- Vous dessinez Paris avec la vision fantasmée qu’en ont les étrangers.
– Évidemment, puisque je ne vis pas à Paris. Mais c’est ma vision de la ville à travers ce que je j’en vois des photographies de Doisneau ou Willie Ronis, des films hollywoodiens avec Audrey Hepburn ou Grace Kelly. Mais surtout, le sujet principal du livre,c’est une romance donc je voulais qu’elle se passe dans un Paris romantique et romancé.
Aussi, Paris m’a toujours apporté quelque chose artistiquement. Quand je l’ai visitée pour la première fois avec ma mère, je n’étais qu’un adolescent et je suis allé chez les bouquinistes où j’ai pu acheter de vieux Tintin que je ne trouvais pas par chez moi. Plus tard, j’ai fait des études d’art et Paris m’a appelé une nouvelle fois, mais pour la richesse de son art et de ses artistes, en particulier la grande époque des peintres de Montparnasse. Je me suis aussi intéressé à l’architecture parisienne, si particulière. Paris m’a toujours apporté quelque chose visuellement.
- Votre vision de Paris a-t-elle changé en la visitant ?
– Je l’ai visitée plusieurs fois, bien sûr que je ne la vois pas de la même manière, mais j’ai toujours dans la vision de quelqu’un qui n’y vit pas. Je reste donc toujours amoureux de Paris à travers les yeux d’un touriste. J’ai découvert des quartiers comme Belleville ou Ménilmontant. J’ai reconstitué certaines rues maintenant remplacées par le parc de Belleville grâce aux films et photographies d’époques J’ai même reçu le mail d’un homme qui y avait vécu et qui les reconnaissait comme si c’était hier. D’une certaine manière je ne suis pas le seul à romantiser ce coin de Paris.
- Est-ce que ce livre est plutôt une romance sentimentale entre deux femmes ou une romance entre vous et l’histoire de l’art ?
– Andi Watson, mon scénariste, m’a d’abord demandé ce que je voulais dessiner avant de commencer à écrire pour moi. J’ai évidemment répondu Paris, mais aussi le monde de l’art. Beaucoup d’artistes sont clairement des références pour ce livre, grâce à Andi qui m’a permis de m’amuser sur ce point.
- Vous faites aussi référence au dessinateur Cosey ?
– Ce qui me marque dans son travail c’est surtout sa manière très graphique et stylisée de représenter la nature. De magnifiques feuillages mais avec une ligne ciselée et dentelée. Je m’inspire beaucoup de lui quand je dois encrer.
- En termes de BD, vos influences sont-elles plutôt européennes ?
– Ça dépend des phases. Au début c’était Tintin, puis il y a eu Marvel et DC quand j’étais ado. Ensuite en grandissant, toujours parce que Paris et l’art me fascinaient, j’ai découvert Jacques Tardi. Il a changé littéralement ma vie. Il m’a fait abandonner la peinture pour la BD. Il a été une grande influence. Mais j’ai aussi beaucoup regardé Yves Chaland.
Ce festival d’Angoulême m’a permis de rencontrer Isabelle son épouse. J’ai été tellement touché, par la disparition d’Yves, bien sûr, mais aussi parce qu’elle est l’une de mes héroïnes : elle faisait les couleurs des albums. On distingue bien l’influence directe de Chaland qui m’a, avec Freddy Lombard, également décidé à dessiner ce Paris des années 1950t, tout comme le Nestor Burma de Tardi, d’ailleurs.
En ce qui concerne les mangas, j’aurais aimé qu’ils soient une influence. Mais je les lis vraiment comme un lecteur fan et non comme un auteur.
- Qu’est-ce que cela vous fait d’imaginer maintenant que des Français, et e particulier les Parisiens, lisent votre album ?
– Ça me terrifie, évidemment, car je ne suis qu’un imposteur et je suis conscient qu’à présent on va me démasquer Blague à part, je suis très fier, bien sûr. Car bien qu’il ait déjà quelques années [1], je pense que c’est le livre qui me représente le plus. J’espère surtout que les Français aimeront cette déclaration d’amour à leur capitale.
- C’est votre première fois à Angoulême quel est votre sentiment ?
– Très honoré évidemment. Il n’y a pas d’équivalent en Angleterre. Je suis très touché de l’accueil du public, des rencontres que j’ai pu y faire. Je le sais maintenant : la prochaine fois il faudra que je vienne plus longtemps pour mieux m’imprégner, notamment des expos. Mais vous savez, il y a une chose que j’ai apprise en venant ici : c’est que nous ne sommes qu’une toute petite partie d’une grande et prospère industrie. Je pense que c’est une bonne chose.
Par Kelian NGUYEN
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Bohème à Paris - Par Simon Gane & Andi Watson - Ed. Locus Solus
Photos : Kelian Nguyen
[1] Le livre est paru en anglais voici quelques temps déjà. NDLR.