Favori de la rédaction
3 octobre 2025
Swingin dans le Japon d’après-guerre
An 26 de l’ère Shôwa, [1]. Défait après les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki et sous occupation américaine, le Japon tente de se reconstruire. La guerre a laissé des traces profondes dans la population.
C’est dans cette période de bouleversements et d’incertitudes que la jeune et téméraire Tora quitte sa ville natale de Fukui pour Tokyo, dans l’espoir d’y retrouver un certain Tatsuji Odajima, l’amour de sa sœur Ineko, dont le départ l’a laissée anéantie. Armée de la contrebasse de son aînée, elle part à la recherche de cet homme, contrebassiste lui aussi, et rejoint par hasard un groupe de jazz atypique grâce auquel elle commence à se faire un nom en tant que chanteuse.
Le premier tome de cette série de Koukou Haida, achevée en six volumes, est une véritable pépite ! Très éloigné des clichés de la romance historique, il réunit tous les ingrédients d’un manga bien construit : une intrigue suffisamment dense et originale pour maintenir le lectorat en haleine sans le perdre, un cadre historique et culturel solide, des dialogues rythmés et teintés d’un humour décalé qui tombe à point nommé, une tension dramatique qui s’installe peu à peu jusqu’au cliffhanger final, et surtout, une héroïne atypique au caractère bien trempé, intrépide dans un monde pourtant dangereux, qui ne se laisse pas impressionner par le milieu très masculin des clubs de jazz.
Une héroïne à la fois touchante et hilarante.
Tora a en effet tout pour déconcerter et séduire un large lectorat : jeune, énergique, un peu folle, téméraire, maladroite, colérique, mais aussi très attachée à sa sœur, un peu coquette, talentueuse, adorable… elle renverse les codes habituels de l’héroïne classique de manga en étant simplement humaine et drôle malgré elle.
Sa comparaison des Américains avec des patates qu’elle veut réduire en purée grâce à son chant, ou encore sa méprise sur le nom du contrebassiste qu’elle croit s’appeler « Misant Trope », sont irrésistibles. Elle oublie parfois sa quête de Tatsuji, mais les relations qu’elle noue avec Maruyama, le leader du groupe, et les autres musiciens, sonnent justes, et elle-même n’est pas dupe.
Côté dessin, le style un peu naïf du mangaka ne plaira pas à tout le monde, mais son trait, à la fois dynamique et fluide, donne un rythme qui fait oublier les détails parfois négligés des visages et des corps. L’auteur admet d’ailleurs, dans les pages additionnelles en fin de volume, ne pas être très à l’aise dans la réalisation des visages. Certaines cases sont particulièrement marquantes, comme celles où le contrebassiste joue pendant le raid aérien de Fukui en début de volume.
Le tome 1 ne permet pas encore d’affirmer que la série évoluera vers une romance historique, mais il est certain que des enjeux dramatiques capitaux se dessinent pour le tome 2, au vu de la dernière case que le mangaka nous laisse lire, ainsi que de la couverture du volume suivant, qui évoque clairement un cimetière…
Par Gaëlle BEDIS
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[1] 1951 dans le calendrier grégorien.