendra un peu plus paisible.
Vous avez tous deux travaillé dans des studios différents au cours de vos carrières. Avez-vous remarqué des différences entre eux, ou le processus restait-il fondamentalement le même ?
Nobuyoshi : Effectivement, le processus en lui-même ne change pas beaucoup, mais chaque studio possède ses propres atouts. Certains sont très stricts sur les délais, tandis que d’autres privilégient le niveau de détail, même si cela entraîne du retard. Tout dépend aussi de la source du financement, mais les entreprises les plus importantes disent généralement : « Ce n’est pas grave si nous prenons un peu plus de temps pour obtenir un meilleur résultat, car cela nous permettra de vendre davantage. » Il est bon qu’il existe une telle diversité : certains apprécient les œuvres très travaillées, tandis que d’autres préfèrent des œuvres plus accessibles. C’est formidable que chaque entreprise crée des œuvres avec sa propre identité.
Kumiko : Tout à fait. Ao no Miburo, par exemple, est une série facile à regarder en famille. Je pense que c’est une bonne chose qu’il existe aussi des anime de ce genre. On retrouve d’ailleurs un peu cette idée de paix dont nous parlions tout à l’heure.
Par Akira OIKAWA
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Photo de couverture : Akira Oikawa