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Cette édition 2025 a son point d’orgue ce week-end avec ses près de 70 exposants — de l’Apocalypse de JC Menu à Tanibis, de Misma à PLG, de Çà & Là jusqu’aux fanzines les plus improbables, le SoBD s’affiche comme un salon de la BD alternative, juste au moment où l’on cherche des idées de cadeaux originaux pour les fêtes. Autour de ces petits labels, quelque 150 auteurs et artistes dialogueront, dédicaceront, et feront des master classes.
Mais le SoBD ne serait pas le SoBD sans son appétit encyclopédique. Cette année, le Chili est l’invité d’honneur : un panorama d’une ampleur inédite, entre journée d’étude à la Maison de l’Amérique latine, grande exposition, librairie chilienne et un cycle de tables rondes retraçant un siècle d’histoire graphique, de Condorito, dont le sursaut en fin de gag est légendaire aux expérimentations les plus contemporaines. La voilà cette BD chilienne, bien ignorée, il faut bien l’avouer (on ne connaît que Jodorowsky et Alberto Montt…), que l’on va découvrir. On espère juste que les cartels soient un peu plus développés que d’habitude afin que les visiteurs ne jouent pas trop aux devinettes.
Parmi les auteurs et autrices invitées et exposées, on retiendra Félix Vega Encina, fils d’Oscar Vega, peintre reconnu au Chili et qui fut le premier dessinateur de la série chilienne à succès Mampato. Cette bande dessinée porte le nom de son héros, un garçon de neuf ans qui voyage dans le temps grâce à une ceinture spatio-temporelle. Félix Vega, lui, est connu pour Duam, le dieu prédateur, fondé sur des mythes du peuple mapuche, Les quatre voyages de Juan Buscamares, ou plus récemment pour Les fantômes de Pinochet (Prix du roman graphique du ministère du Chili).
En Amérique du Sud, Alberto Montt, illustrateur, est connu grâce à son blog à succès Dosis Diarias (doses quotidiennes) et ses strips humoristiques dans les journaux sud-américains et européens. En France, ses bandes dessinées et ses strips nous sont parvenues grâce aux éditions Çà & Là qui ont publié huit albums dont, à titre d’exemple, La conquête de la terre par les chats, Le Grand Livre des humains selon les chats ou Anxiété Chérie.
Maliki (de son véritable nom Marcela Trujillo) est une autrice présente au salon et exposée pour son travail en bande dessinée, sachant qu’elle est aussi peintre et s’adonne à l’animation. Influencée par l’Underground américain (Burns, Crumb, Doucet...), Maliki réalise ses BD sous le sceau d’un noir épais et en a publié sept à ce jour. Également enseignante, l’autrice a créé en 2016, avec Sol Diaz (autre autrice chilienne présente sur le salon), La Polola, un podcast consacré à la bande dessinée féministe et diffusée sur Spotify. Un travail qui s’inscrit dans la continuité de la revue Brigida (fondée en 2018), dont elle est la co-éditrice, qui ne publie que des bandes dessinées créées par des femmes. Son travail n’est malheureusement pas accessible en langue française. Avis aux éditeurs et éditrices !
Ajoutons à cela huit expositions, un programme touffu de rencontres, projections, vernissages, deux master classes réservées à une poignée de privilégiés (Anne Simon et Mezzo, excusez du peu), sans oublier les ateliers gratuits qui rappellent que la BD est avant tout un art populaire, ouvert, praticable.
Enfin, comme chaque année, le Prix SoBD Neuvième Art braque ses projecteurs sur les ouvrages de référence, avec une liste de onze nominés qui dit beaucoup de l’état des études : montée en puissance du Canada francophone, percée du champ asiatique, retour des grandes monographies patrimoniales.
Pour rappel, la sélection est la suivante :
– Avant Hergé - Étude des premières apparitions de bande dessinée en Belgique francophone (1830–1914), de Frédéric Pâques (Presses Universitaires de Liège)
– Boy’s Love : Histoire d’un Genre aux Sensibilités Diverses, de Meyra Sudal et Priscilla Reculard (Ynnis Éditions).
– Cartographies du père, de Thara Charland, (Presses de l’Université de Montréal)
– Chantal Montellier, irréductible, sous la direction de Camille de Singly, Vanina Géré et Camille de Debrabant, (Presses du Réel)
– Fanzines - Une histoire québécoise, d’Izabeau Legendre, (Presses du Réel)
– La Bande dessinée en Asie orientale - Un art en mouvement, dirigé par Julien Bouvard, Norbert Danysz et Marie Laureillard, (Hémisphère Éditions)
– La Véritable Histoire des éditions Dupuis, sous la direction de David Amram et Christelle Pissavy-Yvernault (Dupuis)
– Pierre Fournier, le Capitaine Kébec, de Jean-Dominic Leduc (La Pastèque)
– Planète Arédit - L’aventure d’Arédit-Artima vécue de l’intérieur, de Benoît Bonte (PLG / Neofelis, dans la collection « Mémoire vive »)
– Terroriser : la méthode Junji Ito, de Junji Ito (Mangetsu)
– Tintin. Bibliographie d’un mythe, d’Olivier Roche, (Les Impressions nouvelles)
Gratuit, accessible, exigeant : le SoBD demeure l’un des rares salons où la bande dessinée s’expose pour ce qu’elle est vraiment - un art vivant, polyphonique, où se côtoient la recherche, l’engagement et la jubilation graphique, tout en respectant les auteurs.
Voir en ligne : LE SITE DE L’EVENEMENT
Par Didier PASAMONIK Romain GARNIER
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Photos de Romain Garnier
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